Entre les conversations insignifiantes sur la pluie et le beau temps, les sourires simulés en soirée mondaine, les faux-semblants autour des grandes tablées. La batterie sociale se retrouve vite à plat et contrairement aux téléphones portables, il ne suffit pas de se relier à une prise de courant pour faire le plein d’énergie. Dans les colonnes de Self, Laurie Helgoe, docteure en psychologie et professeure agrégée de psychologie clinique à l’université d’Augsbourg, partage des activités pour recharger cette batterie sociale, sur-sollicitée.
Quand la batterie sociale est dans un état critique
Faire bonne figure en société n’est pas de tout repos. On doit performer sans cesse, s’investir dans des dialogues ennuyants au possible, garder son masque social vissé sur la tête alors qu’intérieurement on frise la crise de nerfs. Et pour couronner le tout, on absorbe toutes les émotions négatives aux alentours à la manière d’une éponge.
En général, on sait quand notre batterie sociale est complètement épuisée. On fixe un point dans le vide, on hoche la tête sans prendre part aux conversations et on éprouve un fort besoin de solitude. Tant et si bien que notre seul refuge se trouve dans les toilettes. Cette sensation de saturation nous prend rapidement, après quelques dialogues formels et sans âme autour de la météo du moment ou des thérapies improvisées avec des collègues intarissables. « Lorsque vous interagissez avec les autres, vous traitez une grande quantité d’informations, et s’il y en a trop à la fois, il n’est pas étonnant que vous vous sentiez submergée ou que vous ayez du mal à vous détendre », rassure la Dre Helgoe.
Cependant, on n’a pas vraiment de mode d’emploi pour se reconnecter à soi et combler cette fatigue sociale que seule une hibernation semble pouvoir rattraper. On ne peut pas encore se brancher sur secteur et se recharger avec de l’électricité en cathéter. En revanche, on peut s’auto-prescrire des moments de bien-être.
Plonger dans un monde imaginaire
Pour recharger cette batterie sociale complètement à sec, nul besoin de partir en retraite silencieuse pendant une semaine. Un livre de fiction est un bon palliatif et se suffit à lui seul pour nous redonner du « jus ». Il incite naturellement au lâcher-prise et nous coupe vraiment de notre univers réel. On se laisse alors emporter par les pages et on est tellement absorbés par l’intrigue qu’on en oublie nos tracas. En franchissant la porte de mondes parallèles, qu’ils soient peuplés de créatures fantastiques ou de monstres menaçants, on se détourne efficacement de ce qui nous stresse. C’est un peu notre échappatoire. Notre issue de secours à nous se situe de l’autre côté de la première de couverture.
Changer d’environnement
Quand la batterie sociale est à 0 % et que l’on fait une overdose d’interactions humaines, on a juste une envie : s’engouffrer sous notre couette et se mettre en mode avion. Cependant la spécialiste a un autre programme pour nous. Plutôt que de rester recluse entre les murs de notre chambre, à encaisser difficilement cette gueule de bois sociale, elle recommande de prendre l’air, de se dépayser (avec les moyens du bord). Inutile de sauter dans le premier train qui passe ou d’entreprendre une digitale détox au fin fond des montagnes.
Il existe des activités zen moins radicales. S’asseoir sur un banc dans un parc, écouter les oiseaux chanter, se retirer en forêt, s’initier à la « color walk« , cette balade dictée par une couleur précise. L’objectif est de régénérer son esprit et la nature est un véritable sas de décompression, un cabinet de thérapie à ciel ouvert. Et les études scientifiques abondent en ce sens : être en contact avec la nature apaise le stress et réduit l’anxiété. En plus, c’est gratuit !
Aborder la fatigue de façon moins fataliste
On a dû écouter notre boss parler de marathon alors que la simple idée de courir après le bus nous donne de l’urticaire. On a fait des efforts surhumains pour montrer un intérêt envers les photos de famille de notre collègue, qui a passé en revue les 500 clichés de ses dernières vacances.
Lorsqu’on ressort d’un événement social éprouvant, on a tendance à rejouer les scènes en boucle dans notre tête et ses flashbacks nous irritent presque plus qu’au présent. D’où l’importance, selon Dr Helgoe, de prendre du recul et de se concentrer sur les parties plus sympathiques. Tout est question de point de vue. Ainsi, au lieu de se lamenter sur cette soirée interminable et les monologues d’une collègue, on peut se réjouir d’avoir mangé d’excellents petits fours et scellé de nouveaux liens.
Se détendre sans chichi
On croit, à tort, qu’il faut partir en Thalasso ou privatiser un spa tout entier pour recharger sa batterie sociale et retrouver une tolérance à l’humain. Pourtant, la simplicité est la clé. Il n’y a pas de formules miracles, simplement des techniques au cas par cas. Certaines personnes se satisfont amplement de leur présence et restent dans leur bulle tandis que d’autres veulent garder un minimum de lien avec le monde extérieur. La Dr Helgoe, elle, n’a pas de parti-pris. Elle recommande simplement d’éviter les lieux bondés et la surstimulation sensorielle qui va avec. Selon elle, le cinéma a tout d’un havre de paix. « C’est un moment de calme partagé et agréable », dit-elle.
Choisir une activité ressourçante qui nous plaît
À l’heure des réseaux sociaux, il est tentant de reproduire des loisirs bien-être en vogue. On peut vouloir s’initier au Pilate, câliner des arbres, faire du yoga entouré de chiots, crier dans des furry rooms ou boire des shots d’huile d’olive avec des bols tibétains en toile de fond. Cependant, ce n’est pas toujours fait pour nous et au lieu de nous décontracter, ça fait plutôt l’effet inverse. L’écoute de soi n’est pas une option, c’est un critère essentiel.
Lorsque la batterie sociale flanche et que l’on s’irrite du moindre petit « bonjour », il faut savoir se prioriser.
