À la base, ce n’était qu’une simple vidéo mode : l’innocente présentation d’une collection de chaussures haut perchées. Cependant, ce qui devait être un banal défilé improvisé est rapidement devenu un procès esthétique. Au lieu de noter le design de ces souliers de princesse, les internautes les plus malveillants ont évalué un autre détail, physique.
Quand des poils attirent plus l’attention que des chaussures
La créatrice de contenu @carolenavmusic ne s’attendait pas à un tel déferlement de haine en exposant ses paires d’escarpins féériques. Dans une vidéo qui a largement dépassé le million de vues, cette chanteuse de profession, dont le feed Instagram est un pêle-mêle de démonstration audio et de “haul” à hauteur des chevilles, présente le meilleur palmarès de son shoesing. Elle entreprend alors un jeu de jambes digne des professionnelles du podium dans l’intimité de son salon. Lors de ce grand déballage mode, elle fait toujours un gros plan sur ses pieds. C’est un peu sa direction artistique et à juste titre.
Cette femme, qui a certainement plus de paires de chaussures que de vêtements avec lesquels les porter, arbore alors des sandales à plateforme semblables à celles des Bratz, des modèles inspirés de la Renaissance mais aussi des paires rose bonbon qu’elle semble avoir emprunté à Barbie. Cette vidéo, tournée dans la fierté la plus pure, a récolté les éloges des fines connaisseuses du style et des amatrices des tableaux Pinterest. Cependant, elle est également devenue le théâtre de nombreuses critiques, totalement hors sujet.
Des internautes, visiblement venus pour faire un rappel des diktats de beauté, se sont fait les avocats du diable. Ils ont manifesté leur dégoût envers les jambes velues de la principale protagoniste à renfort d’émoji nauséeux et d’adjectifs écoeurés. “Je pensais que c’était un homme”. “Quel est l’intérêt des ces chaussures si vous avez des jambes de mecs ?”. “Et si on commençait une collection de rasoirs ?”. Malgré des années de désensibilisation à la peau lisse, épilée au millimètre, nombreux sont ceux qui s’étonnent encore de voir des poils au féminin. Ce phénomène naturel, propre à tous les êtres humains, semble être un crime ultime chez les femmes voire une faute de goût.
@carolenavmusic I used to own 30+ heels look at me now ms minimalist 🫶🏻💕 #heelcollection ♬ Naughty Girl – Beyoncé
Des commentaires qui illustrent la pression esthétique des femmes
Ces commentaires, qui perpétuent de vieux discours marketing, laissent penser que les poils sont de trop sur le corps des femmes et ne peuvent pas cohabiter avec des escarpins à froufrous, ni d’autres éléments fantaisie. Alors que les vraies fashionistas et les disciples de la bienveillance se disent trop occupées à admirer les chaussures mises en avant pour se concentrer sur l’arrière-plan, les semeurs de haine, eux, font la propagande de la peau de pêche. Comme si les poils ne poussaient que sur des silhouettes masculines ou par la seule magie de la testostérone.
C’est ce genre de critiques non sollicitées qui force les femmes à couvrir leurs jambes en friche sous d’épaisses couches d’habit, à renoncer à une baignade sous prétexte que leurs jambes ne sont pas présentables et à perdre 72 jours de leur vie à s’épiler. Tandis que les poils sont synonymes de virilité chez les hommes et sont même un symbole positif, ils évoquent le laissé-allé lorsqu’ils se révèlent dans la rainure d’une jupe.
Heureusement, la créatrice de contenu a l’air d’être totalement hermétique au regard des autres. Bien loin de se laisser gagner par les complexes ou la honte, elle refuse de débroussailler ses jambes pour faire plaisir à la société. Au contraire, elle veut que les yeux s’habituent à cette apparence, pour qu’elle ne soit plus “grossière” mais ordinaire.
Rappel : pilosité et féminité ne sont pas des termes contradictoires
Si dans la barre des commentaires, les internautes venimeux supposent que les poils entachent le style de cette femme et gâchent le potentiel de ses chaussures taillées pour les contes Disney, ce n’est qu’une vieille légende. On a tellement été éduquée à voir des femmes à la peau veloutée, sans l’ombre d’un poil, que l’on a fini par croire que c’était la norme, la règle à suivre. Or, les poils sont sains sur tous les corps et restent une réalité universelle, pas une histoire de genre.
Mais sous l’impulsion de hashtag comme “je garde mes poils” ou “les princesses ont des poils”, la pilosité féminine se raconte autrement. Pas comme un interdit mais un droit. La créatrice de contenu adhère totalement à ce mouvement de libération. Elle a même écrit une chanson en son honneur, intitulée “REVOLUTIONHAIRY”. Elle se plaît d’ailleurs à les mettre en plis et à les coiffer de façon artistique comme elle le ferait avec ses cheveux.
Au 21ème siècles, les poils féminins ne devraient plus être un problème, ni provoquer un choc visuel. Ils ne devraient même pas attirer l’attention. Et des femmes comme Carolena donne un autre exemple de féminité, plus réaliste et accessible.
