Et si les hommes disparaissaient de la surface de la Terre pendant une journée entière ? Des internautes féminines ont imaginé leur vie en cas d’extinction de l’espèce masculine et elle frôle l’utopie. Se balader la nuit en petite tenue, faire un jogging dans les bois sans s’encombrer de bombe au poivre, dormir les fenêtres ouvertes, sortir sans soutiens-gorge… autant d’activités, en apparence simples et innocentes, qu’elles s’interdisent en présence des hommes. Une triste réalité, relatée en une tendance.
Un monde sans homme… et sans problèmes
Sur les réseaux sociaux, les femmes se sont demandées à quoi ressemblerait un monde sans hommes et elles n’ont pas eu à chercher bien loin dans leur imagination pour se projeter. Plus de sifflements dans la rue, ni de silhouette capuchée qui nous emboîte le pas dans les sous-sols du métro. Plus de regards insistants posés sur le buste ni de mains baladeuses dans les transports. Sans hommes, le quotidien des femmes semble paradisiaque et serein. Du moins c’est ce que l’on déduit des témoignages laissés sous la publication X (anciennement Twietter) de Em Razz, une féministe pratiquante.
Sa question est simple : « que feriez-vous dans un monde sans hommes pendant 24 heures ? », une phrase lancée comme un pavé dans la mare. L’idée n’est pas d’éradiquer les hommes ou de les envoyer sur une autre planète, simplement de les mettre à l’isolement le temps d’une journée. En tout cas, ce n’est pas la visée principale du post. Le but ? Ouvrir un champ d’expression aux femmes et leur permettre de dire tout haut ce qu’elles s’empêchent de faire tout bas quand le sexe opposé rôde. Et un vent de liberté souffle entre les pixels.
Non, leur première action dans une société à la « Barbieland » ne consiste pas à faire du shopping illimité ou à organiser des discussions interminables autour d’une tasse de thé. Ça, c’est ce que les hommes s’inventent dans leur tête. Sauf que voilà, les réponses à ce scénario sont bien plus terre-à-terre et moins exigeantes. « Passer devant un chantier sans avoir une légère crise de panique », « Danser en ville à 3 heures du matin sans craindre pour ma vie », « Porter ce que je veux, sans avoir l’impression de me mettre en danger ». Autant d’actions d’une banalité affligeante que les femmes abordent comme des « rêves ».
@thisisvielka #pegar un video de @melissadesm if men disappeared from earth for 24 hours #blackgirl #blackwoman #melanin #panama #panameña #panamanian ♬ Life without men – thisisvielka
Les hommes, sur la défensive suite à cette tendance
Les hommes, souvent présentés en chevalier blanc et en sauveur dans les contes pour enfants, inquiètent plus qu’ils ne rassurent. C’est ce qui ressort de ce script fictif, par ailleurs édifiant. D’ailleurs, sur la toile, nombreux sont ceux qui ont pris cette tendance pour une attaque personnelle et qui se sont sentis obligés de riposter. Ils n’ont pas apprécié qu’on les supprime du décor et qu’on se réjouisse de leur absence.
« Achetez une arme, apprenez à vous défendre, ne marchez pas seul la nuit », a suggéré un internaute, alors que les femmes prennent déjà des cours de self défense et forment des poings américains avec les clés de leur maison. Ironie du sort, l’un d’eux a demandé : « mais qui vous protégerait ? », pour se conforter dans son sentiment d’utilité. Le terme « mâle » semble ici avoir une double signification.
Plus d’une femme sur trois dans le monde a subi des violences physiques de la part d’un homme. On a même inventé un nom pour parler des meurtres perpétrés envers les femmes en raison de leur sexe : le féminicide. Pas étonnant donc que les femmes se censurent au quotidien et se brident dans leurs sorties comme dans leur dressing.
Un faux scénario qui illustre un sentiment d’insécurité
Imaginer la disparition temporaire des hommes, c’est une manière presque douce d’exprimer quelque chose de beaucoup plus dur : la vigilance constante. Cette charge mentale sécuritaire que beaucoup de femmes portent sans même y penser. Envoyer un message en rentrant chez soi, partager sa localisation, faire semblant de téléphoner en marchant, changer de trottoir, ajuster la longueur d’une jupe selon l’heure. Ce sont ces micro-stratégies invisibles que la tendance met en lumière.
Le scénario des « 24 heures sans hommes » agit comme une satire sociale. Il force à poser une question simple, mais vertigineuse : pourquoi la liberté féminine semble-t-elle conditionnée à l’absence masculine ? Finalement, cette tendance n’est ni un appel à l’extinction ni une guerre des sexes. C’est une expérience de pensée. Un laboratoire émotionnel. Imaginer un monde sans hommes pendant 24 heures permet de mesurer tout ce que l’on retient, tout ce que l’on ajuste, tout ce que l’on tait.
Et peut-être que le véritable enjeu n’est pas de supprimer qui que ce soit, mais de créer un monde harmonieux où ce fantasme n’en serait plus un. Les femmes ne demandent pas à vivre dans l’univers des Bisounours, juste à pouvoir disposer de l’espace comme leurs homologues, sans devoir rester sur leur garde. Au lieu d’inventer de nouveaux objets de protection pour les femmes, il serait peut-être temps de traiter le problème à la source et d’éduquer les hommes ?
