Vous avez remarqué que les orages de grêle semblent plus violents qu’avant ? Que les grêlons, parfois gros comme des balles de tennis, tombent désormais sur des régions d’Europe auparavant peu concernées ? Décryptage de ce phénomène.
Un déplacement inquiétant des zones à risque
Vous n’êtes pas seule, et surtout, vous avez raison. Depuis quelques années, des épisodes de grêle d’une intensité rare s’abattent sur le continent, avec des grêlons qui dépassent fréquemment les 5 centimètres de diamètre. En 2023, un spécimen de 19 cm est même tombé en Italie du Nord, frôlant le record mondial.
Ce phénomène n’est pas anodin. Longtemps associés aux Grandes Plaines des États-Unis, ces grêlons géants s’installent progressivement en Europe, transformant des régions entières en zones à haut risque. Et si les images de voitures cabossées ou de toitures transpercées circulent rapidement sur les réseaux sociaux, elles ne sont que la partie visible d’un problème plus vaste, directement lié au dérèglement climatique.
Traditionnellement, les grêlons les plus imposants étaient observés en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Mais selon les chercheurs du New Scientist et de plusieurs laboratoires spécialisés, le climat mondial change la géographie des phénomènes extrêmes. L’Europe, et plus particulièrement des zones comme l’Italie du Nord, le sud de l’Allemagne, ou encore certaines régions de France, connaissent une augmentation marquée de ces épisodes violents.
Entre 2021 et 2023, l’Italie a enregistré un record de grêlons géants, dont celui tombé à Azzano Decimo en juillet 2023. À titre de comparaison, Mendoza, en Argentine, longtemps considérée comme l’un des épicentres de la grêle extrême, connaît aujourd’hui une baisse notable de ces événements. La dynamique se déplace donc, faisant de l’Europe un nouveau point chaud de la grêle dévastatrice.
🌨️ GRÊLONS GÉANTS SUR PARIS 🇫🇷 ! 🌨️ La tempête de grêle qui a frappé la capitale a laissé des grêlons gros comme des œufs ! Un spectacle météorologique impressionnant qui a surpris les Parisiens et causé des inondations dans le métro. 🚇❄️ #Paris #Orage #Grêle #MétéoExtrême pic.twitter.com/svci6VnPhE
— Kontakt (@KontaktFrance) May 3, 2025
Pourquoi les grêlons deviennent-ils plus gros ?
La formation des grêlons repose sur un mécanisme précis : une combinaison d’humidité, d’instabilité atmosphérique et de courants ascendants puissants. Lorsque ces courants sont suffisamment forts, ils maintiennent les particules de glace en suspension plus longtemps, leur permettant de grossir avant de retomber. Et c’est justement là que le changement climatique entre en jeu.
Avec le réchauffement global, l’atmosphère contient davantage de vapeur d’eau, les orages deviennent plus violents, et les courants ascendants plus intenses. Résultat : les grêlons ont plus de temps pour grossir avant de chuter. Comme l’explique Abdullah Kahraman, climatologue à l’Université de Newcastle, « c’est la taille de la grêle qui détermine les dégâts », et non leur fréquence seule.
Des coûts économiques faramineux
Au-delà du spectacle météorologique, ces grêlons géants causent des dégâts considérables. En juillet 2017, deux tempêtes de grêle à Istanbul ont engendré 300 millions de dollars de pertes assurées, soit environ 270 millions d’euros. Aux États-Unis, certains sinistres liés à la grêle ont dépassé le milliard de dollars, selon Brian Tang, professeur à l’Université d’Albany à New York.
Et ces chiffres pourraient continuer à grimper. Les études suggèrent que si les petits grêlons deviendront plus rares, les très gros – donc plus destructeurs – seront plus fréquents. Cela signifie que chaque orage potentiellement violent pourra causer plus de dégâts, rendant la prévention et l’adaptation urgentes.
Se protéger avant qu’il ne soit trop tard
Face à cette nouvelle menace climatique, certaines villes et pays commencent à adapter leurs infrastructures. Stationnement sous abri, utilisation de matériaux plus résistants, renforcement des toitures, ou encore filets anti-grêle dans les cultures agricoles font partie des mesures préventives recommandées.
Pour Brian Tang, il est toutefois essentiel d’aller plus loin : « ces précautions peuvent faire une énorme différence dans la vulnérabilité d’une ville ». En d’autres termes, préparer les bâtiments, les assurances et les systèmes d’alerte à ces phénomènes devient une nécessité, non un luxe.
Orage de grêle avec des grêlons gros comme des balles de golf à Paris. Jamais vu ça de ma vie. #Orage #Paris pic.twitter.com/IuWL2abgz4
— Jean Dini (@jeandini_) May 3, 2025
Un symptôme du dérèglement global
La multiplication des grêlons géants en Europe n’est pas un phénomène isolé. Elle fait partie d’un tableau plus large, celui de la transformation du climat sous l’effet des émissions de gaz à effet de serre. Des canicules plus longues, des incendies plus fréquents, des tempêtes plus violentes : les événements extrêmes s’intensifient, et les scientifiques s’accordent à dire que leur lien avec le réchauffement climatique est désormais incontestable.
Le cas des grêlons géants agit ainsi comme un révélateur spectaculaire de ces bouleversements. Visible, brutal, difficile à ignorer, il rappelle l’urgence de la transition écologique et la nécessité de mieux anticiper les effets du changement climatique sur notre quotidien.