La dérive du « looksmaxxing », quand les hommes se frappent le visage pour être beaux

Longtemps perçue comme une pression féminine, la quête de transformation physique touche aujourd’hui un public masculin croissant. En cette année 2025, le phénomène porte un nom : looksmaxxing.

Un idéal physique masculin standardisé

Née dans les coins sombres du web, cette pratique issue de la manosphère (réseau de communautés d’intérêts masculins en ligne) se hisse désormais sur TikTok et Instagram, portée par une « esthétique virile », lisse et calculée, loin de la simple « remise en forme ».

Le but du looksmaxxing ? Se rapprocher d’un idéal esthétique masculin précis : mâchoire ciselée, pommettes hautes, yeux dits « de chasseur », lèvres pleines et menton dit « fort ». À cela s’ajoutent un corps sculpté et une pilosité étudiée. Les figures emblématiques de ce style sont le mannequin australien Jordan Barrett, le mannequin brésilien Francisco Lachowski ou, plus dérangeant, Patrick Bateman, personnage fictif et tueur narcissique d’American Psycho, interprété par l’acteur Christian Bale.

La communauté distingue deux types de pratiques :

Softmaxxing : routines « douces », comme le sport, l’alimentation, les soins de peau ou le mewing (positionner la langue sur le palais pour affiner la mâchoire).

Hardmaxxing : méthodes radicales, parfois dangereuses, comme la chirurgie esthétique ou le bone smashing (frapper volontairement sa mâchoire pour en modifier la structure).

@iamjerryl trust the process🤞🏻#looksmaxing #glowup #transformation ♬ NUNCA MUDA? – Scythermane & NXGHT! & MC Fabinho da Osk

Une sous-culture née du mal-être

À l’origine, le looksmaxxing s’échangeait discrètement sur Reddit et 4chan. Ces espaces permettaient à des hommes, souvent jeunes, anxieux, ou se percevant comme « non désirables » de discuter de leur apparence. Sauf que très vite, les forums ont viré à la compétition, voire au harcèlement déguisé en « conseils ». Certains y cherchent une validation, d’autres des solutions désespérées pour améliorer leur « valeur sur le marché sexuel ».

Ce langage pseudo-économique, hérité des discours incels (involuntary celibates), réduit les relations humaines à des transactions. Le looksmaxxing devient alors un outil pour « mériter » l’attention féminine, sans jamais remettre en cause les normes sexistes sous-jacentes.

De Reddit à TikTok : la banalisation inquiétante

Aujourd’hui, la pratique n’est plus marginale. Boostée par les algorithmes de TikTok – que des chercheurs britanniques ont pointé du doigt pour amplifier les contenus misogynes -, elle touche désormais un public plus jeune, souvent exposé sans y avoir consenti.

Ces vidéos, qui analysent des « tilts canthaux positifs » ou la distance entre les pupilles, banalisent une grille de lecture ultra-technique de la beauté, poussant les garçons à scruter leur visage sous des angles inédits. Résultat : une insécurité grandissante et une homogénéisation inquiétante des visages dits « idéaux ».

Le looksmaxxing n’est ainsi qu’une autre expression de notre obsession collective pour l’optimisation de soi, dopée par l’ère des applis de rencontre. Là où l’on attendait peut-être un rééquilibrage des normes de genre, c’est une hypermasculinité toxique qui revient en force et un marché juteux qui s’ouvre pour les marques de compléments, de soins, ou de chirurgie. À l’heure où l’image de soi devient un produit comme un autre, la question reste entière : jusqu’où ira-t-on pour plaire ?

Anaëlle G.
Anaëlle G.
Je suis passionnée de mode, toujours à l’affût des tendances qui disent quelque chose de notre époque. J’aime observer comment on s’habille, pourquoi on le fait, et ce que la mode révèle de nous. Derrière les défilés et les silhouettes, ce sont surtout les histoires qui me passionnent.

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