Cagoulés derrière l’anonymat d’un pseudo, les prédateurs 2.0 se sentent hors de danger sur les réseaux sociaux. Ils s’immiscent sous les publications ou dans les messages privés et balancent des obscénités en toute impunité. Les femmes qui en sont victimes ne se contentent plus de signaler ces comportements, répréhensibles par la loi. Certaines placardent leur photo de profil sur place virtuelle tandis que @ladame.dencre, elle, mène un véritable travail d’enquête pour retrouver la mère de ses harceleurs et faire tomber les masques auprès de leur proche.
Un boulot de détective pour donner une leçon aux harceleurs 2.0
Pour les détraqués sexuels, qui prennent l’étoffe de monsieur tout le monde dans la vraie vie, les réseaux sociaux sont un terrain de chasse idéal. C’est entre les pixels qu’ils traquent leurs proies et leur tendent des pièges. Dans l’obscurité d’une pièce feutrée, alors que leur famille dort paisiblement ou que leurs enfants jouent de l’autre côté, ils poncent Instagram, TikTok et Snapchat en quête de femmes à salir, à insulter, à tourmenter.
Ces prédateurs affamés, qui se sentent immunisés derrière la vitre de leur ordinateur, commettent des délits passibles de lourdes sanctions, sans jamais craindre les retombées. Selon les données de l’UNESCO, 58% des filles et des jeunes femmes ont déjà été victimes de harcèlement en ligne. La créatrice de contenu @ladame.dencre, dont les publications gravitent principalement autour des tatouages, en fait l’expérience quotidiennement.
Menace de viol, propos immondes, phrases sexistes, proposition sexuelle macabre… Ces messages à caractère litigieux s’entassent dans sa boîte de messages. Elle aurait pu simplement bloquer ces criminels déguisés et jouer la carte de l’indifférence sauf qu’elle a décidé d’aller plus loin. Elle a traîné ses haters, non pas devant la police mais elle les a confronté à d’autres figures d’autorité : leurs mamans.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle n’a pas eu trop de difficultés à trouver leurs coordonnées. Ses détracteurs ne prennent pas de précaution et transgressent les règles à visage découvert. Dans une vidéo, elle raconte son mode opératoire et évoque le “cas d’école” de Florian, un père de famille d’une quarantaine d’années. Cet homme, dont la photo de profil divulgue l’identité de sa fille en bas âge, n’a peut-être pas fait front à la justice mais il a dégringolé dans l’estime de ses proches les plus chers. Et ça, c’est certainement la pire des punitions.
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Ni dans le déni, ni dans la défense, les mamans se plient en excuse
Dans cette vidéo, qui prend la forme d’un témoignage assourdissant, @ladame.dencre partage le message d’approche de ce Florian et il est tout sauf courtois. Son paragraphe se résume à un enchevêtrement d’injures, lancées gratuitement. En seulement trente minutes chrono, la jeune femme a réussi à mettre la main sur sa maman et sa soeur. Loin de leur faire un sermon sur l’éducation de cet homme, elle leur expose les faits, présente les preuves à renfort de captures d’écran et montre le vrai visage de celui qu’elles pensaient connaître par cœur.
La mère de famille n’a pas pris le parti de son fils, elle n’a pas non plus essayé de minimiser ses actes ou d’inverser la culpabilité. Compréhensive voire presque plus désolée que l’auteur lui-même, elle a spontanément pris le relais et a assuré à @ladame.dencre qu’elle serait intransigeante avec son fils. Qui de mieux placé qu’une mère de famille pour rappeler la base du savoir-être et du respect à un homme ? À presque 40 ans, donc, ce dénommé Florian, qui pensait s’en sortir indemne, s’est fait rappeler à l’ordre comme un garçon de 6 ans par le pilier du foyer. Alias cette personne que l’on veille à ne jamais décevoir. L’effet a été immédiat puisque l’accusé a fait son mea culpa auprès de la créatrice de contenu et a admis ses torts.
Une méthode qui questionne la lutte contre le cyberharcèlement
Si certains justiciers numériques dupent les quelque 2,5 millions de pédocriminels de la toile en se faisant passer pour des mineures innocentes, la créatrice de contenu @ladame.dencre, elle aussi, corrige les prédateurs à sa façon. Elle ne leur laisse aucune chance et remet leur sort à leur propre famille, qui pense alors avoir échoué à un moment ou un autre. Le but n’est pas de rejeter la faute sur la mère ou de renvoyer le boulet à l’expéditeur, simplement de faire intervenir les sentiments. C’est presque la solution de dernier recours.
Alors que la plupart des plaintes pour cyberharcèlement sont classées sans suite et s’entassent dans des tiroirs, @ladame.dencre choisit l’étalage public, la peine émotionnelle. Et chaque coup de filet s’avère particulièrement efficace. Cette riposte inédite contre le cyberharcèlement résonne comme un SOS, un cri d’alarme, l’illustration d’une lassitude ambiante.
Dans 90% de ce genre d’histoire, Instagram fait la sourde oreille et reste passif. C’est ce qui ressortait d’une étude d’envergure menée par le Center for Countering Digital Hate. Cependant, pas question de faire croire à ces bandits aux pulsions démoniaques qu’ils sont à l’abri. À leur échelle, les créatrices de contenu tentent de faire tomber ces prédateurs, qui se pensent en territoire conquis sur la toile. Que ce soit en épinglant leur visage comme les fugitifs sur des tableaux en liège des postes de police, en prenant la parole ou en les vendant à leur famille.
Depuis que les réseaux sociaux existent, les femmes subissent une misogynie symptomatique et sont les cibles privilégiées d’une haine injustifiée. Si on leur a longtemps appris que l’ignorance était la meilleure des réponses, désormais, elles se défendent, avec tact et intelligence.
