Si entre les murs des laboratoires de recherche les ingénieurs doivent respecter un dress code de sécurité, en dehors de leur lieu de travail, ils peuvent se permettre des looks moins formels et plus éditoriaux. Or, dans une société qui a pris l’habitude d’évaluer la crédibilité d’une femme à la longueur de sa jupe, il faudrait que sa tenue reflète le sérieux de son métier. L’ingénieure mécanicienne Chloé Chang, elle, rappelle qu’une femme peut présenter des projets d’avenir devant une assemblée en corset et en tulle. En tout cas, elle est loin de coller à la caricature de la scientifique en blazer.
Une robe courte, mais des idées qui voient loin
Encore aujourd’hui, les femmes sont sous-représentées dans le secteur de l’ingénierie et celles qui occupent ces postes techniques doivent presque redoubler d’effort pour avoir la même reconnaissance que leurs collègues masculins. Elles veillent à correspondre à cet idéal intellectuel, y compris dans leur façon de s’habiller. D’ailleurs, dans l’imaginaire collectif, les femmes ingénieures ont un portrait robot tout trouvé. Elles ne quittent jamais leur blouse blanche. Et sous cet uniforme qui donne des airs savants à quiconque l’enfile, elles arborent des pièces basiques d’un ennui désarmant.
Les femmes au QI supérieur, qui cumulent plusieurs années d’études et de thèses à leur compteur, devraient avoir l’apparence de leur CV. Un look sobre à la limite du mauvais goût qui couvre presque toute la surface de la chair. Chloé Chang, elle, déroge à ces tenues stéréotypées et aspire à plus d’originalité. Dans sa penderie, elle ne cache pas une collection infinie de pantalon à pince, de chemisier neutre et de pull chasuble. Son dressing est à l’image de sa personnalité : solaire, expressif, féminin et joyeux.
Sur l’estrade des grandes conférences, elle défend ses trouvailles prometteuses en robe pailletée, en corset ou dans des manteaux dont les manches se terminent par des poils roses. Ses tenues censées être secondaires lors de ses discours deviennent alors des objets de débat. Jugés complètement “hors sujet” dans ce secteur protocolaire, ses looks dérangent. Si certains semblent avoir la science infuse lorsqu’il s’agit du style des femmes et se servent du tissu comme unité de mesure, Chloé, elle, prouve que l’habit ne fait pas la femme. Ce n’est pas parce qu’elle arbore des collants bleu électrique, des vestes multicolores et des jupes qui franchissent la barre du genou, alias le seuil de tolérance universel, qu’elle a moins de légitimité que ses homologues.
Voir cette publication sur Instagram
Quand la crédibilité des femmes passe encore par leur garde-robe
Il ne faut jamais juger une femme à son style vestimentaire, ni essayer de deviner sa profession sur la simple base des pièces mode qu’elle porte. Parce que les plus grands éclairs de génie peuvent aussi naître derrière des robes ponctuées de strass, des ensembles en tweed haute couture et des combinaisons aux couleurs chatoyantes.
Chloé Chang en est la preuve vivante. Elle a un esprit en constante ébullition et un cerveau qui tourne à plein régime, que ce soit dans les coulisses de l’Agence spatiale australienne ou devant l’armoire de sa chambre. Jamais à cours d’inspiration, elle est aussi douée pour associer des vêtements qui semblent totalement opposés que pour imaginer des objets révolutionnaires.
Elle est notamment à l’origine de « Roo-ver », le premier rover lunaire d’Australie, soutenu par l’Agence spatiale australienne. Ce petit engin, véritable bijou de technologie, ira sur la lune avec la NASA dans un futur proche. Comme quoi, la taille d’une jupe n’est pas un indicateur fiable pour calculer la qualité des méninges, ni les performances intellectuelles.
Cependant malgré un talent indubitable et plusieurs conceptions d’avenir à son actif, ses tenues restent inlassablement une ombre au tableau. Pas assez professionnelles, trop voyantes, trop bariolées, provocantes, elles sont jugées “irrecevables” dans ce milieu très codifié.
Être ingénieure sans se déguiser en caricature de scientifique
Chloé Chang refuse de devenir un cliché ambulant au simple motif qu’un pantalon cintré et un chemisier boutonné jusqu’au menton donnerait du crédit à son travail. Parce que l’ingénieure, qui a eu sa place au classement Forbes, ne se reconnaît pas dans cet ensemble quasi solennel. Son contrat de travail ne fait pas mention d’une “tenue correcte exigée” et le règlement intérieur de son entreprise n’a pas mis de vêtements sur liste noire. Alors pourquoi devrait-elle renoncer à son style arc-en-ciel ?
Si ses looks sont opulents et dignes d’un podium, elle ne perd pas ses neurones en les enfilant. Un corset ne court-circuite pas ses connaissances en mécanique, pas plus qu’une jupe courte ne réduit sa capacité à concevoir des systèmes complexes. Chloé refuse cette vieille équation qui voudrait qu’une femme sérieuse soit forcément une femme discrète.
Chloé Chang montre qu’il est possible d’aimer la mode, les couleurs, les coupes audacieuses et de mener en parallèle une carrière technique exigeante. Elle n’oppose pas l’intellect à l’esthétique. Elle refuse simplement qu’on lui demande de choisir.
Et au fond, c’est peut-être là que réside toute la force de son message : ses vêtements racontent son goût, ses projets racontent son talent. Confondre les deux, c’est encore juger la couverture avant même d’avoir ouvert le livre.
