Cette musicienne montre que le handicap n’empêche ni la virtuosité ni la présence scénique

Harpiste française de renom, Anja Linder donne le ton de la diversité sur les planches des opéras et fait résonner la mélodie de la résilience à chaque apparition sur scène. Cette virtuose a clôturé les jeux paralympiques de 2024 avec son instrument de prédilection, imposant par sa taille, mais léger par son bruit. Si elle a perdu l’usage de ses jambes lors d’un accident survenu en pleine prestation, elle continue de faire résonner son talent et confirme cette citation qui dit que la musique adoucit les mœurs.

Un accident qui aurait pu faire basculer sa carrière

Anja Linder avait un avenir radieux à l’horizon. Née d’une mère pianiste et d’un père artiste plasticien, elle a été à la bonne école avec ses deux parents à la créativité palpable. Elle hérite d’ailleurs de cette fibre artistique et se prend de passion pour un instrument assez peu pratiqué par des âmes précoces et que l’on imagine difficilement entre les mains d’une fillette : la harpe.

Elle pose ses doigts sur les cordes de cet objet descendu des anges dès l’âge de 9 ans et la poésie opère presque spontanément. Anja a un don inné pour cette discipline, qui exige une certaine dextérité et une bonne coordination des membres. Dès qu’elle entame la première note, elle semble décoller vers d’autres cieux et planer au-dessus du sol. Les auditeurs qui l’écoutent, sont, eux aussi, en apesanteur. La harpe, qui est un peu le symbole du paradis, devient alors plus qu’une simple occupation extra-scolaire : c’est une extension de son corps, sa raison d’être, son moteur quotidien.

Elle étudie alors tout naturellement au Conservatoire de Strasbourg pour en faire un métier à plein temps. Auréolée du premier prix de harpe et de musique de chambre, fait partie des élèves les plus douées de sa promotion. Lancée sur la pente du succès, elle sera pourtant freinée dans son élan par un sombre accident survenu le 6 juillet 2001. Spectatrice d’un concert en plein air au parc de Pourtalès, elle s’est trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment, prisonnière d’un platane, déracinée par de violentes intempéries. Verdict : 13 morts et 97 blessés. Anja Linder, qui n’a que 26 ans, doit alors faire le deuil de ses jambes, pourtant indispensables pour activer le chant de la harpe, qui ne compte pas moins de sept pédales.

 

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Une occasion de réinventer son art

Cet accident irréversible semblait sonner le glas de sa carrière et, par ricochet, de sa plus vibrante passion. Sans l’usage de ses jambes, poursuivre son parcours de concertiste avec un instrument traditionnel devient donc pratiquement impossible et relève de l’utopie. Dans son entourage, tout le monde la dissuade de continuer et lui soumet, de façon indirecte, une reconversion. Cependant, elle refuse d’écouter ce refrain et choisit d’ajuster son outil de travail, qu’elle considère comme sa moitié, un élément fondamental de son identité.

Bien décidée à retrouver la sensation des cordes sur ses doigts et à faire perdurer cette histoire d’amour avec la harpe, mélodie bénie des dieux, elle modifie son système originel avec l’aide de deux ingénieurs. Et à force de persévérance, elle donne naissance à une harpe automatique unique en son genre, qu’elle baptise Anjamatic en hommage à sa propre histoire.

Elle doit alors apprendre à apprivoiser cet instrument sur-mesure, à le dompter autrement et surtout à repenser tout son jeu. Grâce à cette innovation technique, qui illustre à elle seule la patience et la ténacité de cette prodige, Anja est devenue la voix de tous les possibles, une porteuse de rêve. Cet accident aurait pu l’éloigner de son art mais en réalité, il a renforcé ses ambitions.

La musique, une thérapie à part entière

Anja le dit elle-même de sa bouche : la musique est un remède, un médicament, qui n’a que pour seul risque d’enchanter les oreilles. « Je pense que la musique peut guérir. Ça fabrique des endorphines qui sont incroyables », se réjouissait-elle au micro de France Musique. Depuis qu’elle a renoué avec le public, en 2007, elle est sur un petit nuage et prouve que le handicap peut très bien s’accorder avec les exigences d’un orchestre.

En 2024, c’est d’ailleurs la consécration, certainement le clou de ce spectacle autour de la différence et de la résilience. Elle participe à la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Paris 2024 et confirme sa place dans les plus hauts rangs de la musique classique. En 2025, son nom figure également dans la promotion du ministère de la Culture au grade d’officière de l’ordre des Arts et des Lettres.

Alors que le handicap s’accompagne souvent d’une sérénade larmoyante, Anja le célèbre en fanfare et met en sourdine toutes les idées reçues qui vont avec. Parce qu’elle a peut-être une mobilité réduite mais une créativité sans limite.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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