La « théorie de la table solo » invite à repenser notre rapport à la solitude

À une époque où les réseaux sociaux normalisent les groupes d’amis XXL et vantent des activités à plusieurs, la solitude sonne presque comme une corvée, un moment pénible à passer. Pour beaucoup, elle est plus subie que choisie. Pourtant, les personnes qui mangent seules au restaurant ne sont pas à plaindre, ni à regarder les yeux remplis de pitié. Ce tête à tête avec soi-même n’a rien d’étrange ou de morose. C’est même une chance, un précieux moment d’introspection.

La « table solo », symbole d’une solitude choisie

Les contenus numériques, toujours romancés à outrance, ont fini par nous faire croire que la solitude était une punition voire carrément un signe d’abandon, de repli, de mal être. À en juger les vidéos qui culminent sous les hashtags, il faudrait sans cesse partager son temps libre et être constamment entouré, y compris pour s’adonner à l’activité la plus banale.

Les personnes qui s’installent devant une nappe blanche fièrement dressée sans aucune autre assiette au mètre carré s’apparentent presque à des extraterrestres. Elles n’ont pas d’interlocuteur pour faire la conversation et combler le silence. Elles dégustent leur menu dans un calme olympien, en laissant leur oreille traîner sur la table d’à côté ou vagabonder dans les débats environnants. D’un point de vue extérieur, elles donnent l’impression d’être désespérées ou mélancoliques.

Les regards qui se posent sur elles sont presque plaintifs comme si la solitude était forcément une douloureuse épreuve, un exercice insoutenable. Pourtant, ce n’est ni un aveu de blues, ni une expérience tragique. La créatrice de contenu @itsrosemun fait front à cette idée reçue et souhaite convertir la pitié en admiration pour nous réconcilier avec ces rencards en solitaire. Car se retrouver seul avec soi-même est une bénédiction, pas un choix par défaut, faute d’amis disponibles. En reprenant la théorie de la table solo, @itsrosemun nous propose d’aborder la solitude sous un autre angle, moins fataliste. Car se suffire à soi-même et concrétiser des activités sans attendre après les autres est déjà une victoire personnelle.

S’asseoir seul à une table, c’est aussi apprécier sa présence

La jeune femme, qui savoure ses nouilles avec sa caméra en guise d’unique partenaire, ne mange pas seule parce que ses amis sont occupés ou par obligation professionnelle. Avant d’être célibataire, elle s’est interdit de nombreuses activités sous prétexte qu’elle n’était pas accompagnée. Sortir en duo ou en groupe était presque une norme sociale pour elle, une règle universelle.

La théorie de la table solo, elle, nous suggère d’arrêter de remettre nos envies à plus tard simplement parce que nous n’avons pas une bonne âme sous la main pour les mettre en pratique. Et @itsrosemun comme d’autres internautes adhèrent pleinement à cet état d’esprit proche du “one life” ou du fameux “YOLO”.   Ce solo dating, opéré en gourmandise, indique le niveau de tolérance envers nous-mêmes et prouve que nous pouvons nous auto-suffire, physiquement, émotionnellement et mentalement.

Prendre place autour d’une table sans assemblée est le meilleur moyen de gagner en paix intérieure. Nous n’avons pas de dérivatifs possibles et loin d’être une confrontation, c’est davantage une célébration. À table, personne ne nous demande de répondre, de raconter, de réagir ou de faire bonne figure. Nous pouvons simplement être là, sans rôle à jouer.

Et si l’on arrêtait de prendre les personnes seules en pitié ?

À force d’associer systématiquement solitude et tristesse, nous finissons par projeter notre propre peur du vide sur celles et ceux qui choisissent simplement de faire les choses autrement. Une personne qui déjeune seule n’attend pas forcément quelqu’un. Elle peut très bien attendre son dessert, profiter de son roman, regarder les passants ou savourer le privilège de n’avoir de comptes à rendre à personne.

Notre regard gagnerait donc à évoluer. Au lieu de se demander « pourquoi est-elle seule ? », peut-être pourrait-on se demander « pourquoi faudrait-il forcément qu’elle soit accompagnée ? ». Cette inversion, en apparence anodine, change tout. Elle permet de dissocier enfin la solitude de l’isolement et de comprendre qu’être seul quelques heures n’est pas synonyme d’être seul au monde.

La théorie de la table solo nous rappelle ainsi une chose essentielle : nous ne devrions pas conditionner nos expériences à la disponibilité des autres. Attendre qu’un ami soit libre, qu’un partenaire nous accompagne ou qu’un groupe se constitue avant de réserver une table, d’aller au cinéma ou de partir quelque part revient parfois à mettre notre propre vie sur pause.

La prochaine fois que vous croiserez une personne seule à la table d’un restaurant, ne vous apitoyez pas sur son sort, prenez exemple. Après tout, la solitude la plus lourde et insoutenable est celle que l’on ressent quand on est deux, à trois ou à dix.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Vous cherchez à être heureuse à tout prix, cette quête peut produire l’inverse

Etre heureuse, profiter davantage, penser positif, saisir chaque instant... A force d'entendre qu'il faudrait réussir sa vie autant...

À 60 ans passés, cette habitude aide à rester active sans pression

Pas besoin de transformer chaque moment libre en séance de sport. Après 60 ans, une habitude très simple...

2 activités cartonnent, leur intérêt dépasse largement le terrain

Ils se jouent avec une raquette, sur des terrains plus petits que celui du tennis, et attirent de...

Ces habitudes au bureau qui ne font pas de bien aux dents

Vous avez beau vous brossez les dents assidûment après chaque repas, parfois vous leur faites du mal sans...

Ces influenceurs bien-être n’existent pas, l’IA les rend pourtant crédibles

Un visage sympathique, une voix posée, un décor rassurant et parfois même un diplôme accroché au mur. Tout...

La marche lymphatique apporte de la légèreté en 30 minutes seulement

Son nom pourrait laisser imaginer une nouvelle technique compliquée. En réalité, la marche lymphatique ressemble beaucoup à une...