Dans les couloirs de certaines universités chinoises, les coussinets des animaux côtoient les baskets pressés des étudiants. La pelouse du campus ressemble davantage à une aire d’agility qu’à un espace de détente où se dégourdir les jambes entre deux TD. Fini les au-revoirs déchirants au moment de partir en cours et la montée des larmes à la fermeture de la porte de l’appartement. Les étudiants peuvent franchir la grille de l’université aux côtés de leur alter-ego à poils. Ces lieux au règlement strict font preuve de plus de souplesse envers les amoureux des bêtes qui écument leurs établissements.
Quand les animaux font leur entrée sur le campus
Il y a encore quelques mois, les animaux ne pouvaient pas mettre une patte dans l’enceinte des universités, ni même y faire une brève irruption. Aucun événement ne faisait exception à cette règle, pas même le bal de promo de fin d’année ou la journée d’intégration. Les élèves devaient alors s’adonner à un rituel cruel : fermer la porte de leur studio sur le museau attendrissant de leur animal et résister à leurs bons yeux remplis de “pourquoi tu t’en vas ?”. Ils se dépêchaient de visser leurs écouteurs sur leurs oreilles pour ne pas entendre les gémissements de tristesse poussés par leur double au pelage réconfortant.
Mais cette scène digne d’une comédie dramatique n’existe plus dans certains coins de la Chine. Considérés comme des intrus, les animaux sont désormais les bienvenus dans plusieurs universités de l’Empire du Milieu. Le média Sixth Tone rapporte qu’au moins sept universités chinoises permettent désormais, sous certaines conditions, la présence d’animaux.
Au milieu des rangées de casiers, lapin, chat, chien et chinchilla se reniflent la truffe comme les étudiants se serrent la main. Ces animaux, à poils courts ou aux oreilles démesurées, prennent possession et s’apparentent à des renforts émotionnels face au stress des contrôles surprises, des exposés en amphithéâtre et des innombrables performances intellectuelles. À en croire ces images, on aurait tendance à chercher les caméras et à imaginer un tournage pour le prochain live action Disney.
Or, ce n’est pas l’extrait du futur Zootopie, c’est une utopie devenue réelle. Les cartes étudiantes ne sont plus les seuls sésames pour pénétrer dans ce hall peuplé de cartables. Dans certains établissements, les carnets de vaccination ont désormais eux aussi droit de cité.
La vie universitaire prend des airs d’arche de Noé
Entre deux sonneries, les étudiants portent leur cahier dans une main et la laisse en cuir dans l’autre. Leur animal leur ouvre le passage, les devance dans leurs enjambées pourtant déjà dynamiques. Ici, les étudiants caressent bien plus que le clavier de leur ordinateur et les pages blanches de leur cahier. Ils profitent des interclasses pour réaffirmer leur amour envers leur compagnon à la langue pendante et aux sens sur-développés. C’est la Kunming City University qui est l’instigatrice de ce passe-droit animalier.
Elle autorise désormais les chiens, chats, lapins, hamsters et certains animaux exotiques légalement admis. Certaines races de chiens considérées comme “dangereuses” restent interdites, tout comme les animaux susceptibles de poser un risque sanitaire. D’autres universités n’ont pas tardé à transformer leurs espaces studieux en véritables refuges animaliers.
Nombreuses sont celles qui se parent maintenant de la mention “pet-friendly”. Même si certains y voient une opération de communication déguisée voire un argument marketing pour faire concurrence à des universités “mieux cotées”, cette initiative est surtout une réponse à la solitude étudiante, particulièrement symptomatique dans le pays.
Des dortoirs adaptés plutôt qu’une liberté totale
Même si les universités chinoises privées accueillent les animaux à bras ouverts, elles n’aspirent pas non plus à devenir un chenil improvisé et encore moins un parc d’attraction. Pas question de déconcentrer les étudiants, susceptibles d’être plus intéressés par la frimousse des animaux que par le contenu de leurs manuels. L’idée n’est pas non plus qu’ils passent plus de temps à jouer à la balle dans le gazon qu’à potasser leurs cours théoriques.
Les universités pet-friendly ont alors pris des mesures et aménager leurs espaces en conséquence pour éviter que les animaux ne sèment la pagaille ou deviennent des fauteurs de troubles malgré eux. À Kunming City University, l’établissement prévoit des dortoirs pet-friendly, une garderie pour animaux, une station de santé animale, des espaces clôturés, des points d’eau et même des sacs pour les déjections. Les animaux doivent être enregistrés chaque semestre et leurs vaccinations contrôlées.
Autrement dit, tout est pensé pour que les animaux soient choyés et jamais livrés à eux-mêmes dans ces bâtiments de plusieurs étages. Ainsi, les étudiants peuvent concentrer toute leur attention sur le tableau blanc, sans s’inquiéter du sort de leur fidèle compagnon.
Un compagnon contre la solitude étudiante
Au-delà du côté attendrissant de ces campus peuplés de museaux, cette ouverture répond aussi à une réalité plus intime : celle d’étudiants parfois isolés, loin de leur famille et soumis à une forte pression académique. Dans ce quotidien rythmé par les examens, les échéances et les heures passées à réviser, retrouver son animal peut agir comme un repère familier.
Le chien ou le chat ne corrige pas les copies et ne fait pas disparaître le stress d’un contrôle surprise, mais sa présence apporte une forme de continuité dans une période de vie souvent marquée par les changements. Il suffit parfois d’un ronronnement, d’une promenade ou de quelques minutes de jeu pour faire retomber la tension et redonner au dortoir des airs de maison.
C’est aussi ce que ces universités semblent vouloir encourager : une vie étudiante un peu moins rigide, où le bien-être ne passe pas uniquement par les résultats et les performances. Les animaux ne remplacent évidemment ni les proches ni un accompagnement psychologique lorsque celui-ci est nécessaire, mais ils peuvent apporter une présence rassurante dans les moments creux.
Cette nouvelle politique dit finalement quelque chose de plus large sur l’évolution des campus chinois. Ils ne se contentent plus seulement d’organiser les études, ils cherchent aussi à rendre le quotidien plus vivable. Et si cela passe parfois par une gamelle dans un coin du dortoir, quelques poils sur un sweat et une laisse accrochée à côté du sac de cours, alors l’université ressemble peut-être un peu moins à une institution et un peu plus à un lieu de vie.











