Une série inspirée de l’affaire Gisèle Pelicot avec Meryl Streep ? Le projet divise déjà

L’affaire dite des viols de Mazan a secoué le monde entier. Après avoir élevé sa voix, Gisèle Pelicot, qui est devenue le visage de toute une lutte, l’incarnation même de la résilience, a enfourché la plume pour raconter son histoire à la première personne. Avec son livre tonitruant « Et la joie de vivre », elle prend sa revanche sur l’horreur et pose des mots sur l’indicible. En parallèle de cette actualité culturelle forte, une série serait également en discussion pour adapter ce fait divers, devenu un combat collectif, à l’écran. Sauf que transformer un drame domestique en fiction est un exercice périlleux, même avec Meryl Streep au casting.

Une série sur l’affaire Pélicot, en préparation ?

Nombreuses sont les séries qui se risquent à retranscrire des affaires d’une extrême gravité à l’écran, en tentant de rester fidèle à la réalité, aussi atroce soit-elle. Il y a eu la mini-série « Sambre », qui relate les viols en série commis par Jean-Xavier de Lestrade du point de vue des victimes, la saga « Monstre », qui brosse le portrait glaçant des tueurs en série les plus effroyables de l’histoire, la série « l’Affaire Laura Stern », qui aborde le féminicide avec adresse, en prenant le soin d’éviter le sensationnalisme. Une autre affaire, qui a fait beaucoup de bruits dans la presse et qui a suscité l’indignation bien au-delà des frontières, pourrait bientôt voir le jour dans les catalogues audiovisuels.

On se souvient encore de ce récit effroyable. Celui d’une femme, victime de soumission chimique, qui a été abusée, souillée, déshumanisée par une cinquantaine d’hommes, sous le regard complice de son propre mari. D’une mère de famille, droguée à son insu et utilisée comme pantin sexuel, pendant plus de dix ans. On se souvient aussi d’une femme frondeuse et battante, qui refuse la discrétion du huis clos et qui veut réveiller les consciences.

La voix de Gisèle Pelicot pourrait trouver un écho entre les lèvres de Meryl Streep. Après avoir sorti un livre, dont le titre annonce sa reconstruction et son état d’esprit post-procès, la femme poursuit son travail de sensibilisation dans le 8e art. Selon le journal Marianne, elle aurait donné son accord à la télévision américaine pour adapter son histoire et faire tomber les murs de cette chambre conjugale, théâtre de son calvaire. « Pour que la honte change de camp ».

Meryl Streep, citée pour incarner Gisèle Pelicot

Détentrice de trois Oscars, Meryl Streep est pressentie pour incarner Gisèle Pelicot dans cette fiction, qui n’en est même pas au stade d’ébauche. Celle qui a interprété l’impitoyable Miranda Priestly dans « Le Diable s’habille en Prada » et qui a été la tête d’affiche de la comédie musicale « Mamma Mia » pourrait arborer carré court et lunette noire, deux détails physiques devenus des symboles féministes, au même titre que le poing levé.

L’actrice, enfant prodige d’Hollywood, présentée en légende vivante, semble avoir la carrure pour porter ce rôle, très délicat, et l’honorer. Meryl Streep est un peu la »valeur sûre » du cinéma. Elle habite chacun de ses personnages, au point de troubler les spectateurs. De l’intransigeante Margaret Thatcher à la rédactrice en cheffe dédaigneuse en passant par l’ouvrière pugnace, Meryl Streep est une actrice caméléon. D’ailleurs, hasard ou non, elle n’a que trois ans d’écart avec Gisèle Pelicot. Toutefois, cette série n’en est qu’à la phase de négociation.

Adapter l’horreur à l’écran, un projet qui fait débat

Même avec une figure de confiance comme Meryl Streep à l’appui, cette série, qui alimente toutes les théories, suscite la méfiance. Il y a ceux qui parlent déjà d’une œuvre d’utilité publique, faisant la lumière sur les pires travers de l’espèce humaine et servant de relais au combat contre les violences faites aux femmes. Et il y a les plus sceptiques qui crient au scandale et qui craignent que cette affaire ne soit réduite à une fiction maladroite voire en aimant à buzz.

Malgré des témoignages approfondis, des prises de parole régulières et un livre de « renaissance » qui documente ces abominations de l’intérieur, beaucoup redoutent les maladresses et le spectacle médiatique. Sur X (anciennement Twitter), les avis se déchaînent, y compris dans les rangs politiques. L’ancienne ministre Ségolène Royal n’a pas mâché ses mots, utilisant l’adjectif « horreur » pour qualifier ce projet, qu’elle trouve déplacée plus que salutaire.

Risque de voyeurisme, questionnements sur les intentions des réalisateurs… pour le moment, cette série autour de l’affaire Pelicot n’est qu’un germe. Pourtant, elle interroge le grand public. Il ne reste plus qu’à espérer que la principale concernée ait un droit de regard sur cette création, vouée à montrer l’indescriptible.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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