J’ai arrêté de me regarder dans le miroir pendant un mois, voici ce qui s’est passé

On l’évite, parfois on s’y attarde pour replacer une mèche ou ajuster son maquillage. Mais on ne s’y éternise jamais pour ne pas que ça dégénère. Le miroir est partout, greffé au mur de la salle de bain, suspendu dans le salon ou accroché à la garde-robe. Pourtant, pendant un mois, j’ai fait comme s’il n’existait, en le recouvrant d’un drap. Une expérience simple, mais qui a bouleversé mon rapport à moi-même.

Le miroir, cet « ami » qui ne nous veut pas toujours du bien

On a tendance à croire que le miroir est neutre : il reflète, point. En réalité, il amplifie nos complexes. Chaque regard devient une occasion de juger, de comparer, de s’auto-critiquer. « Est-ce que j’ai grossi ? Pourquoi ma peau est comme ça ? Mes cheveux sont plats. Mon bronzage n’est pas homogène, c’est moche ». Les commentaires négatifs affluent au coin de l’esprit et cette petite voix intérieure nous souffle pleins d’horreurs à notre sujet.

Au bout du compte, on finit par réduire son identité à une image : ce qu’on projette dans la glace. Puisque chaque face à face dans le miroir se transforme souvent en procès personnel, j’ai décidé de supprimer cet accessoire de mon quotidien pendant un mois. Le challenge n’était pas simple, d’autant que les reflets se dessinent partout, des portes des magasins aux vitres fumées des voitures. Pourtant, ça m’a “réparé”.

Les premiers jours : le vertige du vide

Je ne vais pas mentir : les débuts ont été déstabilisants. Ne pas se voir en se brossant les dents ou en s’habillant m’a donné l’impression de perdre un repère. Comme si mon reflet était un garde-fou. Faire sa routine beauté à l’aveugle, en se fiant seulement au toucher et sans avoir l’air d’un clown à la fin est digne d’une épreuve de Koh Lanta. Mais pas de quoi ressortir le poudrier du tiroir “juste pour voir”.

Certes, je me suis retrouvée à douter : « Est-ce que je ressemble à quelque chose aujourd’hui ? » Mais très vite, j’ai réalisé que cette question était moins essentielle que je ne le pensais. Personne ne m’a fait la moindre remarque. Comme quoi, c’est surtout moi qui scrutais mon apparence, bien plus que les autres et qui trouvait toujours du mal à redire.

Se reconnecter aux sensations, pas à l’image

Privée de miroir, j’ai dû changer de perspective. Je me suis habillée en fonction de ce qui me faisait du bien, et non de ce que ça « donnait ». Choisir un pantalon parce qu’il est confortable, un pull parce qu’il me réchauffe, et non parce qu’il flatte ma silhouette, a été libérateur.

Côté maquillage, je me suis limitée à l’essentiel : une touche de baume à lèvres, parfois un peu de blush. Finalement, j’ai gagné du temps, mais aussi en légèreté mentale. Ma valeur ne dépendait plus de ma capacité à « corriger » mon visage dans la glace.

Les autres me voyaient… moi

Le plus étonnant, c’est que mon entourage m’a trouvé plus rayonnante. Non pas parce que j’avais changé quelque chose, mais parce que j’étais plus présente. Ne pas se juger dans le miroir libère de l’énergie : on sourit davantage, on respire mieux, on se connecte aux autres.

Un mois sans miroir, c’est aussi un mois à écouter les compliments sans les invalider. Quand on ne se regarde pas dix fois par jour, on apprend à croire les mots des autres sur notre apparence.

Au bout de ces 30 jours, j’ai réalisé que je n’avais pas besoin du miroir pour savoir qui j’étais. J’ai découvert une confiance plus profonde, qui ne dépend pas du reflet renvoyé par une vitre. Est-ce que j’ai complètement arrêté de me regarder ? Non. Le miroir reste pratique pour vérifier un mascara mal placé ou un tee-shirt taché. Mais aujourd’hui, il n’est plus mon juge.

L’expérience m’a appris que notre reflet n’est pas une vérité absolue. C’est une image figée, qui ne dit rien de notre énergie, de notre humour, de notre créativité. Bref, de ce qui nous rend vraiment belles. Alors, si vous sentez que le miroir vous enferme plus qu’il ne vous aide, testez-le : une journée, une semaine, ou pourquoi pas un mois sans lui.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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