Cette femme donne de la visibilité à une particularité de peau encore peu représentée

C’est un détail cutané qui passe totalement inaperçu dans les manches des pulls et sous l’épaisseur des t-shirts. En revanche, en été, lorsque les corps se délestent du tissu pour mieux supporter la chaleur, impossible de le nier. L’hyperpigmentation des aisselles force de nombreuses femmes à suffoquer en silence ou à s’infliger des traitements maison à base de jus de citron. Une réalité que la créatrice de contenus @thatacnegirlie documente pour apaiser les complexes et rassurer celles qui auraient un excès de mélanine sous les bras.

Aisselles noires : un complexe qui ressurgit en plein coeur de l’été

Les aisselles des femmes sont le terrain fertile des diktats et voient pousser d’innombrables injonctions. Selon une conception très normée du corps féminin, il faudrait qu’elles soient lisses, épilées au millimètre et uniformes, sans contraste, ni reliefs. Cependant, inutile de préciser qu’il s’agit là d’une illusion cutanée seulement possible grâce à Photoshop ou d’autres coups de pinceaux virtuels. C’est une exigence de publicité, un idéal de défilé. Sauf que voilà, à force de répétition, les femmes ont fini par adhérer à cette esthétique, vendue comme une valeur sûre.

Dans cette dictature de l’apparence, le moindre petit détail qui se loge sous les bras des femmes devient alors une affaire d’état et prend des proportions hors normes. L’industrie cosmétique a renforcé l’hypervigilance autour de cette zone, déjà surveillée dans le cadre du cancer du sein. Si personne n’a de loupe grossissante à la place des yeux pour remarquer ce poil incarné, ces vergetures zébrées ou cette irritation persistante, les femmes, elles, ne voient que ça dans le miroir.

Et quand elles décident de fermer les yeux sur leur particularité, il y a toujours une petite voix médisante pour leur rappeler son existence. La créatrice de contenus @thatacnegirlie est bien placée pour le savoir. Femme brune, elle a des aisselles plus foncées que le reste de sa chaire et elle l’aborde dans la banalité la plus totale. Pour les internautes qui se font l’avocat des diktats et qui croient à la théorie de la femme à la peau de velours, ça entache son “potentiel”. Pire, ça dévalue son charme. Ses détracteurs lui conseillent de raccrocher les robes à bretelles et les hauts qui remontent au-delà des épaules comme si ses aisselles étaient une agression visuelle.

Une particularité qui ne devrait pas nous empêcher de vivre

La créatrice de contenu @thatacnegirlie, dont le compte est une véritable safe place, désensibilise les yeux à la perfection et nous tend un reflet plus authentique. Parce que le corps n’a pas à être une vitrine, ni une page blanche et encore moins le théâtre de notre mal-être. La jeune femme à la peau acnéique et aux auréoles sombres sous les aisselles refuse de garder ses bras collés au buste ou de se servir de ses longs cheveux en guise de “cache-misère” simplement pour correspondre à un portrait féminin vernissé.

Elle n’accorde pas ce plaisir à ses détracteurs. Au contraire, elle les nargue volontiers, le poing en l’air et les aisselles ouvertes. Pas question pour elle de s’enfermer dans des vêtements couvrants par temps de canicule, de s’adonner à un énième rituel sous la contrainte ou de sacrifier ses envies de coquetterie dans le simple but d’honorer le regard des autres. Elle préfère économiser ces précieuses minutes pour pratiquer la douceur de soi et célébrer son corps avec des soins qui ne sont que tendresse et amour. Loin de céder à la tentation des potions anti-tâche, elle choisit l’acceptation plutôt que la correction.

Cette hyperpigmentation des aisselles est gênante mais pour qui ? Pourquoi ? Sur Google, il suffit d’entrer le mot clé pour comprendre l’origine de cette honte. Les articles qui s’affichent dans les résultats semblent détenir la recette miracle pour “éclaircir” cette zone ou traiter “ce problème”. Or, aucune routine beauté ne devrait prendre la forme d’une punition.

Montrer ce que les filtres et les standards effacent, une nécessité

Dans un univers virtuel saturé de clean girls à la peau polie par des routines en dix temps, de promesses de longévité, de visage trop net pour être vrai, @thatacnegirlie appelle à la transparence. Elle n’attend pas d’avoir les aisselles homogènes pour les révéler au grand public ou les exposer dans des tenues qui ne permettent aucune tricherie. Cette hyperpigmentation, qui se remarque quand on tente d’attraper un article haut perché dans les rayons, n’est pas une infraction, ni un délit esthétique. C’est simplement l’apparence d’une peau naturelle qui réagit, qui vit et qui parle.

Pendant longtemps, les femmes ont cru que les poils ou les taches brunes n’étaient pas les bienvenus sur leur corps et ajoutaient une ombre au tableau esthétique. Elles ont alors sacrifié des tenues, des sorties, des mouvements, sous prétexte que leur physique n’était pas assez optimisé. Grâce à @thatacnegirlie, elles ont un autre exemple plus sain.

Certes, tout le monde n’a pas le même degré de tolérance face à cette particularité. Cependant, les critiques ne devraient jamais devenir des prescriptions quotidiennes, ni rythmer nos gestes devant la glace.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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