Handicap et aide sexuelle en France, le témoignage sans tabou de Guillaume

Dans une société où le culte de la performance sexuelle reste omniprésent, que signifie être « en bonne santé sexuellement parlant » ? Comment aborde-t-on la sexualité quand on est privé.e de l’usage d’une partie de son corps ? Nous avons rencontré Guillaume Bourdiaux, 24 ans, atteint d’une infirmité motrice cérébrale. Dans son autobiographie poignante intitulée « Guillaume au pays d’Alice », il se livre sans détour sur le tabou des assistant.e.s sexuel.le.s en France.

Handicap & confiance en soi

Avant de découvrir Isaac dans la célèbre série Sex Education, aviez-vous déjà vu beaucoup de personnes en situation de handicap avoir des relations sexuelles dans les films et les séries ? La réponse est probablement non…

« La sexualité est un sujet toujours un peu tabou même entre valides donc quand on rajoute le handicap c’est encore plus compliqué. La sexualité ne vient même pas à l’esprit des gens », nous explique Guillaume Bourdiaux

Atteint depuis sa naissance d’une triparésie spastique qui l’empêche de mouvoir normalement la partie gauche de son corps, ce Montpelliérain avoue que plus jeune il excluait toute relation, que celle-ci soit sentimentale ou charnelle. Un sentiment d’injustice qui l’a toujours empêché de vivre comme les autres hommes.

Pourtant, d’un point de vue objectif, Guillaume ne faisait pas face à beaucoup plus de difficultés physiques qu’un autre. Quelques positions à éviter seulement, mais rien d’impossible, bien au contraire.

« En terme de sexualité pure il n’y a aucun problème, du moins je me suis rendu compte qu’il n’y en avait aucun. J’étais bloqué par mon handicap, mais ce blocage était surtout du point de vue de la confiance que j’avais en moi », déclare-t-il

Un homme sexuellement attirant, c’est fort, c’est puissant. Autant d’injonctions toujours dans l’esprit de certain.e.s en 2022, qui parasitent l’estime que l’on a de soi. Peut-on être fort.e et puissant.e quand on souffre d’un handicap ?

Avant Alice, celle dont on comprend qu’elle a tout changé dans son livre « Guillaume au pays d’Alice » paru il y a presque un an aux éditions FeedBack, Guillaume aurait probablement répondu non.

« Il s’agit toujours d’une émotion à mi-chemin entre la compassion et la pitié, ou alors si ce n’est pas le cas, on plonge complètement dans la plus grande indifférence », détaille-t-il dans son ouvrage, concernant les sentiments des filles de son entourage

Et puis il y a eu cette Alice, avec qui il entretient des relations sexuelles, mais pas seulement. Un tabou persistant, notamment en France, qui a toujours du mal à être levé. En parallèle, plusieurs pays européens, comme la Belgique, les Pays-Bas ou la Suisse, encadrent déjà l’assistance sexuelle.

Alice, ou le pas vers un semblant de normalité

La première fois de Guillaume Bourdiaux, c’était avec une escorte girl. Alice était la troisième, comme il le raconte sans fard dans son autobiographie. En tout, ils se verront 21 fois dans l’appartement du centre-ville de Montpelier où la travailleuse du sexe reçoit ses clients.

« Cela m’a permis de découvrir la sexualité et donc de me mettre sur un pied d’égalité. Avant quand mes ami.e.s discutaient, je ne savais pas donc je restais en retrait. Maintenant, je peux avoir ces discussions. Cela m’a fait entrer dans le monde », confie Guillaume

Pour lui, le temps passé avec Alice a été une véritable opportunité. De rendez-vous en rendez-vous, une relation de confiance se tisse entre l’escorte et Guillaume, lui faisant petit à petit gagner en estime de lui-même. Elle lui donne tout simplement l’impression que son « corps est normal ».

« Cette grande inconnue a été une découverte qui m’a fait un bien fou », avoue-t-il dans son livre

Bien au-delà du handicap, ce sont deux adultes qui entretiennent une relation charnelle que le jeune homme trouve satisfaisante.

« Maintenant, j’ai toutes les cartes en main », avance-t-il, l’air joyeux, quand nous lui demandons ce qu’il en a tiré de cette relation

Depuis, le jeune homme s’exprime en faveur de la légalisation du métier d’assistant.e sexuel.le en France. Il souhaite que la parole se libère et que le thème de la sexualité et du handicap ne soit ainsi plus un tabou dans notre pays.

« Je pense que chaque personne handicapée peut évoluer grâce à un.e assistant.e. Selon moi, il y a vraiment des vertus thérapeutiques, physiques et psychologiques. Cela m’a coûté assez cher, mais je ne le regrette pas, car cela m’a profondément aidé à mieux accepter mon corps, à développer ma confiance en moi », affirme-t-il avec sincérité

Voir ce livre

Qu’en est-il du métier d’aide sexuelle en France ?

Quand nous avons demandé à Guillaume Bourdiaux de définir ce qu’était le métier d’aide sexuelle, les premiers mots qui ont éclos ont été « travailleur.se du sexe ». De ce point de vue là, la loi est formelle. Dans un arrêt de la Chambre criminelle du 27 mars 1996, les juges considèrent que la prostitution « consiste à se prêter, moyennant une rémunération, à des contacts physiques de quelque nature qu’ils soient, afin de satisfaire les besoins sexuels d’autrui ». Aux yeux des magistrat.e.s, la sentence est donc sans appel : Alice est une prostituée et ses rapports sexuels avec Guillaume sont illégaux.

Le jeune homme introduit néanmoins une nuance. « Il y a un diplôme qui donne accès à ce titre d’assistante sexuelle. » En effet, une rapide recherche internet permet de trouver tout un tas de formations sérieuses et respectueuses, la plupart proposées par des associations militantes pour les droits des personnes handicapées. En France, l’Association pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel (APPAS) milite par exemple « pour l’accompagnement à la vie affective, sensuelle et/ou sexuelle des personnes en situation de handicap ».

Reste à savoir si, comme l’espère Guillaume, la profession sera un jour légalisée pour pouvoir être encadrée et guidée convenablement. Le jeune homme, fort de son expérience, est de son côté à la recherche de l’amour, du vrai. Nous lui souhaitons !

Léonie Bourbon
Léonie Bourbon
À travers mes articles, je vise à divertir, éduquer et inciter à la réflexion, en partageant des histoires qui touchent le cœur et l'esprit.
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