Pères au foyer : ces stéréotypes nuisibles sont à vaincre d’urgence

Loin de là l’image du père absent qui passe plus de temps devant son bureau que par-dessus le landau. Au 21e siècle, les papas prennent leur rôle à cœur, parfois même jusqu’à y consacrer tout leur quotidien. Emmener les enfants au parc, leur préparer le goûter, enfiler des costumes de princesse pour satisfaire leur imaginaire, les épauler dans leur devoir… les pères au foyer ne chôment pas. Pourtant, ce modèle de vie attire encore les clichés et les « on dit ». La société tout entière semble conspirer contre ce nouveau schéma anti-patriarcat. Les pères au foyer méritent de monter en grade dans l’imaginaire collectif. Coup d’œil sur ce métier non rémunéré aux valeurs inestimables.

On ne peut pas leur faire confiance

Alors que les mères au foyer sont accusées d’être trop protectrices et dévouées, les pères au foyer, eux, écopent de l’excès de laxisme et du manque de prudence. La pop culture s’est attelée à construire ce visage du père maladroit, tête en l’air, voire complètement irresponsable. Les pères s’y hissent plus en anti-héros qu’en personnes admirables. Mais dans la vraie vie, il y a peu de risque que les pères au foyer confondent leur bébé avec un paquet de drogue comme c’était le cas dans « Trois hommes et un couffin ».

Ces scénarios qui tournent les pères au ridicule et décrédibilisent totalement leur aptitude à gérer un.e enfant sont mensongers. Les pères au foyer ont peu de chance d’oublier bébé dans le caddie du supermarché ou de confondre la pâtée pour chat avec la bouillie de bébé. Pas question non plus de retrouver les murs de la maison tapissés de dessins crédules.

Les pères au foyer sont aussi vigilants que les mamans, mais peut-être plus « impassibles ». Et pour la croyance qui prétend que les hommes ne peuvent pas faire plusieurs tâches en même temps, sachez qu’elle est bonne à jeter. Selon une étude allemande, les femmes ne sont pas plus « multi-tâches » que leurs homologues masculins.

Ils n’auront jamais le même lien que la maman

Encore une histoire d’instinct maternel. Certes, les mamans entretiennent (généralement) une alchimie particulière avec leur enfant. Elles l’ont porté pendant neuf mois et ont cultivé ce lien en catimini dans leur propre corps. Elles se rendent aussi indispensables par leur sein nourricier et leur chair réconfortante. Même si les papas ne peuvent pas faire jaillir du lait de leur téton, ils peuvent aussi avoir cette connexion innée et primitive avec leur enfant.

En effet, la connexion avec la mère est naturellement plus spontanée, mais le père n’est pas exclu de ce privilège. D’ailleurs, plus il s’investit tôt dans sa relation avec l’enfant et plus le lien se fortifie. Si des études prétendent que les mères sont plus dans le soin et les pères dans le jeu, « l’exploration », ces rôles ne sont pas figés. Des recherches ont même démontré l’importance de l’affection paternelle pour le développement de l’enfant.

« Nous avons découvert que les nourrissons dont les pères étaient plus engagés dans leurs relations avec eux évoluaient mieux et avaient par la suite moins de problèmes comportementaux », explique le Dr Paul Ramchandani, chercheur à l’Université d’Oxford qui a mené la principale étude

Ce sont des hommes qui n’ont pas d’ambitions

Les pères au foyer sont souvent considérés comme des hommes professionnellement « HS ». Ils se heurtent régulièrement à la question « c’est quoi ton vrai métier ? ». Une interrogation qui sous-entend que changer des couches à longueur de journée et jongler entre le biberon et les tâches ménagères n’a strictement aucune légitimité sur le CV. Beaucoup pensent qu’être père au foyer est simplement une « obligation passagère » et qu’à la première offre, les papas rendront leur tablier sans broncher.

