#MeToo à l’hôpital : la vérité enfin dévoilée sur les comportements abusifs dans le milieu hospitalier

Alors qu’un #MeToo des armées a récemment émergé pour dénoncer les violences sexuelles subies au cœur des régiments, le mot-dièse s’empare, cette fois-ci, du corps hospitalier. Sous la blouse blanche se dissimulent parfois des prédateurs sexuels discrets, mais dangereux. C’est ce qu’a révélé le média Paris Match dans une enquête édifiante. Certains médecins présentés en sauveurs sont des agresseurs, piqués par la fièvre du « tout est permis ». Ils se pensent immunisés par leur statut prestigieux et s’autorisent des gestes plus que déplacés. Un fléau endémique qui se propage presque sans faire de bruit entre les murs livides des hôpitaux français. Ce #MeToo à l’hôpital, fraîchement diagnostiqué, sera-t-il pris en compte par ce système déjà en crise ? 

Sous #MeToo à l’hôpital, le récit à coeur ouvert de Karine Lacombe

Aux yeux du grand public, les personnes qui exercent dans le secteur de la santé incarnent bravoure, courage et dévotion. En pleine période de pandémie, tout le monde était d’ailleurs suspendu à son balcon pour applaudir ces héros sans cape. Mais aujourd’hui ces claquements de main honorifiques ont cédé la place à une huée générale. Dans une récente enquête, publiée le 11 avril dernier, Paris Match prenait le pouls de nos hôpitaux français et dressait un bilan morose. Au-delà des dysfonctionnements connus de tou.te.s à l’image de la désertion du personnel soignant ou du manque de lit, un autre mal, incisif, mais silencieux, ronge le milieu hospitalier. C’est dans la bouche de Karine Lacombe, cheffe de service hospitalier des maladies infectieuses, qu’il s’est révélé.

En octobre 2023, déjà, elle plantait le crayon dans la plaie avec son livre au titre évocateur « Les femmes sauveront l’hôpital ». Dans cet ouvrage, écrit avec une plume honnête et sans artifice, elle dédiait un chapitre entier au sexisme et à la sexualité à l’hôpital. Elle avait fait preuve de prudence, en restant évasive sur les prédateurs qui rôdent entre les brancards. Mais dans les colonnes de Paris Match, elle revient sur ses propos et n’hésite pas à donner des noms, notamment celui de Patrick Pelloux.

Dans sa déclaration, elle dépeint les agissements très problématiques du médecin urgentiste, qui avait des atomes crochus avec François Hollande. Elle accuse l’homme de harcèlement sexuel et moral. Pour donner du poids à ses propos, elle énumère des exemples très précis, qui suscitent des haut-le-cœur. Mains baladeuses, remarques grivoises, regard sale… Avec son témoignage Karine Lacombe a réussi à greffer le #MeToo à l’hôpital. Elle se rappelle aussi d’une scène particulièrement choquante, avec une interne pendant la canicule de 2003.

« Il la saisit par le cou et frotte son bas-ventre contre elle, ‘Mmm, te mets pas comme ça, c’est trop tentant, putain ce qu’il fait chaud !’ », décrit la professeure Lacombe

Les témoignages se bousculent derrière le #MeToo à l’hôpital

Karine Lacombe a délié les langues et sorti les victimes d’un mutisme « imposé ». Dans le sillage de cette prise de parole salutaire, le syndicat des internes des hôpitaux de Paris a lancé un appel à témoignages. Sur X, le #MeToo à l’hôpital ne cesse de se remplir de récits cinglants, mais précieux. Preuve que ce phénomène est métastatique derrière les portes des hôpitaux. Docteur Zoé, médecin généraliste aux revendications féministes, a ouvert la voix sur son compte X (ex-Twitter). Elle n’a pas raconté son histoire personnelle, mais a partagé les horreurs auxquelles elle a assisté. Sous un post, elle déroule les actes et les paroles de ces prédateurs en blouse blanche qui excellent dans l’art de la dissimulation.

