« Je suis Thaïlandaise et j’ai des formes » : elle renverse les diktats

Dans un pays qui revendique une taille fine digne des héroïnes de Manga, ses courbes sont jugées hors normes. Toutefois, pas question pour Pattamaporn de changer cette morphologie plantureuse que la génétique lui a donnée. Elle va à l’encontre des standards de beauté stricts de la Thaïlande et laisse son corps vivre à sa guise, en mêlant esthétique kawaii et minimalisme chic.

La Thaïlande, pays de tous les diktats

Si autrefois, les rondeurs étaient signe de bonne santé et régnaient sur les courbes des femmes, aujourd’hui elles désertent le corps sur fond d’injonctions. Les mannequins modernes sont bien loin des muses bien en chair de Rubens. Certains pays comme le Maroc acclament encore ces morphologies d’antan, tout en reliefs, mais d’autres les chassent des silhouettes. En Thaïlande, les courbes sont tolérées à des endroits très précis du corps : sur le buste et après la chute de rein. En revanche, ailleurs, rien ne doit dépasser. Il faut presque pouvoir faire le tour de sa taille avec ses deux mains. Souvent qualifiées de « femmes de poche » les Thaïlandaises sont devenues des « fantasmes » à elles seules.

Jambes longilignes qui ne se frôlent pas d’un centimètre, peau immaculée, voire presque diaphane, sans l’ombre d’un poil et surtout silhouette en sablier parfaitement répartie. En Thaïlande comme dans d’autres régions du globe, les standards de beauté pèsent sur le reflet des habitantes. Les diktats remontent même jusqu’au visage, imposant une mâchoire fine, un menton pointu, des lèvres pleines et des yeux ronds. Finalement, la femme thaïlandaise doit être une réplique de ces pin-up croisées dans les bulles des mangas. Au pays du sourire, les femmes nées dans un corps charnu sont boudées. Les mannequins plus size sont quasiment inexistantes là-bas, preuve d’une véritable diabolisation des courbes.

Pattamaporn Pui, fashionista locale connue sous le pseudo @ppuijub, elle, n’a pas un physique paramétré, elle a juste un corps qui vit. Cette modeuse, qui se plaît dans des hauts à volant coquets, des pantalons cargo et des robes moulantes, ignore toutes ces images lisses et lustrées que la société lui renvoie. Elle ne correspond pas à l’idéal de beauté de son pays et elle en est fière.

 

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Montrer un nouveau modèle, plus accessible

Frimousse joufflue, décolleté bien rempli, hanche développée et jambes généreuses. Elle a un corps dessiné par la nature, pas moulé dans les diktats. Alors que de nombreuses femmes thaïlandaises succombent à la chirurgie esthétique et sacrifient leurs particularités pour ressembler à madame tout le monde, Pattamaporn, elle, préserve ce qui la rend unique. Si dans son pays, les singularités sont vouées à disparaître sur la silhouette, elle s’attèle à les honorer. Comment ? À travers l’art de la mode.

Pattamaporn est une passionnée d’étoffes fantaisie. Elle partage d’ailleurs ses trouvailles au gré de « haul » et de vidéos « unboxing ». Difficile de qualifier son style avec un seul mot tant il est variable. Elle peut porter un maillot de baseball et un jean loose un jour et une robe girly fuchsia le lendemain. Cette fashion-addict, qui connaît le langage de la mode par cœur, sublime chaque centimètre carré de son corps avec des vêtements qui savent attirer l’attention. À la croisée de l’esthétique kawaii, du quiet luxury et du cottagecore, Pattamaporn prouve que les femmes thaïlandaises ne sont pas toutes des duplicata.

 

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Aller au-delà du cliché de la femme thaïlandaise

Dans l’imaginaire collectif, la femme thaïlandaise a un corps mince, une chevelure brune, une peau de poupée et des formes hissées à des points culminants de la silhouette. Sa tenue de prédilection ? Des chaussettes montantes assorties d’une mini-jupe et un chemisier d’écolière. Cette image préfabriquée vient, en partie, de la culture manga et des films pour adultes. Réduit à de la marchandise, le corps des femmes thaïlandaises est inlassablement détourné.

Avec ses courbes illimitées en étendard, Pattamaporn délivre un portrait plus juste et neutre de la femme thaïlandaise. Même si dans ce pays, les gabarits sont presque tous en format unique, Pattamaporn prouve qu’il y a des exceptions et que les courbes ne sont pas « de trop ».

 

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La Thaïlande s’évertue à vendre une silhouette extra fine et à faire culpabiliser celles qui vont au-delà du 42. Pourtant, elle a un taux d’obésité de 32,2 %. C’est de l’hypocrisie pure. Finalement, les femmes rondes sont dans la norme, pas les mannequins à l’affiche des pubs.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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