Écoféminisme : quels liens entre écologie et droits des femmes ?

Le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a de nouveau fait émerger l’importance de « l’écoféminisme ». Au croisement de la préservation environnemental et des revendications féministes, l’écoféminisme mise sur la résolution des inégalités de genre pour aider notre planète. Voici pourquoi.

Qu’est-ce que l’écoféminisme ?

L’écoféminisme considère que les violences qui s’exercent sur les femmes et sur le vivant (exploitation des ressources, destruction des terres, etc.) tiennent d’une seule et même oppression. Pour ses partisan.e.s, l’environnement est dominé par les hommes de la même manière qu’une domination masculine s’exerce sur les femmes. Alors, il faudrait combattre ces oppressions ensemble.

Le GIEC est clair en cette année 2023 : pour un futur plus vivable, il faut tendre vers une société plus inclusive en résolvant les inégalités de genre. Selon le groupe :

« Les solutions efficaces pour le climat sont celles qui incluent les entreprises, la société civile, les femmes, les jeunes, les travailleur.se.s, les médias, les peuples autochtones et les communautés locales. »

Malgré ce constat souligné par les écoféministes depuis 40 ans, les politiques environnementales sont considérées comme largement insuffisantes par l’ONU.

Le terme écoféminisme naît en 1974 sous la plume de l’écrivaine féministe française Françoise d’Eaubonne dans son livre Le Féminisme ou la mort. Au-delà de la contraction des termes « écologie » et « féminisme », l’autrice fait reposer l’exploitation des femmes et de la nature sur le capitalisme. Puis, le mouvement prend de l’ampleur dans les années 1980 quand le groupe féministe Women for Life on Earth revendique l’égalité des droits et contre les armes nucléaires. Parmi leurs actions, nous nous souvenons de ce jour où 2000 femmes ont encerclé le Pentagone avec de la laine. La philosophe Catherine Larrère explique l’écoféminisme en ces termes :

« L’écoféminisme rejette l’idée que les femmes doivent ressembler aux hommes pour obtenir l’égalité. Pour elles, cela n’en vaut pas la peine au vu du résultat pour la planète ! Elles vont chercher ailleurs, d’autres manières qui excluent, non pas les hommes, mais le patriarcat. Et appeler les hommes à les rejoindre. »

Que revendique le mouvement écoféministe ?

Au contraire des courants politiques traditionnels, l’écoféminisme ne propose pas d’idéologie politique précise. Il vise à établir une convergence entre la crise écologique et les inégalités hommes-femmes pour lutter contre les deux. Ces dernières années, le mouvement a étendu son combat pour les droits des femmes par la prise en compte des inégalités nord-sud. Cela souligne l’exploitation des travailleurs des pays pauvres par les pays développés. Solène Ducretot, co-fondatrice du collectif Les Engraineuses, déclarait en 2020 lors d’une interview à MrMondialisation :

« On se rend compte que ce sont les mêmes schémas d’oppression qui se reproduisent sur tous ces nœuds de la société. En déliant ces nœuds, on peut résoudre beaucoup de choses sur le long terme, d’une façon beaucoup plus profonde qu’une solution d’urgence. »

Quels sont les liens entre écologie et droits des femmes ?

1 – Un système qui expose les femmes à davantage de pauvreté

Les recherchent montrent clairement que les femmes sont nombreuses parmi les personnes les plus pauvres. Cela s’explique de différentes manières. D’abord, notre société fait en sorte qu’elles possèdent, gagnent et épargnent moins que les hommes. Ensuite, elles sont concentrées dans les emplois et secteurs moins valorisés socialement et financièrement.

Aussi, elles sont à la tête d’une part disproportionnée du travail domestique (non rémunéré). À l’international, les systèmes d’héritages sont aussi inégalitaires. En effet, les femmes ont moins de possessions matérielles propres (notamment de terres, moins d’accès au crédit ou au prêt que les hommes et sont même encore les sujettes de dot dans certains pays.

2 – Les changements climatiques frappent de plein fouet les femmes

L’écoféminisme se base notamment sur des recherches qui pointent toutes vers un même phénomène : les changements climatiques exacerbent les inégalités. Et sans grande surprise, ils touchent majoritairement les populations les plus vulnérables. Par exemple, les femmes représentent 60 % de la population mondiale vivant sous le seuil de pauvreté en 2021.

À cela, l’ONU ajoute qu’elles ont quatorze fois plus de chances que les hommes de mourir à cause d’une catastrophe naturelle. Prenons l’exemple du tsunami de 2004 dans l’océan Indien. Sur les 200 000 morts recensé.e.s, 80 % étaient des femmes en Indonésie, et 73 % en Inde. Qui plus est, les changements climatiques alourdissent la charge de travail domestique pour elles et les mettent en danger. Par exemple, en période de grande sécheresse dans les pays du Sud, les femmes parcourent des distances plus longues pour s’approvisionner en eau.

Elles ont aussi plus de difficultés à s’adapter aux conséquences des changements climatiques (mobilité géographique, sociale, adaptation de l’habitat ou de l’alimentation…). Selon un autre rapport des Nations Unies, les femmes représentent 80 % des personnes déplacées dans le monde en raison du changement climatique.

3 – Une société qui fait reposer la préservation de l’environnement sur les femmes

Ironiquement, il existe une pression sociale plus importante sur les femmes pour préserver l’environnement. The Guardian s’est attelé à la synthèse de plusieurs études à ce propos. Dans ce cadre, le journal a constaté que les femmes sont plus exposées à des messages pour adopter des gestes écologiques.

La société regarde le recyclage, le tri des déchets, les sacs réutilisables ou encore une alimentation végétarienne comme des activités féminines. Elles sont donc encore trop peu pratiquées par les hommes. Ainsi, nous pouvons ajouter la prise de conscience écologique à la charge mentale des femmes.

Plusieurs visions de l’écoféminisme

Aujourd’hui, nombreux sont les mouvements qui se revendiquent écoféministes. Ils proposent donc de repenser les systèmes sociaux et économiques pour sortir des schémas d’exploitation de la nature comme des minorités de genre. D’une part, certain.e.s veulent de l’écoféminisme qu’il favorise une plus grande proximité entre les femmes et le vivant. Celleux-là font preuve d’une approche essentialiste du féminisme.

D’autre part, certain.e.s voient les oppressions patriarcales envers les femmes et la nature comme étant le fruit d’une construction sociale qui doit être remise en question. L’autrice Jeanne Burgart Goutal a exploré ces deux visions dans son essai Ecoféminisme, théories et pratiques. Elle y fait part de son cheminement en tant que chercheuse dans les différentes formes d’écoféminisme. Cela lui a permis de rendre compte des multiples facettes de ce courant sans oublier sa dimension profondément politique.

Ainsi, l’écoféminisme semble être essentiel pour améliorer nos conditions de vie sur terre. La planète et les droits humains s’en trouveraient améliorés. Ceci d’autant plus que les études montrent que les femmes au pouvoir prennent de bien meilleures décisions pour le climat. La question est de savoir si cette réalité est suffisamment éloquente pour faire bouger les mentalités ?

Charlotte Vrignaud
Charlotte Vrignaud
En tant que journaliste spécialisée dans les médias et la culture, mon quotidien est une aventure passionnante au cœur de l'évolution culturelle et médiatique de notre époque. Mon rôle consiste à décrypter et à partager les tendances émergentes, les innovations et les récits captivants qui façonnent notre société.
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