On lui a souvent dit qu’elle devrait choisir entre la maternité et sa carrière scientifique, mais Kellie Gerardi a décidé de concilier les deux. Huit semaines seulement après avoir accouché de sa fille, elle est retournée à son poste dans les carcasses confinées des navettes spatiales. L’astronaute, 90ème femme à s’être envolée en orbite, est une pionnière : elle a tiré son lait en apesanteur pour faire progresser les recherches. Un accomplissement symbolique pour cette maman, qui a bien trouvé sa place parmi les étoiles.
Tirer son lait en apesanteur, mission accomplie pour Kellie Gerardi
C’est une image qui a fait le tour des réseaux sociaux et qui a touché 3,5 millions de personnes à travers le monde. Celle d’une astronaute en lévitation, faisant flotter les poches de son tire-lait et affichant sa récolte lactée du jour. Le sourire accroché aux lèvres et la combinaison marine fièrement portée, Kellie Gerardi a accompli un exploit supplémentaire dans sa brillante carrière et celui-ci a le goût d’une victoire personnelle.
Il y a encore huit semaines, l’astronaute chevronnée qui a d’ailleurs une barbie à son effigie, était à la maternité en train de célébrer la naissance de sa fille. Sur son petit nuage depuis l’arrivée de cet enfant obtenu par FIV, qu’elle considère comme un cadeau du ciel, l’astronaute n’a pas tardé à reprendre du service dans les airs.
Sa période de post-partum, moment éprouvant pour de nombreuses femmes, elle l’a passée aux commandes d’un vaisseau, en microgravité. Celle qui fait partie de la « minorité numérique » dans ce secteur spatial qui ne compte que 85 femmes pour 644 astronautes a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire. La citation « vers l’infini et au-delà » lui colle à la peau.
Cette femme défie les lois de la gravité, mais également celle de tout un milieu, qui exige souvent de faire des sacrifices et qui demande aux femmes de trancher entre vie de famille et rêve de fillette. « Je compatis sincèrement avec les femmes qui se sentent obligées de reprendre le travail avant d’être prêtes, mais ce n’est pas mon cas », défend elle dans une publication autour de son rythme de vie « vaisseau, boulot, berceau ».
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Cet acte est un pas de géant pour la santé féminine
Kellie Gerardi, qui a éclipsé le mot « impossible » de son vocabulaire et qui ne freine jamais devant les obstacles, est partie à la conquête du respect et de la reconnaissance collective. Elle a tiré son lait en microgravité lors d’un vol parabolique pour l’IIAS, non pas pour s’attirer des éloges, mais dans l’espoir de faire de nouvelles découvertes sur la physiologie des mères. Cet écrin transparent rempli de nectar maternel n’a pas vocation à nourrir son nourrisson mais à enrichir les connaissances autour du corps féminin.
Le but de cette expérience qui fait d’elle une pionnière ? Éclairer les zones d’ombre autour du lait maternel et étudier ses changements dans des conditions particulières, comme la microgravité ou une forte accélération. « Notre équipe scientifique mène en fait de multiples études de lait maternel. Du pompage en microgravité pendant les vols paraboliques dont composition, lipidomique, avant notre deuxième vol spatial scientifique l’année prochaine », précise-t-elle en légende.
Au-delà de s’attaquer à un sujet longtemps occulté par les scientifiques, majoritairement masculins, Kellie Gerardi œuvre également pour une meilleure prise en charge de la maternité dans son métier. Parce que les femmes ne devraient pas subir un arrêt forcé pour allaiter leur bébé, ni mettre leurs ambitions en pause.
Astronaute et mère de famille, elle est le visage du changement
Si l’astronaute passe ses journées dans les confins de l’espace, les astres n’ont pas toujours été alignées pour la trentenaire nommée « femme de l’année » par le Time et USA Today. Elle a traversé des zones de turbulences dans sa vie intime, endurant huit ans d’infertilité secondaire et subissant une fausse couche. Elle a d’ailleurs documenté son parcours de FIV sur son compte Instagram pour donner une autre vision de la maternité, plus réaliste et authentique, loin des contenus idylliques.
Aujourd’hui, elle se sent chanceuse d’avoir une petite fille, qu’elle a appelé Max Q en clin d’œil à l’univers spatial. Pour elle, c’est un petit miracle. Cet enfant, durement conçu, l’encourage à se battre doublement pour une société plus juste et équitable. Parce que si Kellie Gerardi vise sans cesse la lune, elle reste terre à terre. Elle sait qu’il y a encore beaucoup d’efforts à fournir pour obtenir la parité et aménager décemment le poste de travail des mères.
Alors que les femmes sont encore des exceptions dans le domaine spatial, l’astronaute Kellie Gerardi – qui est l’incarnation vivante de la persévérance – fait ainsi de chaque action un manifeste, un événement progressiste.
