Trois titres nationaux décrochés à dix ans d’intervalle, le dernier dans la catégorie des 80 ans.
Son parcours démonte l’idée qu’il faudrait commencer enfant pour arriver quelque part. On raconte souvent que les carrières sportives se jouent avant quinze ans, que passé un certain âge les dés sont jetés et qu’il ne reste plus qu’à entretenir. Marie-Jeanne Marty n’a pas suivi ce programme. Elle a attrapé une raquette à trente ans, un peu par hasard, et elle collectionne depuis les titres nationaux par tranche décennale.
Une raquette prise pour compléter un double
L’histoire commence de la façon la plus banale qui soit. Cette Landaise, ancienne professeure de sport, est sollicitée un jour pour tenir la quatrième place d’un match en double. Il manquait quelqu’un, elle était disponible.
Elle avait trente ans, aucune formation tennistique derrière elle, et aucune intention particulière. Elle n’a quasiment plus lâché la raquette depuis. C’est peut-être le détail le plus intéressant de tout ce parcours : il ne commence ni par une vocation ni par un plan de carrière, mais par un service rendu.
Trois titres, à dix ans d’intervalle
Le palmarès s’est construit par paliers, et il suit une régularité assez remarquable. Championne de France vétérans à soixante-dix ans. De nouveau à soixante-quinze. Puis, au Touquet en 2021, dans la catégorie des quatre-vingts ans.
Licenciée au club athlétique de Périgueux, elle a également remporté un championnat du monde par équipes. Elle a par ailleurs mené une sélection de quatre joueuses françaises de quatre-vingts ans en Espagne, comme capitaine.
Interrogée par France Bleu Périgord sur ce qui la motive, sa réponse tient en sept mots : « J’aime gagner, je suis une battante ». Elle évoque aussi son goût pour la dimension tactique du jeu, cette façon de déplacer son adversaire d’un bord à l’autre du court comme sur un plateau de jeu.
Ce que les catégories vétérans permettent
Voilà l’information que ce parcours met en lumière et que très peu de gens connaissent : la compétition officielle ne s’arrête à aucun âge.
La Fédération française de tennis organise des championnats par tranches de cinq ans, et cette structure monte très haut. Ce ne sont pas des rencontres amicales déguisées mais de véritables championnats de France, avec qualifications régionales, tableau national et titre à la clé.
Le même principe existe dans la plupart des fédérations, athlétisme, natation, cyclisme, aviron. Des milliers de personnes concourent chaque année dans ces catégories, et la presse n’en parle presque jamais.
Les catégories, tranche par tranche
| Catégorie | Âge | Ce qu’elle regroupe |
| +35 à +45 | 35 à 49 ans | Souvent d’anciens compétiteurs |
| +50 à +60 | 50 à 64 ans | Beaucoup de reprises après une pause |
| +65 à +75 | 65 à 79 ans | Les effectifs se réduisent, le niveau reste élevé |
| +80 et au-delà | 80 ans et plus | Peu de joueuses, titres très disputés |
Une conséquence pratique mérite d’être notée. Plus la catégorie est élevée, moins il y a de participantes, et plus les chances d’aller loin augmentent pour qui s’y engage sérieusement. Commencer tard n’est donc pas seulement possible, c’est parfois statistiquement favorable.
Ce que ce parcours contredit
Il y a une phrase qu’on entend beaucoup et qui ferme énormément de portes : il est trop tard.
Trop tard pour s’y mettre, pour progresser, pour envisager autre chose que du loisir. Elle circule d’autant plus facilement qu’elle paraît raisonnable, et elle s’appuie sur l’idée qu’un corps de quarante ou cinquante ans serait déjà sur la pente descendante.
Ce parcours dit autre chose. Une femme commence à trente ans sans aucun bagage, et décroche son premier titre national quarante ans plus tard. Le temps n’a pas joué contre elle, il a joué pour elle, puisqu’il lui a donné les années nécessaires pour construire quelque chose. C’est exactement l’inverse du récit habituel.
Ce que ça coûte de commencer
La barrière est plus basse qu’on ne l’imagine. La licence fédérale se situe autour de 30 € par an, la cotisation d’un club municipal entre 150 et 300 € selon les régions et les créneaux.
Une raquette correcte pour débuter coûte entre 50 et 150 €, et la plupart des clubs en prêtent pendant les premières séances. Les cours collectifs, généralement inclus ou proposés en supplément, tournent autour de 150 à 300 € par an.
Au total, une année complète en club revient souvent moins cher qu’un abonnement de salle de sport, avec une dimension collective que les machines n’offrent pas.
Et si la compétition ne vous tente pas ?
Alors ne faites pas de compétition, personne ne vous le demande. Jouer le dimanche sans enjeu, sans classement et sans tournoi reste une excellente façon de pratiquer, et la grande majorité des licenciés ne compétitionne jamais.
Ce qui vaut la peine d’être retenu dans ce parcours n’est pas qu’il faudrait viser un titre. C’est qu’une structure existe pour toutes les tranches d’âge, que personne n’en parle, et que l’argument du « trop tard » ne résiste pas à l’examen. Une femme de trente ans qui accepte de compléter un double n’imaginait rien de tout ça. Elle a simplement continué, ce qui est probablement la seule chose qui compte.
