Masturbation compulsive : quels sont les signes et comment s’en sortir ?

Si la masturbation est une source de bien-être inouïe, elle peut aussi basculer dans l’addiction. Lorsque ce plaisir intime devient aussi obsessionnel qu’une drogue, il n’a plus du tout la même saveur. Malgré une volonté sans faille, impossible de retenir ses mains et de ligoter son envie. La masturbation compulsive pousse à devenir esclave de son propre corps.

Ce désir qui tape sur la culotte ruine chaque pan de la vie, du milieu professionnel au cadre intime. Mais comment faire la différence entre des caresses intimes saines et maladives ? Voici quelques pistes pour mieux comprendre ce trouble psychologique qui convertit une pulsion raisonnable en besoin viscéral. 

Comment la masturbation vire à la dépendance ?

La masturbation est un loisir sensuel qui se pratique à juste titre après une journée de travail éreintante ou avant de décoller dans les bras de Morphée. L’intimité peut réclamer un peu d’attention et ça n’a strictement rien de coupable. Selon les chiffres, 28 % des hommes se masturbent au moins une fois par semaine, contre 12 % des femmes. Des données certainement vues à la baisse par rapport à la réalité des chambres à coucher. Ce « touche-touche » classé X assouvit un désir « passager ».

La masturbation, c’est comme une pâtisserie, elle s’apprécie plus intensément lorsqu’elle est occasionnelle. À l’inverse, si la masturbation n’est plus une gâterie spontanée, mais une obligation insatiable c’est qu’elle est passée du côté obscur. Selon les spécialistes, la masturbation compulsive se forge avec des pics de stress et un environnement anxiogène. La masturbation devient alors un placebo contre ce mal-être, une sorte de refuge « rassurant ». Elle prend alors la même fonction que le doudou enfantin ou le câlin parental.

Certes, la masturbation a bien un effet « palliatif », mais dès qu’elle se transforme en nécessité absolue, les vertus qui lui sont alléguées s’étiolent à petit feu. C’est le même cercle vicieux que l’alcoolisme ou le tabagisme. À partir du moment où la dose habituelle n’a plus d’incidence, on va chercher à démultiplier la consommation.

Cette radicalisation du plaisir est largement entretenue par les films pornos, propagande déguisée du sexe illimité. Les extrémistes de l’auto-érotisme, souvent épinglé.e.s en pervers.es ou en détraqué.e.s sexuel.le.s sont en fait en proie à une grande souffrance. La masturbation compulsive est tout sauf un caprice ou une névrose, c’est un trouble de l’hypersexualité très étouffant.

Masturbation compulsive : comment s’exprime-t-elle ?

Contrairement à l’onanisme qui répond à une quête de bien-être, la masturbation compulsive traduit un besoin excessif et irrationnel de se « soulager » l’entrejambe. Tant et si bien, qu’elle peut griller d’autres priorités, plus impérieuses. Les personnes sous le joug de cette addiction inavouable sont capables de quitter une réunion professionnelle de la plus haute importance pour se calfeutrer dans les toilettes.

Elles peuvent également louper leur train à cause d’une envie pressante de s’astiquer l’intimité. Ou dégainer une excuse préfabriquée pour éviter un repas de famille et accorder plus de temps à cette pratique frénétique. Lorsque le manque se fait rugissant, elles n’ont plus aucune notion du danger. Il n’est pas rare qu’elles se masturbent au volant, geste aussi blâmable que l’utilisation du téléphone. La masturbation compulsive se dédouble également d’une honte inconditionnelle qui pousse à l’auto-critique.

Les signes indicateurs

Il n’est pas rare de confondre la masturbation compulsive avec une libido survoltée. Cependant, il y a un énorme fossé entre se flatter l’intimité de façon récréative et être la marionnette de son propre plaisir. Voici les principaux signes d’alertes qui peuvent confirmer la masturbation compulsive :

