Au lieu de partir se prélasser sous les cocotiers, les fans de Mike Horn et autres apprentis Robinson apprennent à faire du feu dans des conditions extrêmes et à survivre dans des milieux hostiles. Depuis quelques temps, les réservations pour les stages de survie explosent, comme si les terriens se préparaient à un scénario catastrophe imminent. Alors, tendance de passage ou véritable alternative aux vacances traditionnelles sur les transats ?
Les stages de survie, une pratique tendance
Et si pour vos prochaines vacances, vous alliez vous perdre en forêt avec le strict minimum et une simple boussole pour vous guider ? Si, au lieu de plonger dans la piscine d’un hôtel avec vue mer vous faisiez du feu comme les hommes préhistoriques et vous dormiez dans un abri de fortune construit avec quelques branches ? Ces séjours, qui donnent l’illusion de faire partie de la série « Lost » ou de participer à « Koh Lanta », attirent foule.
Pendant que les adeptes du confort et des formules all inclusive passent des vacances sous le soleil, à siroter des cocktails dans des noix de coco, les MacGyver dans l’âme s’entraînent pour l’apocalypse. Ils se forment à la débrouillardise, avec un baluchon sur le dos et une carte en guise de seul repère. Et c’est loin d’être une pratique marginale, bookée par des complotistes pessimistes. Selon les chiffres, chaque année, environ 10 000 personnes participeraient à un stage de survie au cours de quelque 1 500 sessions organisées en France.
Les nostalgiques des camps scouts, les enfants de la nature et les amateurs de sensations fortes s’y bousculent dans l’espoir de ressortir de cette semaine grandie et armée pour la fin du monde. Ces programmes, qui promettent de devenir une meilleure version de soi-même et d’améliorer sa capacité d’adaptation, ne laissent aucune place au repos. On y travaille son sens de l’orientation, on fabrique des filtres à eau avec les moyens du bord, on dort à même le sol en compagnie des insectes. Pour certains, ça s’apparente à du masochisme pur tandis que pour les principaux intéressés, c’est un apprentissage utile voire vital.
Les arguments défendus par ses adeptes
Les stages de survie, derrière leur côté un peu primitif et leur image sectaire, revendiquent surtout un retour à l’essentiel dans une ère où chaque geste est assisté. Finalement, les initiés redécouvrent la vie de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, qui n’avaient pas d’autres choix que de s’auto-suffire. Ils se réconcilient avec un mode de vie plus simple et moins matérialiste.
Certes, ils dépendent des conditions climatiques variables, doivent s’habituer à un confort très spartiate pour ne pas dire inexistant et se nourrir avec ce qu’ils ont sous la main, en veillant à ne pas s’empoisonner. Mais en même temps, ils entreprennent une digital detox bienvenue, apprennent à écouter leur instinct, développent leur autonomie dans des forêts peuplés de dangers et travaillent leur mental du réveil au couché.
Évidemment, il y aussi cette proximité avec la nature, un havre de paix qui peut rapidement devenir le théâtre de toutes nos peurs, surtout en cas d’invasion de fourmis rouges, d’araignées XXL ou de bruits inexpliqués en pleine nuit. Ce sont les principaux atouts mentionnés sur les sites qui se consacrent à ce baptême de survie, digne de la science-fiction.
Des séjours à la dure pas toujours bien encadrés
Ces stages de survie, version hardcore des escape game urbains et des excursions en bivouak, séduisent ceux qui ont le goût du challenge mais aussi les férus de dystopie et les famille en quête de complicité. Cependant, même si les participants ne sont pas livrés à eux-mêmes et accompagnés par des guides, ces séjours qui ressemblent plus à une formation militaire qu’à un agréable moment ne dépendent d’aucune « loi » en France.
« Aujourd’hui, si je veux organiser un stage de planche à voile ou un stage de boxe dans la ville à côté de chez moi, je dois avoir besoin d’un brevet d’État. En revanche, si je veux embarquer dix personnes dans la nature pour les forcer à manger n’importe quoi comme plantes en disant que je suis un spécialiste, je peux le faire sans brevet », regrette Mathieu Burgalassi, anthropologue dans les colonnes de Géo.
On peut donc vite se retrouver avec un inconnu qui s’auto-proclame chef de meute et qui ne doit sa connaissance de la nature qu’à des tutoriels internet. « Après quelques mois dans ces milieux-là, on m’a appris à étrangler des gens par derrière avec une corde », abonde le spécialiste, qui est resté quatre ans en immersion dans ces stages supposés nous endurcir. Les stages de survie sont également le socle commun des masculinistes en devenir et des adeptes de la théorie du complot. Parfois, ce sont des moyens de propagande.
Les stages de survie, bien plus éprouvants et rudes que les courses d’orientation de notre enfance, peuvent ainsi être bénéfiques « au cas où » un drame ou une crise sans précèdent arriverait. Cependant, même s’ils s’apparentent à un « périple initiatique », ils nécessitent encore quelques ajustements juridiques.
