Si les touristes lambda se contentent d’un sobre selfie devant les monuments des villes, ce trio d’acrobates improvise des figures de haute voltige. Lorsqu’elles accomplissent cette prouesse musculaire, avec grâce et légèreté, elles se muent en sculpture humaine et deviennent un édifice à part entière. Dans les rues bondées, sur des pavés usés ou face au coucher de soleil, elles exécutent ces mouvements athlétiques perchées sur des talons, dans des robes qui apportent toute la poésie à cette représentation à ciel ouvert.
Elles ne posent pas, elles performent
Quand on part en voyage, on revient avec pleins de souvenirs dans la pellicule. Dès que l’on croise un endroit culte, on pose notre téléphone sur un muret, on enclenche le retardateur, on arbore notre plus beau sourire et on poursuit notre déambulation. Le @triothreeg, un groupe de copines pas comme les autres, immortalise cette visite touristique autrement, en échafaudant des chorégraphies dignes des cirques les plus prestigieux.
C’est leur signature, leur marque de fabrique artistique. Et il ne s’agit pas de ces figures d’acrosport du collègue, qui relèvent de l’échauffement, voire de l’amusement pour ces acrobates de métier. Au détour de ces décors qui ornent les cartes postales et qui défilent sous les hashtags, elles s’érigent dans les airs et défient les lois de la gravité. En quelques secondes, elles livrent un numéro vertigineux là où le commun des mortels s’en tient à un portrait qui tombera certainement dans l’oubli.
En se transformant en statue vivante, elles volent presque la vedette aux monuments devant lesquels elles campent. Ainsi la Tour Eiffel disparaît derrière la voltigeuse, qui se contorsionne à plusieurs mètres du sol, soutenue à bout de bras par ses partenaires. Parce que sur l’image, il y a quatre dames de fer pour le prix d’une ! Sous l’impulsion de ce gang badass, la rue devient une scène ouverte, une estrade sans projecteur. Et les mémoires de vacances prennent la forme d’un incroyable CV sportif.
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Quand la puissance rencontre l’élégance
La force de ce trio féminin complémentaire est aussi solide que les fondations des monuments qui s’esquissent en toile de fond. Si dans les représentations formelles des chapiteaux, les acrobates exercent leur art quasi sculptural dans des justaucorps stretch et sans chaussures, ces femmes le font en tenue de soirée à la “James Bond girl”.
Leurs muscles et leurs silhouettes gainées se contractent dans des looks qui se prêtent plus à des dîners tranquilles et à des mouvements simples qu’à des enchaînements de souplesse et des gesticulations techniques. En cuissarde et en micro short, en jean flare et en corset dramatique, en mule à talon vernie et en combinaison près du corps, aucune couture ne se met en travers de leur talent.
Ce trio, qui s’est d’ailleurs présenté devant le jury de “America’s got talent” et qui a dévissé la mâchoire du public, ébahi pour ce rare mélange de douceur et de robustesse, nous laisse presque croire que ces mouvements sont accessibles aux novices. Pourtant, derrière ces figures en apesanteur qui se regardent avec autant d’appréhension que d’admiration, se cachent des heures d’entraînement, de la discipline et de nombreuses chutes. C’est l’aboutissement de plusieurs années de pratique.
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Le corps féminin, loin d’être fragile
Ces trois femmes prouvent que la force ne réside pas seulement dans une apparence massive et colossale. Elles se dressent dans l’espace public mais également contre les normes qui pensent détenir la vérité absolue sur la féminité et qui se limitent à une seule définition de la femme, frêle, mince et déstabilisée par un courant d’air.
Dans une société qui voudrait que les femmes soient les petites protégées des hommes, cette troupe, alter égo réelle des Totally Spies, piétine les idées reçues en même temps que le bitume. Nul besoin d’avoir des épaules XXL de combattant MMA pour servir d’appui à un corps et se métamorphoser en socle de chair. Inutile également d’avoir de la testostérone en masse dans les veines pour devenir un pilier imperturbable. La force n’a pas de morphologie attitrée. Elle peut se loger dans un corps fin, souple, élancé, gainé, et se déployer avec autant d’intensité que de délicatesse.
Et c’est peut-être là que ces trois acrobates frappent le plus fort. Elles ne troquent pas leurs robes, leurs talons ou leur féminité contre de la puissance. Elles prouvent au contraire qu’il est possible de conjuguer les deux, sans avoir à choisir son camp. Être élégante n’empêche pas d’être robuste. Être gracieuse n’exclut pas la performance. Et un corps que l’on voudrait parfois cantonner à sa dimension esthétique peut aussi devenir un outil de précision, d’endurance et de création.
À plusieurs mètres du sol, elles ne se contentent donc pas de défier la gravité. Elles défient aussi cette vieille idée selon laquelle une femme devrait être délicate pour être féminine, discrète pour être élégante et fragile pour être désirable.
