La saison de notre naissance peut-elle réellement influencer notre santé mentale des années plus tard ? La question peut sembler surprenante, voire relever de l’astrologie ou des théories farfelues. Pourtant, des chercheurs s’intéressent depuis plusieurs années aux effets que l’environnement prénatal et les premières semaines de vie pourraient avoir sur le développement du cerveau.
Une hypothèse qui intrigue les scientifiques
Si les personnes nées en été se lamentent de ne jamais pouvoir réunir tous leurs proches pour célébrer ce nouvel âge, celles qui soufflent leur bougie en hiver regrettent de devoir rester enfermées entre quatre murs pour cette date si spéciale. Que l’on soit né en hiver, au printemps, en été ou en automne, la saison de notre venue au monde présente son lot d’inconvénients. Au-delà de l’aspect pratique et festif, elle pourrait aussi prédire notre bien-être mental futur. C’est ce que met en avant une étude canadienne, pour le moins atypique.
L’origine de cette recherche est plutôt inattendue. « L’idée de cette recherche est née lorsqu’on m’a demandé si je croyais aux horoscopes », explique Mikael Mokkonen, auteur principal de l’étude. « Je me suis alors demandé s’il pouvait y avoir une base biologique à leur existence, en matière de lien entre la date de naissance d’une personne et des caractéristiques physiologiques ou mentales ».
Loin des prédictions astrologiques, les chercheurs se sont intéressés à une question scientifique bien réelle : les conditions environnementales auxquelles une mère est exposée pendant sa grossesse pourraient-elles avoir des conséquences durables sur la santé mentale de son enfant ?
Comment la saison de naissance pourrait jouer un rôle
La saison influence de nombreux facteurs environnementaux. L’ensoleillement, les températures, les infections saisonnières, l’alimentation ou encore les niveaux de vitamine D varient au cours de l’année. Pendant la grossesse, ces éléments peuvent potentiellement affecter le développement du fœtus.
Certains chercheurs avancent ainsi l’idée que l’exposition à certains facteurs saisonniers pourrait contribuer à façonner certains aspects de la santé physique ou mentale à long terme.Pour autant, les mécanismes exacts restent encore largement méconnus et les résultats des études menées jusqu’à présent sont souvent contradictoires.
Ce que montre l’étude canadienne
Pour leurs travaux, les chercheurs de l’Université polytechnique Kwantlen, en Colombie-Britannique, ont analysé les données de 303 jeunes adultes âgés en moyenne de 26 ans. Les participants ont répondu à deux questionnaires largement utilisés en santé mentale : le PHQ-9, qui évalue les symptômes dépressifs, et le GAD-7, consacré à l’anxiété. Premier constat : aucune association claire n’a été observée entre la saison de naissance et les troubles anxieux.
En revanche, concernant la dépression, une tendance particulière est apparue chez les hommes. Ceux nés durant l’été, c’est-à-dire entre juin et août, étaient plus nombreux à présenter des scores indiquant des symptômes dépressifs, comparativement aux hommes nés durant les autres saisons.
Des résultats à interpréter avec prudence
Ces conclusions ne signifient pas que naître en été provoque une dépression. Les chercheurs eux-mêmes se montrent prudents. Mikael Mokkonen souligne qu’il ne s’agit pas d’établir un lien de cause à effet. Selon lui, ces observations pourraient être liées à « des conditions environnementales de la mère pendant la grossesse ».
L’étude comporte également plusieurs limites importantes. L’échantillon reste relativement restreint et se compose essentiellement d’étudiants vivant dans une même région du Canada. De plus, certains questionnaires contenaient des cases vides. Autrement dit, ces résultats doivent être considérés comme une piste de recherche intéressante plutôt que comme une vérité établie.
La dépression masculine, un sujet trop souvent passé sous silence
Au-delà de la question de la saison de naissance, cette étude attire l’attention sur un enjeu majeur de santé publique : la dépression chez les hommes. Pendant longtemps, les troubles psychiques se sont heurtés à certains modèles traditionnels de masculinité. Beaucoup d’hommes ont appris à minimiser leur souffrance, à éviter d’exprimer leurs émotions ou à considérer la demande d’aide comme un signe de faiblesse.
Cette pression sociale peut retarder le diagnostic et la prise en charge. Or, la dépression ne se manifeste pas toujours de la même façon chez les hommes et chez les femmes. Chez certains hommes, elle peut s’exprimer par une irritabilité accrue, des comportements à risque, une consommation excessive d’alcool ou de substances, un retrait social ou encore une perte d’intérêt pour les activités habituelles. Ces signes sont parfois moins facilement identifiés comme des symptômes dépressifs.
Naître en hiver, au printemps, en été ou en automne ne détermine pas à lui seul le destin psychologique d’une personne. Toutefois, cette étude canadienne suggère qu’une association pourrait exister entre une naissance estivale et un risque accru de symptômes dépressifs chez les hommes. L’occasion de briser le dernier rempart de la virilité.
