Vêtements froissés, tachés, délavés : pourquoi l’imperfection s’impose dans la mode actuelle

Vous avez une empreinte de ketchup sur votre t-shirt ou un trou béant dans votre jean ? Ces détails d’usure, autrefois rédhibitoires sur les silhouettes, sont les nouveaux symboles du luxe. Ces vêtements, rescapés de nombreuses excursions urbaines qui portent les stigmates de votre vie active, sont dotés d’un cachet que les pièces neuves n’ont pas. À travers leur couture, ils racontent une histoire : celle d’une mode plus tolérante et vivante.

Les vêtements usés ne font plus tâche

Sur le podium de la Fashion Week, les grandes maisons défendent une mode plus rustique et moins idyllique. Si pendant des années, elles nous ont habitués à des allures très soutenues, à des blazers au tomber net, des pantalons cintrés et des robes immaculées, aujourd’hui elles signent le retour des cuirs vieillis, des t-shirts troués et des jeans jaunis. Elles se prennent d’amour pour le charme suranné, les entailles textiles et les effets délavés.   Les pièces vantées sur les podiums dérogent à la sacro-sainte perfection et aux éternelles règles de bon goût.

Ainsi chez Prada, les chemises et les vestes de ces messieurs donnent l’illusion d’avoir traîné dans la saleté ou trop frotté contre le revêtement du bureau. Ces tâches délibérément inscrites dans le design de la pièce sont pensées comme des motifs à part entière. Chez Chanel les sacs sont volontairement cabossés et déformés comme s’ils avaient été trop serrés contre les bras de leur propriétaire. Les maisons Miu Miu et Acne Studios, elles, célèbrent les cuirs égratignés tandis que Balenciaga revisite le jean troué à l’extrême dont il ne reste presque que des lambeaux.  Ce n’est pas une cacophonie visuelle mais un nouvel angle de lecture mode. Le vêtement n’est plus une matière statique, c’est un narrateur bavard, une toile vierge qui ne demande qu’à se remplir.

Trous, tâches et autres balafres esthétiques ne sont plus des défauts à corriger à revers d’aiguille ou de spray détachant mais des valeurs ajoutées, des preuves de vie. Sauf que voilà, porter des vêtements usés semble encore être le privilège d’une élite : celle qui se love dans des pièces griffées. Autrement dit : tout le monde ne peut pas se la jouer Banksy avec ses habits.

 

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Un supplément d’âme dans les looks

Il y a quelques années encore, toutes les fashionistas flânaient dans des robes bulles soignées, des slip dresses pastel et des ensembles sans faux plis. Aujourd’hui, elles troquent leur pièce nette contre des vêtements froissés, des jeans délavés aux innombrables griffures, des tops éclaboussés. Elles ne se contentent plus de laisser tomber une bretelle avec nonchalance sur leur épaule ou de feindre l’effortless, elles acceptent la destinée de leur vêtement.

Et à la surprise générale, elles ne passent pas pour des personnes dans le besoin ou miséreuses. Ces traces d’usure sont semblables à nos cicatrices sur la peau : elles racontent des accidents, des failles, des journées pressées. Elles cachent tout un monde. Ces vêtements que l’on se serait empressé de raccommoder deviennent des livres ouverts. Ils ont une sensibilité plus qu’une esthétique.

En théorie, cette approche plus terre-à-terre de la mode est plutôt positive mais en pratique, elle n’est pas si abordable. Les grandes maisons imitent l’ancien sur du neuf et s’approprient les codes des friperies sur des pièces à plusieurs zéros. Elles commettent des crimes textiles de leur plein gré sans laisser le vêtement vieillir de lui-même, ce qui dénature un peu leur parti-pris premier.

Ce que ça raconte de la mode actuelle

De l’autre côté du dressing ou derrière la porte de la salle de bain, les gestes changent du tout au tout. Il y a quelques mois en arrière, on veillait à ce que notre maquillage soit minimaliste et naturel, on ajustait le col de notre chemise au millimètre et on scrutait à la loupe notre tenue, à l’affût de la moindre petite irrégularité. Désormais c’est la philosophie inverse : les vêtements amochés sont aussi convoités que les créations d’orfèvre sorties de l’atelier. Et ce n’est pas l’illustration d’une folie douce ou un énième concept à “buzz”. C’est le signe d’une mode plus primitive, moins photoshopée, d’un style plus expressif et moins codifié.

Porter une chemise volontairement froissée ou un jean patiné, c’est presque un geste symbolique. On ne cherche plus à masquer le temps qui passe ou l’usure des choses. Au contraire, on les met en valeur. Comme si le vêtement devenait le prolongement d’un état d’esprit plus doux envers soi-même. Moins de contrôle, plus d’authenticité.

Faut-il s’appeler Kendall Jenner ou Mary-Kate Olsen pour succomber à cette tendance de la vétusté affirmée ? Pas forcément. Pour vous approprier ce style, qui donnerait des hauts le coeur aux clean girls, achetez de la seconde main. Ces vêtements aux allures de millésime assurent un look qui sent le vécu.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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