Du vert en guise de blush et du bleu autour des lèvres, sa mise en beauté paraît clownesque à première vue. Pourtant, son partenaire ne voit pas un look carnavalesque, mais une femme parfaitement apprêtée. En couple avec un homme daltonien, qui ne voit pas le monde de la même couleur, cette beauty addict a inversé son makeup pour les yeux de son chéri.
Le maquillage du point de vue d’un daltonien
Les pommettes couvertes de poudre verte, la bouche parée d’un bleu glacial, les yeux fardés de couleurs arc-en-ciel. Son esthétique multicolore n’est pas le reflet d’un hashtag en vogue ni le témoin d’une folie créative. C’est un joli jeu de contraste spécialement conçu pour la vision de son conjoint daltonien. Cette artiste, qui excelle dans l’art cosmétique et qui peint non pas sur toile, mais sur peau, pomponne son visage en se mettant à la place de son partenaire, qui vit avec un filtre permanent devant les yeux.
D’ailleurs son makeup, qui, sans explication parallèle, semble être une marque de fabrique féérique ou une signature de podium, donne l’illusion de voir à travers une caméra thermique. Il rappelle également les tableaux de l’ère surréaliste, particulièrement pigmentés. Si, pour nos yeux habitués au teint nude et aux joues roses, ce maquillage paraît insolite voire très fantaisie, pour des yeux de daltonien, il est totalement banal et ressort “neutre”.
Forcément, puisque la perception des couleurs n’est pas la même. Être daltonien, ce n’est pas voir le monde en noir et blanc, mais plutôt le voir avec une palette un peu différente. Et en quelques coups de pinceau, cette styliste du vanity nommée @liladrogo nous montre à quoi ressemble le monde des daltoniens, trouble qui touche 8% des hommes.
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Sensibiliser au daltonisme à travers l’art du maquillage
Les joues vertes ? Elles apparaissent rosées pour lui. Les lèvres bleu glacé ? Elles prennent une nuance chaude qu’il distingue mieux. Les couleurs vives sur les yeux ? Un jeu visuel pensé pour créer, dans son champ de vision à lui, un maquillage harmonieux.
Adapter son maquillage pour que son partenaire puisse pleinement en apprécier les nuances, c’est reconnaître sa réalité sensorielle. Le maquillage est souvent présenté comme un acte personnel, une façon d’exprimer sa singularité. Ici, il devient aussi un pont entre deux perceptions du monde. Une façon de dire : “Je veux voir à travers tes yeux.”
Le daltonisme n’est pas qu’une anecdote amusante sur les chaussettes mal assorties, c’est une autre manière de percevoir le monde, les émotions, les nuances. À travers l’art du maquillage, elle rend visible l’invisible. Au quotidien, les daltoniens doivent constamment s’adapter à notre environnement et à notre langage visuel. Même si l’espace urbain tourne de plus en plus au gris, il y a encore des panneaux de signalisation et des pictogrammes à déchiffrer. En plus de déclarer son amour avec quelques crayons et une mise en beauté sur-mesure, la créatrice de contenu fait passer un message fort sur la différence.
Une nouvelle manière de penser la beauté
Ce geste soulève aussi une question plus large : et si l’industrie beauté intégrait davantage la question du daltonisme ? Les palettes pourraient être testées selon différentes perceptions visuelles. Les applications de maquillage pourraient proposer des filtres simulant la vision daltonienne.
Aujourd’hui, la plupart des campagnes et des tendances sont pensées pour une vision “normée” des couleurs. Pourtant, des millions de personnes voient le monde autrement. Cette vidéo, sans prétention militante, met en lumière une réalité souvent oubliée.
C’est un acte romantique qui vaut toutes les roses du monde, mais aussi une belle interprétation du daltonisme, plus parlante et plus réaliste. Le maquillage, souvent accusé de banaliser une apparence, devient un instrument pour raconter d’autres réalités sensorielles. Ainsi, la beautysta ne répond pas à une tendance, mais à un urgent besoin de représentation (et de couleurs).
