Dans l’imaginaire collectif, les hommes occupent leur temps libre avec des outils de bricolage, des haltères massifs ou la télécommande de la télévision. Or, tous ne comblent pas l’ennui des jours de repos en s’adonnant à des activités mécaniques ou à des loisirs de Cro-Magnon. Le créateur de contenu Isaiah Moses (@zaeecrafts), lui, se sert des mains non pas pour taper dans un punching ball ou changer la plaquette de frein de sa voiture. Entre ses doigts naissent des œuvres en crochet iconiques et colorées.
Le crochet, plus qu’un passe-temps, un art
Longtemps aperçu entre les mains froissées des grand-mères ou sur leurs genoux fleuris, le crochet est devenu une activité manuelle « grand public ». Ce n’est plus cette distraction de sénior vouée à remplir la retraite et destinée à concevoir des habits sur-mesure à une progéniture. C’est une pratique universelle voire même un virus créatif très contagieux. Les passagères des trains, les employées de bureau et les étudiantes en jean ample s’adonnent à ce loisir, épinglé en évidence sur la toile.
Désormais, la bobine prend racine dans toutes les paumes, y compris celles qui arborent des cloques, héritées au contact de la fonte. Le créateur de contenu Isaiah Moses (@zaeecrafts), dont les réseaux sociaux sont une vitrine éloquente de son talent, parle couramment le langage de la couture. Quand il n’a pas les mains vissées sur une barre de traction ou accrochées après la surface rugueuse des haltères, il les fait danser autour des mailles et enchaîne les prouesses textiles.
Et c’est loin d’être un débutant. C’est même un virtuose du crochet. Parce que non, il ne faut jamais se fier aux apparences. Si à première vue, Isaiah Moses ne semble exceller que dans le soulevé de poids, derrière cette montagne de muscles se cache un esprit fertile et un cœur tendre. Cet homme à la carrure d’acier et au visage impassible est l’auteur de pièces qui semblent tout droit sorties d’un conte à la Lewis Caroll ou du vestiaire des Winx.
@isaiahmosesartOpening them is the most satisfing part♬ original sound – siennaliveontour
Mettre un peu de magie dans le quotidien
Ce jeune créateur, promis à un bel avenir, a un véritable don pour réenchanter les basiques de la mode. Un simple parapluie devient ainsi un champignon digne de l’univers de Mario tandis qu’un hoodie se mue en adorable costume kawaii ou en forêt vierge. Il s’est même rendu dans sa salle de musculation avec une cagoule en trompe l’œil à l’effigie d’un tournesol. Il a également cousu un ensemble sur-mesure aux motifs psychédéliques pour se démarquer au milieu des joggings gris souris et des sweats aux teintes neutres. Son âme d’enfant s’exprime dans chaque point de couture.
Ces images, qui s’apparentent certainement à des scènes d’horreur pour ceux qui ont pour seul et unique patron le patriarcat, sont plus qu’un spectacle visuel. Elles montrent un homme qui utilise sa sensibilité en guise de carburant et non pas sa testostérone. Alors que les masculinistes revendiquent le « looksmaxxing » comme un crédo de virilité, ce prodige préfère le slogan « whimsymaxxing », qui signifie clairement « optimisation de la fantaisie ».
@isaiahmosesart♬ original sound – yumeuria
Tisser un nouveau modèle de masculinité
Avec ses créations en crochet, Isaiah Moses ne cherche pas à opposer force et délicatesse, muscles et imagination. Il rappelle au contraire qu’elles peuvent parfaitement cohabiter. Ses gros biceps ne l’empêchent pas de manier une aiguille avec précision, pas plus que sa passion pour la musculation ne réduit son goût pour les couleurs, les formes ludiques et les univers féeriques.
À travers chaque maille, il esquisse finalement une autre définition de la masculinité : une masculinité plurielle, capable de soulever des charges lourdes tout en façonnant des objets empreints de douceur. Loin des cases dans lesquelles certains voudraient enfermer les hommes, il prouve qu’un corps puissant peut abriter une grande sensibilité et qu’une main habituée aux haltères peut aussi donner vie à des créations pleines de poésie.
Isaiah Moses (@zaeecrafts) tisse ainsi bien plus que du fil : il participe à construire un nouveau modèle, où la force physique et la créativité douce ne s’annulent pas, mais se renforcent mutuellement. Il s’attèle à recoudre une masculinité abîmée par des années de stéréotypes et d’injonction à la férocité.
