À l’approche de l’été, les pages des magazines nous invitent à tonifier notre silhouette, à franchir les portes des salles de gym et à troquer les grillades du barbecue contre des recettes diététiques sans sauce. Face à tous ces discours contre les “kilos en trop”, prendre du poids est presque devenu une hantise collective. Et dans sa forme la plus radicale, elle se nomme l’obésophobie.
L’obésophobie où quand le poids devient une obsession
Il y a des personnes qui ont la phobie des araignées et qui se crispent rien qu’à l’évocation de ces bêtes velues et il y en a d’autres qui ont la peur viscérale d’exploser leur IMC et de finir en surpoids. C’est la définition même de l’obésophobie. Ce n’est pas juste un sentiment de culpabilité qui nous gagne quand on succombe à la tentation d’une pâtisserie alléchante. C’est bien plus vertigineux.
À chaque bouchée, les personnes qui souffrent de ce mal-être calculent les calories comme si elles avaient un compteur cloué dans la tête. Elles grimpent sur le pèse-personne plusieurs fois par jour pour suivre leur poids au gramme près. Elles font du sport, non pas pour se défouler ou relâcher les tensions après une rude journée, mais pour éliminer leur repas et alléger leur corps.
L’obésophobie, maladie tristement actuelle à l’heure de l’Ozempic et des cures minceur en tous genres, provoque une peur irrationnelle de devenir obèse, y compris chez les personnes qui sont dans la moyenne et qui ont une bonne marge avant de franchir ce cap. Ce n’est pas un caprice esthétique parmi d’autres, c’est un “type de troubles anxieux” comme l’explique un article de Cleveland Clinic.
Les symptômes de l’obésophobie, à ne pas prendre à la légère
Contrairement à l’orthorexie qui consiste à filtrer tous les aliments qui passent par la bouche et à concevoir des menus sains dignes d’une maison de retraite, l’obésophobie s’accompagne de rituels drastiques pour garder une excellente hygiène de vie. Les personnes qui y sont sujettes déclinent les invitations au restaurant, s’arrangent pour toujours avoir un TupperWare sur elles et mangent des portions qui répondent à peine à l’apport calorique d’un enfant en bas âge. Elles vont même jusqu’à choisir un format d’assiettes plus petit pour réduire la quantité de nourriture. Chez elles, la privation est quasiment une seconde nature, un automatisme. Elles s’imposent des restrictions, quitte à sombrer dans la malnutrition ou même frôler la famine.
En parallèle, elles s’acharnent à travers des programmes sportifs intenses et suent à grosse goutte alors que leur organisme est déjà en sous-régime. Autre caractéristique propre à l’obésophobie : les personnes qui en sont prisonnières sont prêtes à dépenser toutes leurs économies pour se racheter un physique et concrétiser ce désir viscéral de minceur. Et lorsqu’elles se regardent dans le miroir, elles ont les yeux remplis d’injures et de méchanceté. Elles ressentent les complexes au volume maximal. L’obésophobie peut également entraîner d’autres troubles de santé mentale, tels que les troubles dysmorphiques corporels, la dépression, les troubles alimentaires ou un trouble obsessionnel compulsif précise Cleveland Clinic.
Les causes possibles de l’obésophobie
L’obésophobie ne débarque pas subitement. Elle s’installe de façon insidieuse et presque sans prévenir. Elle s’insinue doucement et commence par la suppression de certains aliments notés nutriscore “E”. Ça démarre avec une volonté de “se reprendre en main” ou de se “remettre en forme” puis ça se transforme en une quête malsaine de maigreur. Et la société, qui vante la minceur comme un idéal de santé, figure parmi les coupables et nous entraîne dans un cercle vicieux.
Discrimination liée au poids
L’obésophobie ne naît pas dans le vide. Elle se nourrit d’un environnement où le poids est constamment scruté, commenté et hiérarchisé. Les personnes grosses font encore l’objet de stéréotypes tenaces, comme si leur corps racontait automatiquement un manque de volonté, une négligence ou une mauvaise hygiène de vie. À force d’entendre que la minceur serait le seul passeport vers la réussite, la santé ou l’amour, certaines personnes développent une peur profonde d’être associées à ces préjugés.
Cette angoisse peut alors devenir une stratégie de protection. On ne cherche plus seulement à perdre quelques kilos : on tente d’échapper à la stigmatisation, aux remarques déplacées du cercle familial, aux conseils non sollicités ou aux jugements silencieux qui pèsent dans les cabines d’essayage, les salles d’attente et même les consultations médicales.
La culture de la minceur
Impossible de parler d’obésophobie sans évoquer le culte contemporain du corps mince. Les réseaux sociaux, les publicités, certaines émissions télévisées ou encore l’industrie du bien-être diffusent souvent une même image : celle d’un corps affûté présenté comme la version idéale de soi-même. Les programmes « transformation », les défis détox, les avant/après spectaculaires et les discours autour du “summer body” entretiennent l’idée qu’il faudrait sans cesse optimiser sa silhouette.
Des traumatismes passés
L’obésophobie peut aussi puiser ses racines dans des expériences douloureuses. Une enfance marquée par des moqueries sur le physique, un parent obsédé par les régimes, une remarque humiliante d’un professeur, un harcèlement scolaire autour du poids… Ces souvenirs laissent parfois des traces durables. Chez certaines personnes, la peur de grossir n’est pas liée au corps lui-même mais à ce qu’il symbolise. Reprendre du poids peut réveiller le souvenir d’une période de rejet, de solitude ou de honte. Le corps devient alors un territoire hyper-contrôlé, comme si maintenir un certain chiffre sur la balance permettait d’éviter de revivre d’anciennes blessures.
Des antécédents de troubles anxieux
Enfin, les personnes déjà sujettes à l’anxiété peuvent être plus vulnérables à cette peur envahissante. Lorsqu’on a tendance à anticiper le pire, à chercher la maîtrise absolue ou à ruminer en boucle, l’alimentation et le poids peuvent devenir des terrains d’obsession particulièrement propices.
Contrôler ses portions, compter les calories ou ritualiser l’activité physique procure parfois une impression momentanée de sécurité. Mais cette sensation de contrôle peut rapidement se transformer en engrenage. Plus la peur grandit, plus les comportements restrictifs se renforcent. Et plus ces comportements s’installent, plus il devient difficile de distinguer une simple vigilance santé d’une souffrance psychologique qui mérite d’être entendue.
Derrière l’obésophobie, il ne s’agit donc pas seulement d’une préoccupation esthétique amplifiée. On parle d’un rapport anxieux au corps, alimenté par des facteurs sociaux, émotionnels et psychologiques complexes, qui peut avoir un réel impact sur la qualité de vie.
