Êtes-vous atteint·e du « syndrome de Wendy » ?

Derrière leur image lisse, les protagonistes qui règnent dans les Disney renferment aussi des vices cachés. L’incontournable Peter Pan refuse par exemple de grandir et conserve son âme d’enfant. Plonger dans le grand bain des responsabilités l’effraie. Alors, il tente d’échapper à ce monde adulte complexe en jouant les aventuriers. Dans les abysses du Pays Imaginaire, Wendy, elle, revêt la cape de l’héroïne multifonctions.

Pourtant, elle reste régulièrement au second plan. La fillette s’efface pour se consacrer pleinement aux autres. C’est une sorte de sauveuse qui vole à la rescousse des êtres immatures. Ce célèbre dessin animé fait ainsi écho à la réalité. Le « syndrome de Wendy » illustre une personne dévouée, dotée d’une fibre humaine débordante. Ce trait de caractère, teinté de bienveillance, rime surtout avec sacrifices et dépendance. 

Les défauts des personnages Disney se glissent dans notre société

Régulièrement, les personnages Disney font leur cinéma dans la sphère psychologique. Certains spécialistes ont pioché dans cet univers enchanté pour représenter des types de personnalités de façon plus imagée. En effet, si l’on scrute attentivement les comportements des héros et héroïnes, on note de multiples failles.

Cendrillon, dans son apparat de souillon, enchaîne les désillusions. Mais la rencontre du prince charmant marque un véritable tournant. La vie de château s’esquisse et les soucis s’amoindrissent. Pourtant, Cendrillon ne parvient pas à s’affirmer, elle vit dans l’ombre de son mari et s’accomplit à travers lui. Ce schéma empoisonné n’est pas uniquement réservé à la fiction. En 1981, la psychothérapeute Colette Dowling théorise le « complexe de Cendrillon » et lève le voile sur cette autonomie avortée.

Peter Pan, grand enfant cherche une Wendy pour l’épauler

Aux antipodes de Cendrillon, Wendy de Peter Pan s’improvise reine de la débrouille. Malgré son tendre âge et sa candeur naturelle, elle est dotée d’une immense fibre maternelle. Toujours au chevet de Peter Pan, elle le réconforte, le soutient et l’épaule au quotidien. Pendant que le jeune lutin défie le terrible Capitaine Crochet, Wendy garde un œil attentif sur l’environnement qui l’entoure.

Protectrice à outrance, elle cherche à tout prix l’acceptation de ses proches. Alors, elle les aiguille lorsqu’ils sont déboussolés et les dorlote lorsqu’ils traversent des coups de blues.

Comme une mère poule, elle pense être capable de porter sur ses épaules les misères de la terre entière. Pour Peter Pan, c’est une aubaine : il peut rêver tranquillement pendant que Wendy met la main à la pâte. Cette gentillesse extrême et cette perpétuelle quête de reconnaissance traduisent souvent une peur de l’abandon. Autour du globe, un bon nombre de Wendy cherchent à prendre sous leur aile des Peter Pan insouciants et puérils.

En 1983, le psychanalyste américain Dan Kiley met en lumière cette complémentarité bancale. D’un côté, le « syndrome de Peter Pan » caractérise une personne qui refuse d’évoluer et de passer à l’âge adulte. De l’autre, le « syndrome de Wendy » désigne un être débordant d’attentions qui fait passer le confort de ses proches avant le sien.

Comment reconnaître le syndrome de Wendy ?

Dans le couple, le « syndrome de Wendy » est prégnant et il concerne davantage les femmes. Plus investies au sein du foyer, dans les démarches administratives ou dans la vie de famille, elles mènent la barque. Elles pensent qu’amour rime avec abnégation et oubli de soi. Alors, elles s’activent et agissent sur tous les fronts pour répondre aux besoins de leur conjoint. Ces nourrices refoulées se tournent davantage vers des personnes immatures qui ont besoin qu’on les assiste.

Sur le long terme, cette relation basée sur la dépendance peut s’avérer nocive. Inévitablement, le.a conjoint.a se repose sur ses lauriers, ce qui l’empêche de progresser. La femme, elle, est quasiment vidée. Comme une machine, elle enchaîne les gestes robotiques et délaisse ses propres passions.

Un manque de confiance et des traumatismes en toile de fond

Vous l’avez compris, chez les Wendy le regard des autres occupe une place clef, elles se doivent donc d’être irréprochables. Dans la sphère publique, elles s’affichent sous leur meilleur jour : attentionnée, bienveillante, serviable, à l’écoute… En d’autres termes, les Wendy aiment se sentir utiles. Elles veulent être indispensables. Les personnes qui souffrent du « syndrome de Wendy » sont amputées de leur libre arbitre.

« La Wendy fait ce qu’il faut pour trouver l’estime des autres, car elle a une mauvaise image d’elle-même. Malgré ses propres sentiments qui oscillent entre la haine et le courage, à la limite de la loyauté amoureuse et inconditionnelle, cela implique une dissonance cognitive de sa propre estime de soi interne », explique le psychologue Gilberto Espino

Le « syndrome de Wendy » peut dissimuler des traumatismes plus profonds. Bien souvent, ce comportement résulte d’un passé douloureux : parents absents ou peu attentionnés, éducation sexiste, enfance solitaire, rupture amoureuse ou amicale violente… Pour ne pas être délaissée une seconde fois, elle se conforme aux désirs des autres.

Des conseils pour s’extirper de cette bulle nocive

Si vous vous reconnaissez dans ce portrait-robot détaillé, sachez qu’il existe des solutions. Pour renvoyer cette envahissante Wendy sur sa terre imaginaire, voici quelques conseils :

1 – Faire un travail d’introspection

Afin de mettre le doigt sur l’origine de ce problème, il est important de retracer chronologiquement, les moindres détails de son histoire. Quand est-ce que vous avez ressenti un manque ? De quoi avez-vous vraiment envie ? Pourquoi avez-vous délaissé vos hobbies ? Prenez un stylo et écrivez tout ce qui vous vient à l’esprit. Pour vous aider, n’hésitez pas à contacter un.e spécialiste.

2 – Apprendre à dire non

Lorsque l’on souffre du « syndrome de Wendy », on a tendance à dire amen à tout. Mais au fur et à mesure, la charge mentale s’accumule et la fatigue s’installe durablement. Vous êtes au bord de l’épuisement. Apprendre à prononcer ces trois lettres est un véritable soulagement. Vous déléguez les tâches et prenez du temps pour vous.

3 – Se ménager en pensant à soi

Ce n’est pas toujours évident de s’auto-complimenter. Pourtant cette thérapie positive est une délivrance. À force de tout donner aux autres, vous ne pensez plus à vous. Appuyez sur pause et accordez-vous des moments de répit. Deux ou trois heures par semaine, laissez-vous porter par vos envies.

« L’idéal dans le couple revient à ce que les rôles que nous jouons soient équilibrés et interchangeables, c’est ainsi que nous aurons la capacité de nous développer personnellement. En menant diverses activités dans un but commun, on respecte les besoins et les activités individuelles », recommande le spécialiste

Dans les contes de fées, un coup de baguette magique suffit pour effacer les soucis. Malheureusement, dans la réalité, la marraine bienfaisante est une grande absente. Le meilleur remède pour reprendre du poil de la bête c’est de s’armer de courage et de viser les comètes. En route pour décrocher la Lune !

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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