Découvrez ces femmes en sari rose qui font trembler les oppresseurs en Inde

L’Inde, pays qui laisse passer le viol conjugal et qui perpétue le mariage arrangé, n’est pas une terre très accueillante pour les femmes, qui ont des droits limités. En 2018, la plus grande démocratie du monde écopait même du médiocre titre de « pays le plus dangereux pour les femmes ». Mais dans les campagnes reculées de l’Inde, là où la violence, l’injustice et la domination patriarcale font rage, un groupe de femmes courageuses bouscule l’ordre établi. Ce groupe, surnommé le Gang des Saris Roses, défie les traditions, revendique ses droits et lutte contre l’oppression. Ces justicières, qui troquent la cape contre le sari rose vif et les armes lourdes contre un sobre bâton, volent au secours des plus vulnérables. Héroïnes de l’ombre, elles résorbent à elles seules les défaillances d’un pays bloqué dans le passé.

L’origine de cette rébellion colorée

Le Gang des Saris Roses est né en 2006 avec cette ferme intention de condamner ces actes affreux qui restent encore impunis sur le sol indien. Si en Occident, ce groupe de femmes sonne inconnu et évoque plutôt un titre de films à la Scorsese, en Inde, il suscite à la fois crainte et admiration. Derrière ce « gang », qui souhaite faire régner l’égalité et qui agit là où le gouvernement ferme les yeux, se cache une femme : Sampat Pal Devi.

Elle n’a pas eu cette vie dorée que les actrices des Bollywood mènent à l’écran dans leur temple luxueux. Originaire du Bundelkhand, l’une des régions les plus pauvres d’Uttar Pradesh, elle est mariée de force par sa famille et quitte le nid à seulement 12 ans pour se consacrer entièrement à ce mari, qu’elle n’a pas choisi. De cette union illégale naissent cinq enfants. Mais Sampat Pal Devi a d’autres ambitions que de faire la « servante » nuit et jour. Rebelle dans l’âme, elle investit, en catimini, les couloirs d’une école réservée aux garçons pour parfaire son éducation.

Par la suite, elle se retrouve aux champs, en tant que bergère. C’est comme ça que le bâton est devenu son objet de lutte attitré, son arme de prédilection. Elle décide de fonder le Gang des Saris Roses après avoir vu une femme se faire battre publiquement par son mari. Plus qu’une revanche personnelle sur cette enfance qu’on lui a volée, elle signe le début d’une rébellion collective. Elle décide de changer le destin des femmes opprimées et d’importer le courant fémininste dans son pays.

La mission : défendre les sans-voix

Le Gang des Saris Roses n’a rien à voir avec ces groupes de mafieux tout de noir vêtus qui résolvent le mal par le mal. Cette communauté de femmes badass s’inspire des actions de Lakshmî Bâî, reine indienne qui a monté sa propre armée pour défier les colons britanniques au XIXe siècle. Cependant, elle n’emploie la violence qu’en cas d’extrême urgence, lorsqu’il n’y a pas d’autres issues. Ces femmes, enveloppées d’un sari rose, ont donc des notions de bagarre. Derrière cette spiritualité apparente, elles cachent un caractère féroce et peuvent donner des coups droits à en décrocher des mâchoires. Elles n’hésitent pas à dégainer leur lahti, ce bâton robuste, pour venger leurs sœurs.

Ces femmes se rendent souvent dans des villages où les traditions sont profondément enracinées et où les femmes sont considérées comme de simples objets, destinées à obéir aux règles des hommes. Dans ces zones reculées, le Gang des Saris Roses apparaît comme un souffle d’air frais et un symbole d’espoir.

 

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Des actions concrètes sur le terrain

Ce groupe, qui aurait réussi à rallier 400 000 femmes à sa cause, joue un peu le rôle d’ange-gardien. Sampat Pal et son gang se sont attaquées à de nombreux cas d’injustice sociale. Elles ont ainsi libéré des filles de mariages forcés, mis en lumière des cas de violence domestique, et dénoncé les pratiques discriminatoires envers les femmes. Or, leur lutte ne s’arrête pas là et leurs revendications sont plurielles.

Elles se sont ainsi attelées à améliorer les conditions de vie sur place, en déployant des réseaux électriques ou en créant des sources d’eau potable. Lorsqu’elles interviennent, les autorités locales n’en mènent pas large. Elles connaissent la ténacité du Gang des Saris Roses, capable de camper devant le poste de police pour obtenir réparation.

Le sari rose, nouveau symbole féministe

Si dans nos manifestations françaises, des foulards violets s’accrochent autour des cous, en Inde, c’est le sari rose qui sert d’étendard. Plus qu’une simple tenue, il symbolise la rébellion, la force intérieure et l’émancipation des femmes. Cette couleur, traditionnellement associée à la « Barbie » et à tous les clichés qui vont avec, devient ici un objet de révolte, un vêtement « rassembleur ». Cette étoffe démesurée fait le trait d’union entre toutes ces femmes, victimes d’un système misogyne. Une vague rose s’abat sur l’Inde et bouscule les mentalités.

Alors qu’en Inde, les femmes sont laissées en marge du monde du travail, condamnées à vivre aux crochets de leur époux, le gang des Saris Roses incarne le changement. La révolution sera colorée !

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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