Cette maquilleuse transforme le regard porté sur les femmes chauves

Elle comble le vide des crânes désertiques avec des paillettes, des traits de couleurs, des perles nacrées et des motifs floraux. Artisane de la confiance et artiste aux doigts de fée, @maquillemonkrane transforme la tête des femmes chauves en toile humaine. Sous ses coups de crayon, ce qui était un terrain à complexe devient ainsi un lieu d’expression, un espace de créativité. Elle manie l’art de rendre chaque femme unique.

Des crânes métamorphosés en oeuvres d’art

Les artistes ont tous leur signature distinctive et leur style de prédilection. Les maquilleuses professionnelles aussi. Elles ne se contentent pas de faire des exercices de coquetterie et de remplir les paupières de fard ou les lèvres de gloss pailleté. Elles s’attèlent aussi à réconcilier les femmes avec leur reflet et à révéler la beauté là où elles ne l’attendent plus. C’est en tout cas le crédo de @maquillemonkrane, qui n’aspire pas à faire des fantaisies esthétiques virales, ni à copier la mise en beauté des Kardashian et encore moins à retoucher le visage de ses muses.

Plus qu’une maquilleuse, c’est une ambassadrice de l’amour-propre, une éveilleuse d’éclat, une restauratrice de confiance. Elle dessine des fresques là où les cheveux servent généralement de seul décor. Elle fait de la poésie visuelle avec le crâne de celles qui ont dû faire le deuil de leur chevelure et se familiariser avec cette nouvelle image dans le miroir. Ses nymphes ont toutes en commun d’avoir la tête vierge et loin d’être un manque, c’est une richesse pour cette orfèvre de l’apparence.

Entre les murs de ce salon particulier, ce crâne lisse et dépourvu de mèches est une pièce maîtresse, une feuille blanche à remplir, à colorier, à raconter autrement. Cette maquilleuse, qui gomme les complexes pour apposer des coquelicots chatoyants, des fleurs séchées colorées, des constellations vitaminées ou des étincelles dorées, sublime ce qui a été caché, détesté, renié sous un foulard ou une perruque. Le visage devient un tableau et le crâne, l’extension d’un combat, d’une identité, d’une histoire. Rescapées d’un cancer ou touchées par l’alopécie, ces femmes se redécouvrent sous un nouveau jour et perçoivent enfin la lumière derrière l’obscurité.

Quand le maquillage devient une thérapie pour s’aimer

Dans l’imaginaire collectif, le maquillage est une invention superficielle pour rattraper ce que la nature ne nous a pas donné ou trafiquer le visage sur fond de hashtags. Pourtant, ce n’est pas toujours un camouflage esthétique, c’est parfois un acte de bienveillance envers soi, un moyen d’expression, un langage, une métaphore de la résilience. C’est aussi un pansement sur des plaies invisibles, un symbole de renaissance.

Et les femmes qui sont passées entre les mains habiles de @maquillemonkrane sont unanimes sur cette expérience : c’est profondément libérateur. Ces enluminures de peau sont comme des « je t’aime » silencieux. « C’est extérioriser ce qu’il y a l’intérieur de moi et je trouve ça dingue », avance Elise, parée de poudre d’or. « Perdre ses cheveux, c’est un peu comme si c’était notre propre hiver à nous, comme un arbre va perdre ses feuilles. (…) j’ai de nouveau des fleurs sur la tête, c’est la preuve que je suis en train de terminer mes traitements« , dit Louve, pleine de sagesse avec ses fleurs XXL qui ont pris racine sur son crâne.

Ainsi, une fleur ouverte représente une renaissance, les paillettes évoquent un retour à la lumière et les lignes asymétriques illustrent un parcours en dent de scie avec des hauts et des bas. Ces détails de style deviennent des symboles.

Plus que du makeup, un baume sur les complexes

Derrière les pigments et les pinceaux, il y a bien plus qu’un simple geste esthétique. Ce que propose @maquillemonkrane dépasse largement le cadre du maquillage traditionnel. C’est une manière de réparer l’image de soi, de redonner du pouvoir là où il s’est effrité.

Perdre ses cheveux, que ce soit à cause d’un traitement lourd, d’une maladie ou d’une alopécie, bouleverse profondément le rapport au corps. Le crâne devient alors un symbole visible de ce que l’on traverse intérieurement. Il attire les regards, suscite parfois la gêne ou la curiosité, et peut raviver des blessures silencieuses.

En transformant cette zone souvent vécue comme une « absence » en espace d’expression, la maquilleuse inverse la narration. Elle ne cherche pas à masquer, mais à sublimer. Là où certaines voyaient un manque, elle révèle une force. Là où le miroir renvoyait une image difficile à accepter, elle fait apparaître une version réenchantée de soi-même. Ce processus agit comme un déclic. Les femmes ne se regardent plus avec la même dureté. Elles apprennent à apprivoiser leur reflet, à s’y reconnecter, parfois même à l’aimer pour la première fois depuis longtemps.

Finalement, ces crânes décorés ne sont pas seulement beaux à regarder. Ils racontent des histoires de courage, de transformation et d’acceptation. Et dans chaque motif dessiné, il y a un peu plus qu’une touche artistique. Il y a une victoire sur le regard des autres… et surtout sur le sien. Plus que du maquillage, c’est un remède à l’estime.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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