Couloir humanitaire féministe : la France ouvre ses portes aux femmes Afghanes

Depuis 2021, le régime des Talibans sème la terreur en Afghanistan. Cette terre est d’ailleurs devenue un cauchemar vivant pour les femmes, alors dépossédées de tous leurs droits. Elles ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Un destin sans issue que certaines ont préféré fuir, à leurs risques et périls. C’est le cas de ces cinq femmes afghanes, fraîchement recueillies par la France. Exilées au Pakistan pendant plusieurs mois, elles ont vécu avec la mort à leur trousse jusqu’à ce que cette opération d’évacuation aboutisse. Une chaîne humaine symbolique et inédite qui ne fait que rappeler la sombre réalité des inégalités de genre. 

Une grande première en France

Lundi 4 septembre, cinq femmes afghanes ont enfin posé le pied sur le sol français. Une opération d’évacuation attendue de longue date qui sonne comme une lumière au bout du tunnel. Ces femmes de « haut grade » avaient trouvé refuge au Pakistan, pays limitrophe avec l’Afghanistan, en attendant que cette promesse de sauvetage se concrétise. Il faut dire que cet espoir d’une vie meilleure leur a déjà filé entre les doigts. Elles auraient dû s’acheminer jusqu’à la France en 2021, au lendemain de la prise de pouvoir forcée des talibans. Mais elles n’avaient pas pu bénéficier du pont aérien mis en place à ce moment-là.

Ces cinq femmes afghanes sont liées par un dénominateur commun. Elles ont dû s’extirper de ce quotidien austère en autonomie, parfois escortées par des associations. Ancienne directrice de l’université des Sciences, consultante pour des ONG, présentatrice de télévision, enseignante ayant défié les interdictions en place… elles exerçaient aussi des métiers en désaccord avec les décrets asservissants des Talibans. Ce qui les hissaient en ennemie numéro un. Leur arrivée en France acte donc la fin de longues années « en suspens », à naviguer dans un avenir incertain.

Cette opération de la « dernière chance » répond aussi à une volonté d’Emmanuel Macron. Lorsque les Talibans ont arraché ce pays à leurs hôtes, le président de la République avait déclaré que la France tendrait toujours une main aux Afghanes. Cette fraternité internationale a d’ailleurs pris l’étoffe du dispositif « Apagan ». Il a permis de secourir plus de 16 000 personnes depuis août 2021. Toutefois, si ces cinq femmes afghanes ont pu en profiter de façon plus « individuelle », c’est notamment grâce à l’acharnement des associations. Les femmes afghanes, réduites à néant par les Talibans, sont encore trop peu nombreuses à lancer des SOS de leur propre initiative.

Échapper à l’enfer coûte que coûte

Depuis qu’ils tiennent l’Afghanistan, les Talibans ne cessent de marginaliser les femmes de l’espace public. Ils font régner un patriarcat radical et extrémiste, à l’image de leurs méthodes armées. Ils prennent un malin plaisir à piétiner ces rares « libertés », durement acquises par les femmes. Et depuis plusieurs mois, cette hostilité se raffermit davantage. À l’heure actuelle, les femmes Afghanes sont privées d’enseignement. Dès 12 ans, elles ne sont plus autorisées à aller à l’école et doivent rester recluses dans leur foyer. Lorsqu’elles sortent dehors, elles doivent s’assurer de ne pas faire dépasser un morceau de chair de leur burqa intégral, au risque de se faire sanctionner drastiquement.

Elles n’ont plus leur place non plus dans les gymnases, les salons de beauté et les administrations publiques. Pour se déplacer au-delà d’une certaine distance, ces femmes afghanes sont obligées d’être chaperonnées par un « accompagnateur ». En résumé, elles sont prisonnières d’une condition déplorable et sont vouées à subir une punition à perpétuité.

Elles sont condamnées simplement parce qu’elles existent en tant que femmes. C’est une vérité : les Talibans sont des kamikazes de l’indépendance « féminine ». La situation semble tellement insoluble, que certaines femmes afghanes préfèrent se donner la mort plutôt que d’errer dans leur corps comme des fantômes domestiqués. D’ailleurs, l’Afghanistan est l’un des seuls pays au monde où les femmes se suicident plus que les hommes.

Que vont devenir ces femmes afghanes en France ?

Mais ces femmes afghanes reçues en France, auront-elles de quoi s’épanouir dans leur nouveau pays d’adoption ? Dès leur arrivée, elles ont été conduites dans un centre de transit régi par l’ONG France terre d’asile, basé en région parisienne. Après avoir réglé les formalités administratives, elles seront redirigées vers des centres d’accueil pour une solution d’hébergement temporaire. Mais après ces quelques « cadeaux de bienvenue », elles devront se plier au sinueux parcours de la demande d’asile et à l’attente interminable qu’elle engendre bien souvent.

Même si les femmes exilées réussissent à s’extirper d’un chaos indescriptible, elles se heurtent à d’autres violences, plus vicieuses, sur leur itinéraire migratoire. Nombreuses sont celles qui se retrouvent à dormir dans la rue, faute de place dans les centres dédiés. Dans cet environnement « impudique », elles s’exposent à de nombreux dangers : vols, agressions sexuelles, menaces. Ce qui les rend encore plus vulnérables. Au-delà de cette précarité naissante, les femmes exilées sont aussi confrontées à une intégration à deux vitesses. Si 38 % d’entre elles sont diplômées d’études supérieures, les portes du monde professionnel sont difficiles à franchir, manque de reconnaissance.

Si cette opération d’évacuation des femmes afghanes signe une belle « avancée » en matière de protection, elle devrait ouvrir une brèche plus conséquente selon les associations. Surtout au vu de l’urgence de la situation. Toutefois, la France est-elle vraiment prête à accueillir toutes ces âmes qui cherchent à se reconstruire une dignité ? Pas si sûr…

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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