Captées dans les gradins en cette Coupe du Monde de la FIFA 2026™, leur vie se raconte dans les colonnes des médias people, qui les passent régulièrement au scanner. Présentées sous le terme de femmes de footballeurs comme si elles n’avaient pas d’identité ni de prénom, elles restent dans l’ombre de leur conjoint, mais connaissent aussi la célébrité par procuration. Dans l’imaginaire collectif, elles n’ont pas une bonne réputation et subissent un pressing du grand public pour leurs moindres faits et gestes. Le sexisme se cramponne à celles que l’on nomme les « WAGs ».
Les femmes de footballeur, régulièrement taclées
Alors que la Coupe du monde de football 2026 se joue sur les écrans et arrive bientôt à son terme, les yeux ne sont pas seulement rivés sur le terrain. Ils s’arrêtent régulièrement sur les compagnes des footballeurs, ces « femmes de » qui semblent s’épanouir seulement à travers les exploits de leurs conjoints et qui se retrouvent, malgré elles, au centre de l’attention. Les couvertures des médias people se consacrent à celles qui font battre le cœur des joueurs, leurs supportrices numéro un. Qualifiées de « chanceuses » voire de « privilégiées », elles n’ont pas le droit à l’erreur et endurent la même pression que les joueurs un soir de finale.
Pendant que leurs partenaires se disputent le ballon rond et entreprennent des passes décisives, elles mènent un autre match : celui de l’image. Elles ne défendent pas des cages mais leur dignité dans un milieu qui se plaît à les décrédibiliser et à les traiter comme des imposteurs ou des figurantes. Les fans de potins, qui scrutent les scoops des stars pour donner du sens à leur quotidien, connaissent mieux le dernier repas de ces femmes ou le prix de leur bague de fiançailles que les actions footballistiques de leur alter égo.
Récemment Ester Exposito, la compagne du footballeur international français Kylian Mbappé, qui n’a pas eu besoin de l’appui du capitaine pour atteindre la gloire, a essuyé des critiques odieuses pour avoir dansé quelques millisecondes avec Bad Bunny. Les fans de celui que la presse nomme « l’homme de la situation » l’ont spontanément accusé de tromperie. En 2006, lors de la Coupe du Monde, Victoria Beckham, l’ambassadrice des « WAGs », faisait aussi l’expérience de cette haine latente. Jugée responsable du mauvais score des anglais par les tabloïds, qui lui reprochaient d’avoir distrait les joueurs, elle se retrouvait en position de faiblesse. Et ce n’était qu’un petit échauffement face aux jugements.
L’image persistante de la femme vénale
Quoi qu’elles fassent, quoi qu’elles disent, toutes les occasions sont bonnes pour rappeler à ces femmes de footballeurs qu’elles n’arrivent pas à la cheville de leur partenaire au dos numéroté. Elles, qui devraient « mériter » leur statut et simplement servir de vitrine ou de fantasmes, voient leur amour arbitré par des inconnus qui crient à la romance « intéressée ». Pour beaucoup, ces femmes ont des billets à la place des pupilles et une liasse au milieu de la poitrine.
Georgina Rodriguez, la femme du footballeur international portugais Cristiano Ronaldo, a longtemps fait les frais de l’image de la « chercheuse d’or ». Pourtant, la mannequin qui reprend possession de son récit dans la série-documentaire Netflix « Moi Georgina », a bâti son propre empire et créé une fortune personnelle estimée à plus de 10 millions de dollars. C’est moins que son conjoint, qui a amassé plus d’un milliard de dollars mais certainement assez pour s’auto-suffire pour le restant de ses jours.
Si les femmes de footballeurs campent sur le cliché de la croqueuse de diamant, elles gagnent plus que les footballeuses professionnelles elles-mêmes, qui touchent 100 fois moins que leurs homologues masculins. Les WAGs suscitent curiosité, fascination et rumeurs tandis que les athlètes, elles, luttent pour leur visibilité.
La cible privilégiée d’un sexisme offensif
À la fois « femme-trophée » et « femme-objet », la femme de footballeur est souvent dépossédée de son corps et de son image. Les médias people la résument à son apparence avec des photos exclusives rescapées de virées à la plage tandis que les hommes voient en elles des distractions émoustillantes. À en croire le traitement médiatique et les commentaires viraux, les femmes de footballeur ne sont rien d’autres qu’une silhouette, un visage, une étiquette.
Lorsqu’elles arborent des tenues modestes comme Rima Edbouche, l’épouse du footballeur international français Ousmane Dembélé ou qu’elles se montrent discrètes à l’instar de Antonela Roccuzzo, femme du footballeur international argentin Messi, les internautes contre-attaquent. Quand elles font plus de bruits, qu’elles s’accomplissent en dehors des pas de leur conjoint, réussissent par elles-mêmes et publient des selfies, ils les trouvent « superficielles ».
Dans ce monde impitoyable, qui remet en jeu tous les principes sexistes d’autrefois, les femmes de footballeur n’ont pas de temps mort. Tantôt mises en compétition avec d’autres comme l’illustre l’affaire du « Wagatha Christie », tantôt sexualisées, elles doivent amortir le coup des vieilles croyances. Si leurs partenaires portent les couleurs d’une nation, elles portent sur leurs épaules le poids des stéréotypes et du sexisme.
Le mercato des standards de beauté
Si les joueurs passent sous le radar des sélectionneurs pendant leur carrière, les femmes de footballeur, elles, ont également des critères à remplir pour décrocher ce rôle prestigieux. Les fans ont presque plus d’attentes envers ces femmes que les joueurs eux-mêmes, à qui on trouve toujours l’excuse de la mauvaise période, de la fatigue, d’une blessure non rétablie, d’une météo capricieuse. Il y a tout un imaginaire autour d’elles : jeunesse, minceur et forte compatibilité avec les diktats esthétiques.
Et lorsqu’elles ne rentrent pas dans ce moule très normé aux mensurations millimétrées, elles se font lyncher sur place numérique. Lauren Fryer, compagne de la star d’Arsenal Declan Ryce, a subi des remarques grossophobes tellement virulentes qu’elle a préféré se retirer des réseaux sociaux. Déclarée « pas assez jolie » pour un homme de cette envergure comme si le physique était la seule valeur d’une femme, l’histoire de Lauren a mis au jour ce casting sournois imposé aux femmes de footballeurs.
De nombreuses supportrices rêvent d’être à la place des femmes de footballeurs. Or, elles seraient aux premières loges des stades, mais également des remarques sexistes. Au fond, les femmes de footballeurs jouent le rôle de bouclier défensif : elles encaissent les coups, absorbent les critiques misogynes et deviennent la cible privilégiée d’un match où les préjugés semblent toujours jouer à domicile.
