C’est une question que les parents anticipent rarement, à la différence de celle qui concerne la mise au monde des bébés. Leur amour est tellement instinctif et naturel qu’ils ne pensent pas nécessairement à l’enseigner à leurs enfants, qui prennent parfois leurs cousines pour leurs « amoureuses » et qui développent des petits complexes d’Oedipe. Voici quelques pistes pour aborder le sujet, le cœur sur la table.
L’amour, une notion abstraite pour les plus jeunes
Quand les enfants ont le mot « pourquoi » suspendu à la bouche, vous vous attendez à toutes les questions sauf à celle-ci. Il arrive que vos bambins, dans un élan de curiosité, vous posent une colle et vous prennent au dépourvu. À l’interrogation « c’est quoi l’amour ? », vous restez sans voix, comme s’il s’agissait d’un terme nouveau. Vous hésitez presque à vous emparer du dictionnaire ou à demander de l’aide à chatGPT.
Comment rester objective et neutre dans votre définition de l’amour, sentiment qui vous semble à la fois si évident et si indescriptible ? C’est presque aussi délicat que d’expliquer la création des bébés. Là, l’histoire des choux et de la cigogne ne prend pas. L’amour est une notion pleine de nuances et ne se résume pas en un seul mot. Ce qui est loin d’arranger vos affaires.
Pour un enfant, l’amour est acquis mais pas toujours compris. C’est une sensation, une expérience, mais difficilement une idée claire. Il ressent qu’il aime ses parents, son doudou ou son meilleur ami, sans forcément comprendre ce qui différencie ces liens. L’amour est ancré en eux, il n’est simplement pas arrivé à « maturité ». D’ailleurs, sans le savoir, les enfants en font la démonstration chaque jour : en câlinant leurs parents, en concevant un bouquet avec les fleurs du jardin pour leur mamie, en partageant leur part de gâteau maison avec leur camarade préférée.
C’est pourquoi les grands discours philosophiques sont inutiles. Mieux vaut partir de situations concrètes : « Tu vois quand tu es content de faire un câlin ? C’est une façon de montrer l’amour ». Ou encore : « Quand tu tiens très fort à quelqu’un et que tu veux qu’il soit heureux, c’est de l’amour ».
Adaptez les explications selon l’âge de l’enfant
Évidemment, vous n’allez pas vous embarquer dans des explications très détaillées face à un enfant en bas âge qui sait à peine aligner cinq mots et qui vient tout juste d’apprendre à lire. Un tout-petit a surtout besoin de repères simples et rassurants : l’amour, c’est ce qu’on ressent dans les câlins, les sourires, les moments partagés.
Évitez les déductions hâtives et les questions prématurées du style « c’est ton amoureux ? », qui ne font qu’embrouiller l’enfant. Eh oui, leur petit cerveau ne peut pas tout emmagasiner d’un coup. « Il ne faut pas brusquer le langage, c’est-à-dire ne pas projeter des schémas, ne pas dire : ‘il est amoureux, elle est amoureuse !’, alors que l’enfant est petit, qu’il éprouve cette complexité émotionnelle inouïe », prévient Sonia Chaine, autrice du livre jeunesse « L’amour, j’ai tout compris ».
Lorsque votre enfant grandit, vous pouvez approfondir la réflexion et perfectionner vos enseignements, en décortiquant un peu plus l’amour. C’est là que vous précisez à votre enfant qu’il ne peut pas aimer sa sœur comme le prince aime Cendrillon, ni comme maman aime papa. Si vous n’êtes pas à l’aise, faites un tour à la bibliothèque, qui recèle de livres éclairants et imagés à ce sujet. C’est le cas de « Histoire pour Mieux Aimer », qui n’est autre qu’une vulgarisation adroite des 5 langages de l’amour.
Nommez les différents types d’amour sans les mélanger
Contrairement à l’origine mystérieuse des bébés, qui ne nécessite qu’une seule et unique prise de parole, l’amour est tellement pluriel qu’il s’explique en plusieurs chapitres, du plus innocent au plus mature. Un enfant peut dire « je suis amoureux de maman » ou « je vais me marier avec mon copain de classe ». Et c’est parfaitement normal. Plutôt que de corriger sèchement, il est préférable de mettre des mots et de faire de la pédagogie douce. « Ce que tu ressens, c’est un amour très fort, mais ce n’est pas le même que celui entre deux amoureux ».
Distinguer l’amour familial, amical et amoureux permet d’éviter les confusions, tout en validant les émotions de l’enfant. On ne nie pas ce qu’il ressent, on l’aide simplement à le comprendre. Ainsi, l’enfant sait qu’il ne peut pas courtiser sa maîtresse de classe, ni faire du charme à un membre de sa famille.
Donnez l’exemple au quotidien sans rien théâtraliser
Vous le savez certainement, les enfants apprennent par mimétisme. Ils enregistrent plus facilement les images réelles que les mots. Ce sont d’ailleurs de fins observateurs. Il suffit que votre enfant vous ait vu deux fois tirer la langue devant vos mots fléchés pour qu’il reproduise le geste. C’est pareil avec l’amour et comment vous le mettez en application au quotidien. La manière dont vous exprimez l’affection, gérez les conflits ou montrez du respect est une véritable leçon silencieuse.
L’idée n’est pas de vous donner en spectacle, ni de faire un remake de « Love Actually » dans votre salon, mais plutôt de réfléchir avant d’agir et surtout de vous rappeler la présence de ces spectateurs, qui ne sont finalement que vos « duplicatas ». Un geste tendre, une écoute attentive, une dispute apaisée… tout cela façonne leur vision de l’amour. Ils comprennent, sans qu’on ait besoin de le verbaliser, que l’amour ne se limite pas aux mots mais se vit au quotidien.
Même si l’amour se construit au fil des expériences et reste « innocent » jusqu’à l’adolescence, il se façonne aussi à travers les parents et l’aperçu qu’ils en donnent.