Abandonner sa carrière pour élever ses enfants et tenir les rênes du foyer semble relever du sacrifice ou de l’échec. Une idée qui vient tout droit de l’ère patriarcale, période à laquelle un homme sans travail était un lâche sans morale. Mais ce caractère de conquérant, de loup assoiffé de promotions ne fait pas l’étoffe d’un homme « stable » et « respectable ».

Au contraire, un homme qui a su se défaire de cette injonction à être un « rapace en cravate » est bien plus louable. Il vaut mieux que tous les postes du CAC 40 réunis. En prime, au fil de leur job, les pères au foyer acquièrent des valeurs qu’aucune boîte ne pourra jamais enseigner, à savoir la patience, la reconnaissance, la sagesse d’esprit et l’adaptabilité. Finalement, les enfants ne feraient-iels pas de meilleur.e.s collègues que celleux de l’open space ?

Ils regardent la TV toute la journée

À l’évocation du terme « père au foyer », la caricature du papa affalé sur le canapé, bière à la main, doudou dans l’autre déferle. Mais les pères au foyer ne passent pas leur temps devant les matchs de foot, à s’enfiler des chips. Là encore, la pop culture est la grande fautive. De manière générale, les pères sont représentés comme des êtres flegmatiques, allergiques aux efforts familiaux tandis que les mères sont érigées en bonne gardienne du foyer.

Dans les films et séries (surtout des années 90), les pères ne sont pas très coopératifs. Ils se laissent volontiers pousser un poil au creux de la main. Pourtant, la réalité est tout autre. Les pères au foyer passent sûrement plus de temps à regarder « Peppa Pig » ou « Petit Ours Brun » que les tournois sportifs incontournables. Ils ont autant d’impératifs que leur pendant féminin, c’est-à-dire gérer les courses quotidiennes, aller chercher les enfants à l’école, nettoyer la maison de fond en comble, faire un marathon de lessive. La distraction personnelle passe au second plan. Et puis, les enfants se suffisent à animer le foyer.

Ils font juste du « babysitting »

Selon les préjugés, les pères au foyer s’occupent des enfants « pour soulager les mères une journée”. Ils font simplement du « babysitting ». Sauf qu’à la différence d’un.e babysitter, un père au foyer travaille gratuitement, ne compte pas ses heures et ne pose jamais de vacances. Les pères au foyer restent des parents avant tout. Ce ne sont pas des substituts d’une nounou. Ils ne se contentent pas de faire des aller-retour au parc et de gérer la tambouille des enfants.

Ils sont sur tous les fronts du cocon familial, des activités récréatives à la corvée du bain. Comparer leur choix de vie à du babysitting revient à les démettre de leur sérieux. C’est comme si ce statut n’avait aucune raison d’exister. Alors, non, les pères au foyer ne font pas du babysitting, ils remplissent seulement leur rôle parental.

Ce n’est pas un choix personnel

À en croire ce mythe, les pères au foyer sont « prisonniers » de ce rôle. C’est comme si leur épouse les avait bâillonnés puis séquestrés dans la cave pour les forcer à endosser cette casquette. La majorité des gens leur assignent courage et apitoiement. Cependant, les pères au foyer sont loin d’être les éplorés « Desperate Housemen », en proie à des enfants féroces et impitoyables. C’est une décision mûrement réfléchie, presque une vocation.

Ce n’est donc pas une sentence infligée par une femme un peu trop attachée à son poste. Sur Instagram une poignée de pères au foyer tentent d’ailleurs d’aller au-delà de ce cliché du papa « à plaindre ». C’est le cas de @Kinokoremi et de @Samuelclt, qui partagent des morceaux de leur quotidien avec pédagogie et bienveillance.

Les pères au foyer envoient ainsi valser les codes de la famille traditionnelle et revoient le rôle des papas à la hausse. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir céder à ce modèle riche de sens. Selon une étude Harris Interactive, 65 % des hommes seraient prêts à devenir père au foyer. Un revirement qui prouve que la société avance.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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