Comme son nom l’indique, le « gaydar » illustre le fait de repérer des personnes gays à plusieurs kilomètres à la ronde sur la simple base de leur mimique et de leur style, comme si cette orientation amoureuse se lisait sur le visage. Nombreuses sont les personnes qui ont déjà fait la déduction hâtive d’un gay à la simple vue. C’est toute la dangerosité du « gaydar » : faire d’un cliché une généralité, voire une vérité absolue.
Le « gaydar » ou repérer les gays en un coup d’oeil
Certaines personnes semblent avoir un sixième sens pour détecter les gays et autres membres de la communauté LGBT+. Un geste de main, un petit détail sur un vêtement, une intonation de voix, des références culturelles anormalement « girlies »… Elles peuvent – selon leurs dires – « trahir les gays » rien qu’à leur attitude, en interprétant une manière d’éternuer, un hobby ou un attrait pour Ariana Grande comme un indicateur d’homosexualité.
Un homme manifeste un goût prononcé pour la mode et fait allusion à la Fashion Week ? Il est gay. Un homme ne traîne qu’avec des filles et rigole avec la main devant la bouche ? Il est gay. Et ce jeu de devinettes mal placé porte un nom : le « gaydar ». Soit la contraction du mot « gay » et « radar ». Les personnes qui y croient et en font presque une « unité de mesure », sont persuadées de pouvoir détecter un gay en un coup d’oeil. Elles parlent d’instinct, de pressentiment.
Dans une société qui fait régulièrement l’amalgame entre clichés et réalité et qui accuse les hommes en chemise rose d’être « trop efféminés », le « gaydar » n’est qu’une énième manifestation de cette discrimination silencieuse. Faire appel au « gaydar », c’est prendre les stéréotypes pour acquis et réduire les gays à leur simple apparence, en oubliant tout le reste de leur identité. Comme si les gens queers avaient un dress code ou un langage corporel à part. Les personnes qui parlent de « gaydar » et qui jugent au premier regard sont souvent celles qui s’indignent à la vue d’un couple d’hommes et qui abordent l’homosexualité à la manière d’une épidémie.
Une pratique d’identification particulièrement dérangeante
Dès qu’un homme s’éloigne ne serait-ce qu’un peu de cette image de virilité, le « gaydar » s’emballe. La preuve : des rumeurs courent sur l’orientation sexuelle de Pedro Pascal essentiellement parce qu’il croise les jambes, porte des cuissardes et fait preuve de douceur. Ce « gaydar » qui s’affole lorsqu’un homme laisse pendre sa main ou qu’une femme arbore une coupe extra courte et des vêtements larges, n’est pas un don inné et encore moins une « valeur sûre ».
Le fameux « gaydar », ce radar censé deviner si quelqu’un est gay, fait beaucoup parler… mais il est loin d’être rationnel et objectif. Il met aussi sur de fausses pistes. Certaines études, notamment celles du psychologue Nicholas Rule, montrent que des gens arrivent parfois à deviner l’orientation d’une personne à partir de petits indices (voix, visage, attitude). Attention : ce n’est pas une science exacte. Ces jugements sont souvent rapides, instinctifs, et surtout basés sur des clichés qu’on a tous intégrés sans s’en rendre compte.
En réalité, le « gaydar » en dit souvent plus sur nos stéréotypes que sur les personnes qu’on observe. Il peut donner l’impression de fonctionner… mais il se trompe aussi très souvent, surtout dès qu’on sort des cases (comme pour les personnes bisexuelles, encore plus difficiles à « deviner »). Bref, plutôt qu’un super-pouvoir, c’est surtout un mélange de perceptions sociales, d’habitudes et d’intuition, pas vraiment fiable, et parfois un peu réducteur.
Coller des étiquettes, une fâcheuse habitude
Un homme hétéro peut porter du vernis, des sacs à main, prendre plaisir à faire sa skincare et tricoter sur son temps libre tout comme un homme gay peut boire des bières en terrasse, arborer des blousons en cuir à la bad boy et écouter du rap énervé. Le « gaydar », en plus de cristalliser de vieux clichés, confine les humains dans des cases et entretient de fausses croyances. Il laisse penser que les gays sont « tous les mêmes », sans nuances ni singularités.
Le « gaydar » relève également d’une curiosité mal placée : celle de trouver des explications à chaque comportement et de demander des justifications là où il ne devrait y avoir que de la liberté. Derrière le « gaydar », il y a une envie presque compulsive de mettre des mots, des étiquettes, des catégories sur tout ce qui nous entoure. Comme si l’on ne supportait pas le flou, l’ambiguïté, l’inconnu. Pourtant, l’orientation sexuelle ne se devine pas, elle se vit. Elle appartient à l’intime, à l’histoire personnelle, au ressenti profond de chacun.
Chercher à deviner si quelqu’un est gay, hétéro ou autre, c’est finalement s’approprier une information qui ne nous appartient pas. C’est franchir une frontière invisible, parfois sans même s’en rendre compte. Car derrière ce réflexe, souvent présenté comme anodin ou « fun », se cache une forme d’intrusion. La meilleure façon de savoir si quelqu’un est gay, c’est de l’entendre de sa bouche. C’est pour cette raison que le « coming out » existe encore.
