Jupe plissée, chaussettes remontées jusqu’au genou, chemisier et cravate au motif tartan. Cet uniforme académique n’est pas seulement présent dans les couloirs des universités ou derrière les pupitres des amphithéâtres. Il apparaît dans les mots clés des sites pour adultes et investit des jeux de rôle érotiques douteux. Ce costume d’écolière est rapidement devenu un fantasme, voire un argument de séduction. Les lycéennes d’Oxford ont lancé une pétition pour que ces tenues restent la propriété des étudiantes. Non plus le dress code des actrices X.
Quand les films X transforment l’uniforme scolaire en fantasme
Au Royaume-Uni, l’uniforme est avant tout un vêtement institutionnel, porté quotidiennement par des enfants et des adolescentes. Chaque jour, des jeunes filles passent la grille de leur école dans cette tenue imposée estampillée d’un écusson. Elle n’a pas été pensée pour s’inscrire dans le vestiaire des actrices porno ou dans le script de films aux scènes censurées. Cependant, cet ensemble neutre voué à imposer plus d’équité dans les allées ponctuées de casiers et à créer une sorte d’harmonie collective, a été détourné en « déguisement sexy » voire en objet de désir.
Il suffit de rentrer ce mot clé dans la barre de recherche pour prendre conscience de cette sombre réalité. Les images parlent d’elles-mêmes : elles montrent des fausses étudiantes dans des poses mi-studieuses, mi-lascives. Leur poitrine déborde volontairement, leur jupe en révèle plus qu’il n’en faut et leurs bas prennent l’allure de porte-jarretelle. Cet uniforme, aux coutures sérieuses et au design conventionnel, s’est muée en tenue à forte connotation sexuelle malgré lui.
L’uniforme n’est alors plus un sobre vêtement de classe, mais un stimulant visuel, un viagra vestimentaire. Il quitte les armoires des principales concernées pour se suspendre dans les sex-shops aux côtés de jouets aux formes phalliques et de lingerie sulfureuse. Et à trop l’exploiter dans les contenus pour adultes, certains pensent que celles qui les portent dans la vraie vie sont sexuellement disponibles. Ça se confirme sur le terrain. Selon une enquête menée par l’association caritative Plan International auprès de 1000 filles âgées de 14 à 21 ans, 35% des répondantes avaient fait l’expérience de comportements déplacés et de regards insistants lorsqu’elles arboraient l’uniforme.
À Oxford, des élèves réclament un changement avec une pétition
Épingler l’uniforme scolaire dans la barre des fantasmes ou en faire carrément un filtre sur les sites interdits au moins de 18 ans n’est pas bénin. C’est encourager une association mentale malsaine. C’est également mettre en danger celles, pour qui, l’uniforme est une obligation invariable. Les étudiantes de l’Oxfordshire en Angleterre, lassées de faire de l’effet aux passants les plus pervers alors qu’elles rentrent de cours, veulent bannir les uniformes scolaires des sites pour adultes.
Leur révolte prend ainsi la forme d’une pétition qui a déjà obtenu plus de 35 000 signatures. Lancée le 25 septembre dernier, elle appelle le premier ministre britannique, Andy Burnham, à prendre des mesures fortes. Au nom de la sécurité des femmes. « Nous ne sommes pas des « écolières sexy ». Nous ne sommes pas des objets. Non, nous sommes des élèves, et surtout, des enfants », rappelle fermement le groupe d’étudiantes qui en est à l’origine.
Elles ne sont pas les premières à avoir pris cette initiative et à tenter de rendre aux étudiantes ce qui leur appartient. Des élèves du comté de Cheshire les ont précédés dans cette lutte, qui relève de l’urgence sociétale plus que du caprice passager. En 2022 déjà, elles avaient publié une pétition intitulée « Interdire les uniformes scolaires dans les sex-shops et la pornographie ». Elles avaient notamment insisté sur le risque d’une telle sexualisation. Puisqu’elle est susceptible de mener à des agressions sexuelles, du harcèlement et d’amplifier ces fléaux déjà bien ancrés. Malheureusement, à cette époque, leur voix n’avait pas été entendue.
Un vêtement de mineure ne devrait pas devenir un code érotique
Une jupe plissée et un chasuble en laine n’ont rien de sensuel en soi. C’est tout l’imaginaire construit autour de cet ensemble qui pose problème. Sur les sites pour adultes ou même sur les cintres des magasins de divertissement, le costume d’écolière prend toujours une tournure sensuelle. Il se retrouve dans des situations très suggestives et se rend surtout utile sous le bureau. Il n’évoque pas les feuilles blanches, les devoirs de maths ou les dissertations, il appelle à une toute autre activité, qui n’a strictement rien à voir avec les salles de classe.
C’est le même problème avec les bikinis pour bébés ou les micro-shorts pour fillettes. Ces vêtements sexualisent des corps qui n’ont même pas atteint la puberté. Concevoir de telles pièces pour le bas-âge, c’est faire un cadeau aux pédo-criminels impunis. Alors que le gouvernement britannique a approuvé une nouvelle loi condamnant le fait de posséder ou partager du contenu pornographique mettant en scène des adultes se faisant passer pour des personnes de moins de 16 ans, les étudiantes de l’Oxfordshire espèrent que leur pétition se retrouvera sur la table des prochaines discussions politiques.
Derrière cette pétition, les jeunes militantes ne réclament finalement rien d’extraordinaire. Simplement pouvoir enfiler leur uniforme le matin sans avoir à penser aux fantasmes que des adultes lui ont greffés. Une jupe plissée devrait pouvoir rester une jupe plissée, une cravate un élément de tenue scolaire et une écolière… une élève. Pas un scénario. Pas un mot-clé. Et encore moins un fantasme.
