« J’ai croisé les doigts pour avoir une fille » : ce que ce souhait dit des parents d’aujourd’hui

Lors des gender reveal, ces fêtes où les parents découvrent le sexe de leur futur bébé, beaucoup espèrent voir des confettis rose s’échapper des ballons de baudruche. Si pendant des décennies, les parents priaient pour que le ciel leur envoie un garçon, aujourd’hui, ils rêvent d’accueillir une fille dans le berceau et cette préférence n’est pas le fruit du hasard.

Une préférence assumée

Il y a des parents qui veulent entretenir le mystère jusqu’au dernier moment et il y en a d’autres qui préfèrent connaître le sexe de l’enfant à l’avance pour mieux préparer son arrivée. Nombreux sont ceux qui souhaitent entendre un “c’est une fille” dans la bouche du gynéco et qui veulent voir de la fumée fuschia s’évaporer dans les airs lors de la grande révélation.

Même Michelle Obama l’a récemment avoué “Je suis tellement contente de ne pas avoir eu de fils”. Et lorsque le destin en décide autrement et livre un garçon à la place d’une fille, certains parents ne cachent pas leur déception. Cette annonce, supposée mettre en joie et dessiner des sourires sur les visages, s’accompagne d’une moue déconfite. Pire, certains doivent faire le “deuil” de cette petite fille, qui ne verra pas le jour.

Même si les femmes se font encore siffler à chaque coin de rue, subissent le regard insistant des pervers du bitume et doivent changer d’itinéraire pour échapper aux détraqués, les parents ont tranché. Ils ont envie d’avoir une fille à l’arrivée. S’ils pouvaient passer commande à l’avance, ils le feraient volontiers. Pour mettre touts les chances de leur côté, ils n’hésitent pas à taper “comment influencer le sexe du bébé” sur Google avant de passer à l’action. Selon plusieurs sondages Gallup réalisés aux États-Unis et étalés de 1941 à 2018, environ 40% des Américains préféraient un garçon et 28% une fille. Le fossé se referme doucement dans les berceaux.

@kassidijensen

I wish they would have let me run up there and squeeze you so hard immediately. (Safety reasons I wasn’t allowed til after) but look how far you’ve come🥹 @gemajae u got your baby girl😭😭💗💗 #genderreveal

♬ Halo – Beyoncé

Un inversement des tendances

Dans certains pays qui font du tri sélectif avec les bébés, les garçons sont attendus de pied ferme dans les couveuses. C’est le cas notamment en Chine, qui considère les fillettes comme des fardeaux et les garçons comme des cadeaux. Mais dans d’autres, les parents enjoignent leur main pour avoir une fille, longtemps dépeint comme le “sexe faible”.

Loin d’un caprice genré ou d’un cliché rose bonbon, ce souhait révèle bien plus que ce qu’il ne dit. Il parle de projections, d’héritages émotionnels, de féminités réinventées. Les filles ne sont pas moins légitimes pour assurer la descendance et prendre la relève. Les mentalités évoluent et les envies aussi.

Ainsi en Corée du Sud, seule 6% des femmes jugent “utiles” d’avoir un garçon dans le tableau de famille. Aux États-Unis, les parents qui ont des problèmes de fertilité, eux, n’adoptent plus des filles “au rabais” comme avant. Ils n’hésitent pas à craquer leur compte en banque. Autre constat : les parents qui ont une fille ne cherchent plus à “compenser” en essayant de concevoir un petit bonhomme.

Des filles comme symbole d’un futur plus apaisé ?

Dans les débats contemporains sur les genres, les figures féminines incarnent de plus en plus une promesse d’équilibre, d’écoute et de changement. À l’inverse, les comportements violents ou les difficultés scolaires sont souvent surreprésentés chez les garçons, comme le rappellent de nombreuses données issues de rapports internationaux. Cette réalité influence inconsciemment l’imaginaire parental : avoir une fille serait peut-être, dans certains esprits, signe de stabilité et de tranquillité.

Comme Michelle Obama, certains parents craignent de ne pas avoir assez de “ressources” pour éduquer un garçon et redoutent de tomber dans le piège des préjugés. L’ex première dame des États-Unis l’a elle-même évoqué sans détour. « Il ne suffit pas d’apprendre à un garçon à se comporter dans la société, il faut aussi lui montrer comment être un bon mari, un bon père, quelqu’un qui sait écouter ».

Une projection identitaire

Avoir une fille peut réactiver des souvenirs d’enfance, de transmission mère-fille, de luttes ou de tendresse vécues. Si les mères prient les dieux pour avoir une fille, ce n’est pas pour recycler leur robe à froufrou ou leurs vieux jouets dormants. Pour certaines femmes, c’est aussi l’envie de « réparer » ce qui a été blessé dans leur propre histoire. Pour d’autres, c’est la peur inconsciente d’un garçon, perçu comme étranger, mystérieux, voire intimidant.

Chez les papas, ce souhait peut prendre d’autres formes : le besoin d’explorer une sensibilité nouvelle, de s’éloigner des schémas virils imposés. Ou encore, de revivre leur propre enfance, cette fois avec un autre regard.

Les filles ont de belles heures devant elles. Longtemps boudées derrière les couffins, elles sont désormais appréciées à leur juste valeur et accueillies dans l’allégresse. Il convient tout de même de noter qu’une naissance reste un événement heureux, qu’importe le genre.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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