  • Fréquence excessive : la personne se masturbe de manière répétée et fréquente, souvent plusieurs fois par jour, et éprouve des difficultés à réduire ou à contrôler cette activité.
  • Préoccupation constante : la masturbation devient une pensée prédominante et invasive. La personne peut avoir du mal à se concentrer sur d’autres activités.
  • Perte de contrôle : la personne ne parvient pas à contrôler ou à limiter la durée de ses sessions de masturbation. Elle peut continuer à se masturber jusqu’à en avoir mal.
  • Interférence avec les activités quotidiennes : la personne peut également négliger ses responsabilités ou ses obligations en raison de son comportement sexuel excessif.
  • Impact émotionnel négatif : après l’acte de masturbation, la personne peut éprouver des sentiments de honte, de culpabilité ou de frustration. Elle peut se sentir déprimée, anxieuse ou avoir une faible estime de soi en raison de sa dépendance à la masturbation.
  • Comportement fuyant avec les relations intimes : la personne évite les rapports sexuels par crainte de ne pas obtenir les mêmes sensations qu’avec la masturbation compulsive. Elle est d’ailleurs moins réceptive à l’orgasme. C’est comme si son organe génital était anesthésié par ces frictions abusives.
  • Besoin croissant d’intensité : au fil du temps, la personne peut développer une tolérance aux stimuli sexuels et chercher des situations ou des contenus plus intenses pour obtenir la même satisfaction qu’auparavant.

Existe-t-il un profil type ?

À l’évocation de la masturbation compulsive accourt tout de suite l’image du « Tanguy », la quarantaine, toujours chez papa, maman et estampillé « vieux garçon ». C’est une fausse idée. La masturbation compulsive se manifeste souvent chez des personnes qui ont une très faible estime d’elle-même au lit et un caractère « timide ».

Elle peut aussi survenir à la suite d’une relation décevante et nocive. Notamment lorsqu’il y a eu des moqueries ou de l’humour noir ciblé sur le sexe. Les traumatismes, qu’importe leur nature, font le combustible de la masturbation compulsive. À travers cette pratique quasi pathologique, la personne trouve une certaine « sécurité ». C’est une manière démesurée de dire « je me protège du jugement des autres ».

Quelles conséquences sur le quotidien ?

La masturbation compulsive est un poison social. En plus de laisser l’intimité en piteux état, elle isole la personne et l’enferme dans sa « condition ». Elle s’accompagne d’un syndrome d’abstinence, perçu ici comme un véritable sevrage, une punition insoutenable. Lorsqu’il n y a pas de masturbation, la personne va révéler des signes d’agressivité et se montrer imbuvable auprès de ses comparses.

La masturbation compulsive est tellement hors normes qu’elle pousse à rompre des liens, même les plus solides. Elle entrave les apéros entre ami.e.s, les retrouvailles familiales, les afterworks avec les collègues ou les événements plus cruciaux tels que les mariages, au motif que l’appétit intime est plus urgent. Résultat : l’entourage se réduit drastiquement. Les proches pensent à des esquives déguisées et les nouvelles connaissances y voient une attitude aigrie.

Là où la masturbation compulsive devient un vrai handicap, c’est lors des situations stressantes. Il n’est pas impossible de s’éclipser d’une présentation PowerPoint ou d’annuler un date à la dernière minute pour avoir sa « dose ». Les gens en face l’interprètent alors comme un comportement lâche et immature, à tort.

Masturbation compulsive : comment s’en libérer ?

La masturbation compulsive est tenace, mais pas éternelle. Pour s’en défaire et renouer avec des plaisirs plus sages et conscients, la thérapie marque le début de la délivrance. Il est parfois difficile de mettre le doigt sur ses tourments et d’avoir un regard éclairé sur ses habitudes. Un.e sexologue peut servir d’intermédiaire et vous donner des pistes de lectures pour mieux interpréter l’origine du problème.

Le cheminement peut être long comme rapide, tout dépend si le mal est lisible ou au contraire plus profond. Pour détourner l’esprit de cette dictature sexuelle, il est conseillé de s’adonner à d’autres actes de « décharge » comme le sport ou une activité manuelle. Les expert.e.s recommandent également d’apprendre à se réapproprier son corps, de le chérir différemment à travers la respiration, le yoga ou la sophrologie.

Pour se désintoxiquer de la masturbation compulsive, une cure d’estime de soi n’est pas négligeable. À la base, cette introspection sensuelle est une déclaration d’amour envers soi-même. Retrouvez ce plaisir dans sa forme brute en y allant pas à pas et en l’abordant de manière plus spirituelle.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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