Pourquoi renouer avec ses loisirs d’enfance fait du bien au cerveau

Pendant l’enfance, on s’adonne à d’innombrables activités, plus ou moins récréatives. On pulvérise les records de tour de corde à sauter, on prend plaisir à colorier sans déborder, on lit des bandes dessinées et on comble l’ennui en transformant l’entrée de garage en piste de rollers. Ces loisirs, tantôt calmes, tantôt casse-cou, perdurent rarement dans le temps. Pourtant, on devrait se réconcilier avec ces occupations de bac à sable et leur dédier une case dans notre agenda de ministre.

Lutter contre le déclin cognitif en s’amusant

Nous avons tous eu un loisir de prédilection durant le tendre âge. Les plus adroits de leur main sculptaient la pâte à modeler tel Giacometti avec le plâtre ou déversaient leur imaginaire sur des feuilles vierges tandis que les hyperactifs assumés faisaient des figures acrobatiques dans le skatepark ou improvisaient un parcours santé à rollers autour des jouets d’extérieur. Les enfants qui avaient l’esprit de compétition pratiquaient même ces loisirs à haut niveau, raflant médailles et admiration parentale.

Sauf que voilà, toutes les bonnes choses ont une fin et à l’âge adulte, les priorités changent, les envies aussi. Au lieu de continuer la corde à sauter, le skate et le coloriage magique, on s’initie à des nouvelles distractions, plus en « phase » avec notre âge comme boire des verres en terrasse, râler après le monde, faire du pilate sous des lumières infrarouges. On arrête ces loisirs en même temps que l’on ferme notre caisse à jouets et que l’on quitte le foyer qui nous a vu grandir.

Pourtant, manier un cerf-volant, faire crisser les roues des rollers sur le bitume sans craindre de mourir à chaque chute, chanter sans attendre le prétexte d’une soirée karaoké ou remplir des carnets de dessins, ne devrait pas être des passe-temps éphémères réservés aux moins de dix ans. Surtout, les loisirs des esprits bavards comme le dessin, la sculpture, l’écriture… tout ce qui naît de la tête et s’exprime sur un support quelconque. C’est la science qui le dit. Selon une étude, parue dans la revue Nature Communications, les hobbies créatifs ralentiraient le vieillissement cérébral. Ce qui fait également écho au concept de « neuroplasticité » : la capacité du cerveau à se modifier et à créer de nouvelles connexions en fonction des expériences, de l’apprentissage et de l’environnement.

Un grand sentiment de satisfaction personnelle

Au lieu d’entreprendre des activités en vogue croisées sur Instagram comme le pickleball, l’hyrox ou on gagnerait à entretenir nos passions d’enfance, celles qui nous faisaient parfois oublier le reste du monde ou l’heure du souper. On pense à tort que ces activités sont mieux dans nos souvenirs que dans la réalité et on craint d’être déçu comme cette fois où l’on a de nouveau goûté les fameuses boules de Mammouth. Or, premier argument : renouer avec ses loisirs d’enfance, c’est s’accorder un peu de légèreté dans un quotidien ponctué de tâches pénibles et de responsabilités accablantes. Deuxième argument : certes, il faut un peu de pratique pour retrouver ses compétences d’antan et les articulations peinent un peu à suivre le rythme mais la joie éprouvée est toujours intacte.

Lorsqu’on arrive à slalomer autour des plots en roller ou à faire un poème avec des rimes un minimum cohérentes, on ressent une extrême auto-gratitude. Reprendre une activité d’enfance, c’est un micro-accomplissement, une petite victoire symbolique, un hommage à l’enfant que nous étions. C’est également braver le sentiment d’échec ou d’abandon et retrouver cette étincelle que le pilate reformer et les autres jeux de “grand” ne peuvent recréer. Et, ces activités façon « madeleine de Proust », sont indéniablement réconfortantes en plus d’être source d’épanouissement.

Les psychologues appellent ça la mémoire implicite. « L’avantage de la mémoire implicite, c’est qu’elle permet à l’esprit d’être, dans une certaine mesure, libre. On peut accomplir des tâches apprises implicitement sans y penser, ce qui permet de faire autre chose. En ce sens, faire appel à la mémoire implicite peut être très relaxant », explique Thomas C. Südhof, MD, directeur du laboratoire Südhof au département de physiologie de Stanford auprès de Vogue US.

Une façon de retrouver son âme d’enfant

Replonger dans ses loisirs d’enfance, c’est aussi rouvrir une porte que l’âge adulte a parfois refermée un peu trop vite. Celle de l’insouciance, de la spontanéité, du « faire pour le plaisir » sans objectif de performance ni souci de rentabilité. En somme, une zone où l’on n’a rien à prouver.

Dans un quotidien souvent rythmé par les obligations, les délais et la productivité, ces activités agissent comme une parenthèse mentale. Dessiner sans intention d’exposer, courir sans objectif de chrono, bricoler sans chercher la perfection : autant de gestes simples qui reconnectent à une forme de liberté intérieure.

Les psychologues s’intéressent d’ailleurs à cet effet de « régression positive », où le cerveau retrouve des états émotionnels plus légers et sécurisants. Il ne s’agit pas de fuir les responsabilités, mais de réactiver des circuits associés au jeu, à la curiosité et au plaisir immédiat. Et c’est souvent là que réside le déclic : en rejouant des activités anciennes, on ne retrouve pas seulement un passe-temps, mais une version plus spontanée de soi-même. Celle qui n’avait pas encore intégré la peur de mal faire ou le regard des autres.

Finalement, ces moments récréatifs deviennent bien plus qu’un simple loisir. Ils agissent comme une bouffée d’air mental, une manière douce de ralentir, de relâcher la pression… et de se rappeler que le plaisir, lui aussi, mérite une place à l’agenda. Inutile d’attendre d’avoir un enfant pour refaire l’expérience de ces loisirs primaires.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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