« Un cadre demandait aux étudiantes qu’il considérait comme les plus belles de ramasser un stylo et parfois, il saisissait leur tête pour la coller à son pubis », se remémore non sans dégoût la docteure Zoé

Ce témoignage complète de nombreux autres. D’autres victimes ont également saisi leur clavier, pour transpercer le silence, parfois à visage découvert. « Le cadre que je croise un jour de grosse chaleur, me voyant transpirante, me lance un ‘tu mouilles de partout ?’« . « J’arrive en staff pour me présenter. Remarque du chef de service : ‘On s’en fout de ton pédigrée, ouvre ta blouse on va juger sur pièce‘ ». Le #MeToo à l’hôpital écorche l’image dorée du médecin irréprochable, qui a toujours les mains propres. Il entrouvre des cicatrices profondes. Même s’il ne peut pas les aseptiser et les rendre indolores, il les panse à sa manière.

Un milieu profondément infecté par le sexisme

Les violences sexuelles et sexistes en milieu hospitalier ne sont pas nouvelles. Elles sont symptomatiques. L’uniforme des infirmières et des soignantes, lui-même, est régulièrement perverti en objet de désir, en aimant à fantasme. Dans les films X, il s’affiche sur des actrices aguicheuses qui ne demandent qu’à faire des culbutes sur la table d’opération. Certains médecins assez « hauts gradés » traitent d’ailleurs leurs collègues féminines comme des bouts de viande, de la marchandise en libre accès. Nombreux sont ceux qui croient que leur statut est un passe-droit.

Si aujourd’hui, le #MeToo à l’hôpital pointe une loupe grossissante sur ces agissements condamnables, ils sont loin d’être inédits. En 2021, une enquête réalisée par l’Anemf révélait que 49,7 % des étudiantes en médecine avaient reçu des « remarques sexistes » pendant leurs stages. La même année, l’AP-HP avait recensé 279 signalements dont 5 % concernaient des situations à caractère sexuel ou sexiste. L’année suivante, un chef de service du CHU de Brest avait été suspendu pour harcèlement moral sur des internes. Pour le faire tomber, il avait fallu compiler 40 témoignages.

Les prédateurs sont nombreux à écumer les allées des hôpitaux, mais ces abus sont rarement rapportés. Le silence est soigneusement entretenu et les bouches fermement cousues. Certaines victimes craignent de ne pas valider leur stage ou de subir une embuscade tandis que d’autres relativisent les faits en se disant qu’il y a plus grave. Mais avec le #MeToo à l’hôpital, l’omerta s’étiole.

Face au #MeToo à l’hôpital, quel remède du ministère de la Santé ?

Le #MeToo à l’hôpital, qui relève, comme tous les autres, d’un caractère vital, secoue le milieu hospitalier, déjà bien mal en point. Depuis que l’infectiologue Karine Lacombe a poussé ce cri, au nom de toutes les femmes, la réputation des hôpitaux français se fracture un peu plus. Dans la foulée, le ministre de la Santé, Frédéric Valletoux a déclaré « le sexisme et les violences n’ont pas leur place à l’hôpital ». Cependant, il n’a pas évoqué de pistes ou de mesures pour enrayer ce fléau.

Il a simplement annoncé qu’il allait s’entretenir avec des associations et des professionnels de santé, sans émettre plus de détails. Dans la classe politique, Roselyne Bachelot, ex-ministre de la Santé, a eu une réaction un peu plus claire. « Les accusations de Karine Lacombe me paraissent évidemment crédibles« , a-t-elle dit au micro de France Inter. Il faut dire qu’elle a eu un pied dans cette affaire. En 2008, elle avait décidé d’exfiltrer l’urgentiste Patrick Pelloux de l’hôpital Saint Antoine pour des faits de harcèlement moral. Or déplacer le problème n’était vraisemblablement pas la solution.

Ce #MeToo à l’hôpital dévoile au grand jour ces atrocités vécues en toute impunité dans un lieu censé réparer les corps. Certains médecins, encore en exercice, soignent d’un côté et estropient des vies de l’autre.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité des sexes, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.
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