Alors que des millions de téléspectateurs de tous les continents suivent religieusement la Coupe du Monde de la FIFA 2026™, les matchs décisifs des femmes n’attirent pas autant l’attention. Au-delà de la faible couverture médiatique des compétitions au féminin, certains hommes estiment que les joueuses ne sont « pas assez belles » pour être regardées. Dans une vidéo, un créateur de contenu s’insurge contre ceux qui jugent encore le physique des femmes avant la performance.
Réduire une joueuse à son apparence, une habitude tenace
En cette période de Coupe du monde de football, les hommes jugent les actions des joueurs ou les buts manqués, mais ils ne relèvent presque jamais les cernes de l’un ou les boutons de l’autre. Si les hommes reprochent aux femmes de regarder les matchs uniquement pour mesurer la circonférence du fessier de Ronaldo à vue d’œil ou complimenter la musculature de Mbappé, ils s’adonnent en réalité à la même dissection anatomique. À la place des éloges, ils intentent un procès de beauté à celles qui gagnent encore dix fois moins que leurs homologues.
Si pendant les matchs masculins, ils se contentent de quelques avis sur les passements de jambe et les tirs mal cadrés durant les matchs féminins, ils oublient totalement l’existence du ballon rond. Bien loin de fantasmer sur ces athlètes comme ils le font avec les épouses des joueurs dans les gradins, ils s’improvisent arbitre du faciès. Ils attribuent des notes sur le physique des femmes comme s’il s’agissait du casting de la future Fashion Week. À en croire certains d’entre eux, les joueuses ne vendent pas suffisamment de rêve pour passer à l’écran. Ce qui expliquerait, selon leur dire, les mauvais retours d’audience.
La photo de Aitana Bonmati, en plein effort, revient inlassablement dans ce débat d’image. Inutile de rappeler qu’elle a été sacrée ballon d’or trois fois. Bien qu’à la télévision, les footballeuses soient de taille microscopique face à l’étendue du terrain, les hommes se permettent de tacler leur visage comme si c’était le critère de sélection numéro un. Sur Instagram, le créateur de contenu @hkfoot_, se révolte contre ceux qui minimisent les exploits des footballeuses pour se concentrer sur leur allure après un sprint éprouvant. « Il faut vraiment arrêter de résumer le niveau d’un joueur ou d’une joueuse à son flow », scande-t-il.
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« Trop maquillée », « pas assez féminine »… les commentaires fusent
Lorsque les joueuses de foot apparaissent la mine brute, sans aucune goutte de maquillage, on les accuse de « se laisser aller » et les articles de presse titrent davantage sur leur fatigue supposée que sur leurs prouesses devant les cages. En revanche, quand elles daignent se pomponner ou faire cohabiter le chasuble numéroté et le fard à paupière, on leur attribue sans hésiter l’adjectif « superficielle ». Moralité : qu’elles se passent de mise en beauté ou qu’elles fassent preuve de coquetterie, les joueuses subissent un pressing constant et ne semblent jamais à la hauteur des attentes.
Alisha Lehmann, qui évolue au poste d’attaquante au Leicester City Women’s Football Club, a d’ailleurs essuyé de nombreuses critiques sur son style, jugé « excessif » voire carrément « hors sujet ». La jeune femme, qui fédère plus de 15 millions d’abonnés sur Instagram, ne compte pas que des admirateurs dans son camp. Considérée comme une simple figurante uniquement parce qu’elle porte des faux cils et qu’elle joue avec les doigts manucurés, elle attise la haine là où les femmes de footballeurs attendrissent les cœurs. « Influenceuse ou footballeuse ? », les plus sceptiques clament même une faute de parcours, une imposture.
Heureusement, sous la vidéo de @hkfoot_, les internautes redorent la réputation de ces joueuses, qui endurent une pression esthétique en plus des autres exigences athlétiques. « Perso je préfère 10 000 fois regarder le foot féminin que le foot masculin, au moins ça joue et ça ne tombe pas par terre pour un rien », avance l’un. « Parce que c’est des hommes qui ne s’intéressent aux femmes que pour les ‘consommer’ parce qu’il les considère comme des objets », tente d’expliquer un autre à travers une analyse quasi sociologique.
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Les footballeuses, rarement appréciées pour leur jeu
Cette vidéo est la sombre illustration d’un phénomène de société qui dépasse largement les stades. Soit cette fâcheuse tendance à toujours éclipser le talent des femmes pour se recentrer sur leur routine beauté, deviner leur marque de crème hydratante, faire des suppositions sur leurs idylles ou percer à jour leur routine sportive. Des études documentent même l’inégalité physique des femmes, qui n’auraient pas la carrure pour jouer sur la même base que leurs homologues masculins.
Cependant, si tout le monde remarque le contouring soigné de Alisha Lehmann et se plaît à classer les « plus belles joueuses de tous les temps » à la manière d’un tableau de chasse, personne ne sait que le meilleur buteur du monde est une femme et s’appelle Christine Sinclair. Ou que Carli Lloyd a inscrit un triplé en finale de Coupe du monde de football 2015 en seulement 16 minutes.
Le football féminin a attiré 44,7 millions de téléspectateurs l’année dernière, un chiffre historiquement haut. De quoi faire taire les hommes qui cherchent dans les footballeuses un fantasme à assouvir plus qu’une figure à applaudir.
