Jeanne, plus connue sous le pseudonyme @piavio, ne joue pas du piano dans un amphithéâtre à moulures face à une horde de spectateurs en tenues soignées. Son talent se destine à un public en blouse de style médical, tantôt en fauteuil roulant, tantôt relié à des perfusions. Brancardière de nuit et virtuose accomplie, elle donne le tempo entre les murs des hôpitaux. Sous ses doigts avisés, elle adoucit les mœurs mais surtout les cœurs.
Quand le hall de l’hôpital devient une scène
Dans les couloirs aseptisés des hôpitaux, sa mélodie trouve un écho auprès de chaque patient et sonne presque comme un placébo. Lorsque ses doigts courent sur les touches bi-colore du piano, l’ambiance se fait plus légère dans ces lieux qui voient défiler les brancards et où les mauvaises nouvelles s’apparentent à un refrain récurrent. Dès qu’elle s’installe devant les partitions, le temps s’arrête, les oreilles s’ouvrent en grand et le hall de l’hôpital se transforme en salle de spectacle.
Jeanne, aux commandes du compte @piavio, a de l’or au bout des doigts et ses symphonies donnent le ton dans ces établissements où la seule playlist qui surgit est faite des sons du scope, des battements de cœur ou de la sirène de l’ambulance. Cheffe d’orchestre du bonheur, elle n’est pas intermittente du spectacle. Ce n’est pas non plus une visiteuse de passage. Elle est familière de ce décor impersonnel peuplé de blouses blanches. Elle en fait partie. La jeune femme, investie dans des études qui touchent de près le monde de la santé, est brancardière de nuit.
Originaire de la ville de Belfort en Franche Comté, elle a plus d’une corde à son arc. Créatrice de contenus mais surtout d’émotions, elle fédère plus de 560 000 abonnés sur ses réseaux sociaux. C’est sur ce mur virtuel qu’elle partage quelques extraits de ses représentations à cœur ouvert, qui ont l’empathie en note de tête. Celle que les patients comparent volontiers à un ange tombé du ciel ou à une apparition divine ne vient pas du paradis mais du Conservatoire. Pendant dix ans, elle a perfectionné sa technique et un beau jour, elle a eu une révélation : pourquoi ne pas mettre son expérience musicale au service des âmes meurtries, des patients soumis à la maladie, des enfants victimes de tragédie.
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Sortir les patients de leur quotidien morose le temps d’un morceau
Ce piano, point névralgique du CHU de Besançon, l’a naturellement appelé. Elle s’est tout de suite réconciliée avec son instrument de prédilection et n’a pas tardé à retrouver ses anciens réflexes. Prodige un jour, prodige toujours, elle a d’abord commencé à jouer occasionnellement, sur sa pause déjeuner. Puis, ce loisir personnel est rapidement devenu un rituel collectif. Les patients, curieux ou sensibles à cette poésie sonore, ont été réceptifs aux envolées lyriques de Jeanne. Sous l’effet des notes, ils ont presque oublié leur sombre réalité.
Ces images pleines de tendresse, captées par l’objectif d’un téléphone, ne sont pas longtemps restées dans la confidentialité du téléphone. Les réseaux sociaux ont fait office de caisse de résonance. Désormais, l’étudiante solaire met tous les patients au diapason et pratique un art d’utilité publique. Elle brise le silence pesant des chambres d’hôpital en revisitant les classiques de la musique française, les tubes récents ou les titres d’opéra.
Les locataires temporaires des hôpitaux, eux, vivent une parenthèse hors du temps. Plus qu’une simple prestation, cette performance est avant tout un échappatoire dans la douleur, une brèche spatio-temporelle dans les malheurs. Dès que les premières notes retentissent, leur quotidien se met en sourdine. Les vidéos parlent d’elles-mêmes et valent mieux que des mots. Les traits des patients alités se relâchent crescendo, leurs yeux retrouvent cette petite étincelle et leurs sourires traduisent un sentiment court mais intense de paix.
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Une jeune femme qui excelle dans l’art de créer de la joie
Cette femme, incarnation vivante de l’optimisme, est une bouffée d’espoir à elle seule. Elle ne se contente pas de jouer du piano : elle crée du lien avec ses admirateurs et se sert de son piano comme d’un trait d’union. Elle invite les patients à participer, à apprendre quelques notions de solfège ou même à prendre place sur le banc de l’artiste. Les enfants novices se découvrent alors des facilités tandis que les patients chevronnés font danser les notes entre deux examens de santé.
Jeanne a d’ailleurs entrepris un “Tour de France des Hôpitaux” pour répandre l’espoir là où il se fait encore trop rare. Pour elle, la musique n’est pas seulement une passion d’enfance. C’est un langage qui n’a pas de frontières, une médecine douce aux propriétés calmantes, une escapade auditive précieuse dans un quotidien sous cathéter. C’est une bonne dose de réconfort.
Âme sensible s’abstenir, vous risquez de perdre quelques larmes salées au gré de votre scroll et de retrouver foi en l’humanité.
