Selon une vieille croyance, les années d’inscription à la salle de sport devraient se lire sur la silhouette et se traduire par un ventre plat en relief, des cuisses massives et des bras gainés. Cependant, la surface de muscles visible sur le corps n’est pas forcément un indicateur de puissance. La force se cache parfois là où les injonctions ne l’attendent pas : derrière des poignées d’amour ou sous une petite bedaine. À l’heure où les hommes utilisent la chirurgie pour donner l’illusion d’un entraînement acharné, l’athlète de rue @spleenworkout prouve qu’il n’y a pas de bonnes ou mauvaises anatomies pour faire des pompes à une main ou valser autour d’une barre fixe.
La force ne se mesure pas au nombre d’abdos visibles
Les réseaux sociaux donnent une seule et unique définition de l’homme sportif. Derrière les hashtags voués à documenter les progressions physiques et à motiver les troupes, ces dieux des salles posent avec leurs fibres à l’honneur et contractent au point d’en exploser les coutures de leur débardeur. Rien qu’à l’œil, on devine une silhouette d’acier. Pectoraux saillants qui semblent sortir d’un moule, abdos qui prennent toute la longueur du ventre, biceps et deltoïdes parfaitement proportionnés… À en croire ces images, ces muscles, que l’on peut toucher du regard et que les anciens qualifient volontiers de « gonflette », quantifient la force de celui qui les porte.
Or, aujourd’hui il est facile de tricher sur les contours du corps, en les rognant à coup de bistouri et de gomme virtuelle ou en adoptant le bon angle face caméra. D’ailleurs, les hommes, insatisfaits de leur apparence, sont de plus en plus nombreux à préférer la table d’opération au banc de musculation pour atteindre cet idéal ultime de beauté herculéenne. Ils ne font plus l’effort de suer sous la fonte ou d’user leurs mains sur les haltères : ils obtiennent cette carrure d’Avengers sur commande.
Pourtant, il faut se méfier des apparences. Les muscles sont parfois plus décoratifs que fonctionnels et les couches de gras de certains peuvent abriter une force que l’on ne soupçonne pas. Tristan du compte @spleenworkout en est l’exemple vivant. Le jeune homme à l’accent chantant rattrape à lui seul des années de propagande esthétique et comble un criant manque de représentation sur le sol rembourré des salles de sport ou dans les arènes de street workout. Il contredit cette idée selon laquelle il faudrait être « énorme et sec » pour mériter le titre de sportif accompli.
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Ne pas confondre force et développement musculaire
Cet homme, devenu militant de l’acceptation de soi malgré lui, n’a peut-être pas le buste de Thor ni la silhouette congestionnée de Zac Efron dans « Baywatch », mais il renferme une force surhumaine qui a de quoi faire plier de nombreux clichés. Alors que les diktats voudraient que les capacités musculaires sautent aux yeux, Tristan prouve que l’apparence n’est pas une unité de mesure fiable du bien-être. Elle ne détermine en rien le niveau sportif d’une personne.
D’ailleurs, le jeune homme à la corpulence accessible et au discours rassurant, se lance régulièrement des défis pour montrer que la véritable force est plus dans la tête que sur les courbes. Car oui, les hommes avec de l’embonpoint soulèvent aussi de la fonte et pas uniquement des pintes de bière. Leur ventre n’est pas fait de houblon, de fast food ou de friandises sucrées, mais il s’esquisse comme un roc. Dans une société qui ne pèse pas ses mots sur les corps ronds, Tristan, lui, fait pencher la balance en sa faveur. Avec beaucoup d’auto-dérision, il s’adonne à des programmes sportifs intenses qui nous font suer à travers l’écran et qui relèvent presque du super-pouvoir.
Il ajoute toujours de la difficulté à des exercices déjà bien éprouvants. Dips lestés à 100 kilos, pompes claquées en 40 répétitions, développé militaire chargé à 80 kg sur une seule jambe… Tristan repousse les limites du possible pour rendre justice à ces corps souvent accusés de couler du bon temps dans le canapé. Loin d’être « handicapé » par son poids de base, il le maîtrise dans son entièreté et l’illustre au gré de ses figures de callisthénie.
Des performances qui remettent en question les normes physiques
Trop de personnes font encore l’amalgame entre graisse et sédentarité comme si l’IMC était la seule valeur officielle de bonne santé et indiquait la fréquence de notre activité. Pourtant, les personnes qui ne sont pas taillées pour être maigres et qui ont une silhouette « rembourrée », ne passent pas leur journée à faire des allers-retours entre les placards. Elles s’adonnent aussi à des séances de sport dans lesquelles beaucoup les imaginaient échouer.
Tristan, porte-parole officiel de la bienveillance, lui, parvient à tenir immobile à l’horizontale sur une barre de street workout. Sur ces infrastructures à ciel ouvert, son corps défie les lois de la gravité et des standards de beauté. Il flotte dans l’air à la manière d’un drapeau blanc, un étendard de la diversité corporelle.
Ce qui impressionne finalement chez Tristan n’est pas seulement la difficulté de ses figures, mais le décalage entre ce que son corps laisse deviner et ce qu’il est réellement capable d’accomplir. Là où certains cherchent à sculpter leur silhouette pour qu’elle raconte, avant même le moindre mouvement, leur assiduité sportive, lui laisse ses performances parler à sa place.
Moralité : la force ne se résume ni à un tour de taille, ni à un pourcentage de masse grasse, ni au nombre de muscles dessinés sous la peau.
