Elle montre ses poils du visage sans filtre et reçoit une vague de soutien

Dans une société qui prône sans cesse l’idéal de la peau lisse et qui a le poil féminin en horreur, les femmes sont nombreuses à s’adonner à la douloureuse corvée de l’épilation. La créatrice de contenu @grwtzi, qui a d’innombrables tutoriels esthétiques à son actif, elle, a résisté à la pression esthétique et laissé la cire au placard. Elle a accompli son make-up sur un visage duveteux et les internautes ont applaudi cette présentation naturelle, vierge de tout filtre.

Une mise en beauté avec poils intégrés

Sur les réseaux sociaux, les amatrices de beauté, qui collectionnent les cosmétiques, partagent leurs dernières trouvailles en rayon et leurs astuces secrètes pour sublimer chaque centimètre carré du visage. Ces femmes, qui donnent le ton de nos vanitys et qui transforment de simples apparences en hashtags tendances, veillent à rester irréprochables dans le viseur de la caméra.

La plupart d’entre elles exécutent leurs coups de pinceau sur une peau aussi polie que celle de Barbie. Il faut dire que lors de ces mises en beauté ultra zoomées, l’objectif capte le moindre détail : une petite veine invisible à l’œil, une trace de dentifrice ou un duvet, visible seulement dans la lumière lancinante d’une ring light.

Avant d’entamer cette démonstration de glow sur place publique, elles s’assurent de correspondre un minimum aux traditionnels standards pour ne pas « heurter les yeux », ni devenir la risée de la toile. Pour que les regards se concentrent sur le sujet principal et ne dévient pas sur un autre élément secondaire du visage, elles s’assurent d’être conformes au physique exigé. La créatrice de contenu @grwtzi, elle, a choisi une autre approche, moins romancée et plus fidèle à la réalité de nombreuses femmes. Parce que les poils font aussi partie du décor et s’inscrivent dans le package du corps humain, elle a présenté son make-up avec son duvet en évidence.

Elle aurait pu ajouter un filtre avant publication, tricher avec d’autres manigances 2.0 ou donner l’illusion d’une épilation laser en passant par l’IA, mais elle a pris le parti de l’honnêteté pour le bien de toutes. Alors que la société applique la tolérance zéro avec le poil féminin et les juge contraire à l’élégance, @grwtzi, elle, prouve qu’un duvet n’est pas une faute de goût, ni une entorse au raffinement.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Tziporah (@grwtzi)

Une image qui ne ment pas et qui trouve de nombreux échos

Volontaire ou non, la créatrice de contenu, qui a de multiples provisions en poudre, en crème et en sticks, a sélectionné le plan le plus rapproché de son téléphone pour partager sa dernière œuvre esthétique. Avec ce focus presque microscopique, impossible de brouiller la présence de ces poils qui font office de barrière cutanée. Face à ce minois, préservé des diktats et laissé à l’état brut, comme le voudrait la logique biologique, les commentaires auraient pu être malveillants et très hostiles.

Pourtant, là où la haine pousse généralement aussi vite que des poils taillés au rasoir, il y a surtout eu de la reconnaissance et des remerciements. À en croire les retours virtuels, les femmes avaient grand besoin de ce retour au naturel et de cette vidéo, aux antipodes des contenus édulcorés. « Tellement agréable de voir une peau naturelle et à quel point la peau et le maquillage ressemblent réellement sans filtre« , dit l’une tandis que les autres s’arrêtent seulement sur la technique et l’application parfaite du fard à paupières.

Les hommes, toujours fidèles au poste quand il s’agit de faire des leçons de beauté aux femmes alors que leur corps ressemble à un terrain en friche, se sont empressés de glisser un émoji « rasoir » ou un mème à l’effigie du Grinch. Certains, qui confondent BTP et art de l’apprêt, se permettent même des métaphores médiocres : « Avant de peindre, il faut nettoyer la surface ». Pourtant, ces ignares du makeup ne savent pas faire la différence entre un blush et un khôl et n’avaient aucune raison de s’arrêter sur cette vidéo, à part pour critiquer ce qu’ils ont en version XXL.

Normaliser les poils du visage sans en faire toute une affaire

Cette vidéo, qui n’est qu’une inoffensive expression artistique, est rapidement devenue une affaire d’état, un débat collectif où chacun a son mot à dire. Les hommes, qui n’ont pas dû voir beaucoup de femmes de près et qui n’ont que pour seule référence les modèles retouchés des publicités, ont comparé cet infime duvet à une barbe inacceptable.

Ils se sont scandalisés de ces poils qu’ils ont pourtant l’habitude de croiser chaque jour dans leur miroir. Ils ont dramatisé un phénomène bien banal, qui accompagne les corps depuis l’ère de l’homosapiens. Preuve que les poils ne sont pas en terrain conquis sur tous les corps et que la société a réussi son lavage de cerveau. Avec cette loupe grossissante posée sur sa peau parée de mille éclats et de reliefs, @grwtzi ne s’attendait pas à recevoir un déferlement de tendresse, ni à faire l’expérience d’une indulgence collective. Elle savait que les pupilles ne se limiteraient pas au périmètre de son make-up et trouveraient des éléments d’accusation. Et même en connaissance de cause, elle n’a pas modifié la texture de son visage.

Finalement, ce qu’elle fait à travers cette vidéo, c’est de la pédagogie douce. Elle enseigne l’art de l’acceptation sans le clamer haut et fort, ni le mentionner en légende ou surfer sur des hashtags militants. C’est justement là toute la symbolique du geste : elle normalise ce que la société maudit depuis des siècles de la façon la plus décomplexée qui soit.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

À 22 ans, cette femme porteuse de trisomie 21 devient instructrice de fitness et fait tomber les préjugés

Née avec un chromosome supplémentaire, Aubry Alldredge semble surtout avoir l’optimisme qui coule dans ses veines et la...

Prothèse oculaire : ses complexes la mènent au TOC, avant de devenir un message d’acceptation

Dotée d’une prothèse oculaire qui imite l’original et qui célèbre ses yeux verts, la créatrice de contenus @iloha_benvenuti...

Ce n’est pas votre corps qui change, c’est la mode qui recommence

Vous voyez passer des contenus « kinda chic » et, au détour, l’idée que « skinny » serait redevenu désirable. Plutôt que...

La Fashion Week n’avait prévu aucune mannequin grande taille, elle est revenue avec les siennes

À ThickCon 2026, à Atlanta, Kimberly Beasley construit un espace où les personnes grande taille ne portent plus...

Ce n’est pas votre ventre le problème, c’est qu’il soit le seul surveillé

Après 50 ans, beaucoup de femmes disent que leur ventre devient une zone sensible. Plutôt que d’y voir...

Pas d’abdos visibles, mais une force impressionnante : il bouscule les clichés sur les corps sportifs

Selon une vieille croyance, les années d’inscription à la salle de sport devraient se lire sur la silhouette...