Alors que l’industrie d’Hollywood ne cesse de faire de la propagande pour la minceur et durcit les normes de beauté au lieu de les assouplir, des actrices relèvent la moyenne de taille sur les plateaux. Si le monde entier connaît l’actrice irlandaise Nicola Coughlan de « La Chronique des Bridgerton », une de ses consoeurs milite également pour un cinéma plus inclusif : Megan Stalter. Révélée dans la série « Too Much » de Netflix, où elle incarne une version d’elle-même un peu plus excentrique, elle remet les rondeurs au premier plan.
Megan Stalter, l’étoile montante à l’affiche de « Too Much »
Sous les projecteurs des tournages, la maigreur s’impose comme un critère de sélection. À en croire les castings, il faut arborer des clavicules saillantes, avoir des os apparents et un IMC à la limite du déficit pour prétendre aux grands rôles. C’est le profil type régulièrement vanté à l’écran : celui d’une femme filiforme sans l’ombre d’un bourrelet. Dans ces « silhouettes stars » d’Hollywood, le gras n’est toléré que dans le décolleté.
Depuis quelques mois, avec la montée de l’Ozempic et le recul du mouvement d’acceptation de soi, plusieurs actrices de renom affichent d’ailleurs leur perte de poids comme une réussite personnelle. Rebel Wilson, autrefois hissée en emblème body positive et proclamée représentante officielle des rondes dans le 7ème art, a succombé à cette injonction à la minceur déguisée en « courant esthétique ». Les actrices aux formes dites généreuses, qui refusent de se contenter d’une simple pomme en guise de repas et de se métamorphoser uniquement pour décrocher un contrat, elles, se limitent à des personnages stéréotypés. La « meilleure amie drôle », la « femme maladroite » ou le « personnage tourmenté » dont toute l’intrigue tourne autour de son poids. Des lots de consolation qui en disent long sur cette grossophobie ambiante.
Dans « Too Much », Megan Stalter est au contraire le personnage principal d’une comédie romantique progressiste, loin des scénarios idylliques tout tracés. Son histoire d’amour n’est pas présentée comme exceptionnelle ou improbable à cause de son apparence. Elle est simplement une héroïne romantique à part entière mais plus déjantée et authentique que celles qui l’ont précédé dans ce genre mielleux. Son corps, plus en chair que ce qu’Hollywood a l’habitude de montrer, est d’ailleurs un non-sujet.
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Elle occupe des rôles qui n’existent presque jamais à Hollywood
Si Megan Stalter brille à l’affiche de « Too Much » et s’attèle à familiariser les regards avec un corps souvent jugé « hors normes », le public l’a d’abord découverte dans la série HBO « Hacks ». Elle y fait une apparition tonitruante sous les traits de Kayla Schaefer, une assistante excentrique en charge de la carrière d’une humoriste de stand-up sur le déclin.
L’actrice est totalement à son aise dans ces rôles de femmes bruyantes, démonstratives et pleines d’assurance. Pour cause, ce n’est pas de la comédie, mais un tempérament chez elle. Attirer l’attention sans le vouloir est une seconde nature et elle n’a pas besoin de se forcer pour envoûter son monde. Électron libre du cinéma, mais également exemple de confiance en soi, Megan Stalter est l’antithèse même du mot « complexe ».
Les héroïnes à qui elle donne vie dans son métier sont ces alter-égos, en version amplifiée. Elle a de ce fait plusieurs points communs avec la bien nommée « Jess », qui fait toute l’âme de la série « Too Much », signée Léna Dunham. La protagoniste, contrairement à ce que voudraient les stylistes, porte de la couleur à foison, des motifs kitsch à profusion et des tenues maximalistes à l’opposé de cette discrétion imposée.
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Elle refuse de faire de son corps un problème
Dans la vraie vie, Megan Stalter ne se laisse pas non plus atteindre par le jugement des autres. Elle a une estime tellement endurante et puissante qu’elle n’a jamais l’impression d’être « trop » ou « pas assez ». Elle est tout ce que la société déconseille aux femmes de sa stature : imposante, sûre d’elle, débordante de fantaisie et surtout inspirante. « J’ai tellement de chance d’aimer mes grosses fesses », avait-elle déclaré à GlamourUS, fière de son anatomie, par ailleurs disqualifiée par l’industrie du cinéma.
Megan Stalter ne se présente pas comme une militante traditionnelle du mouvement body positive. Pourtant, elle œuvre malgré elle pour la diversité corporelle dans un milieu très sélectif, qui associe encore trop souvent la minceur à l’élégance et les bourrelets à la négligence. Alors que l’univers du cinéma est intransigeant avec les « kilos en trop » et les « écarts de poids », Megan Stalter se révolte contre cette tyrannie de l’apparence munie de sa bonne humeur désarmante.
Dans la série « Too Much », Megan Stalter donne la réplique à Emily Ratajkowki, incarnation même de l’idéal féminin, ce qui rend la narration encore plus symbolique. Parce que le casting devrait être à morphologie variable et pas à corps unique.
