Ce que la neuroscience révèle sur notre difficulté à ralentir

Malgré les incitations à la méditation, les cures de silence, les retraites sans téléphone et les discours autour de la paix intérieure, on peine à ralentir la cadence et à s’accorder des pauses. Faire une simple sieste de vingt minutes apparaît comme une perte de temps face à tous nos impératifs et nos to-do-lists à rallonge. Dans un monde en constante ébullition, le repos reste un concept flou, voire une utopie. Or, nous ne sommes pas programmés pour être speed, c’est la société qui nous force à l’être.

Le repos, si difficile à mettre en pratique

Le repos est presque devenu une religion. Sur les réseaux sociaux, les âmes spirituelles se filment en position du lotus, montrent comment stimuler le nerf vague et font l’éloge des bains sonores. Écoute de bruit blanc, séance d’auto-hypnose, initiation à la flottaison ou encore rituels de pleine conscience, toutes les techniques sont bonnes pour lâcher prise et décélérer. Pourtant, lorsqu’on ferme les yeux cinq minutes, on ne se projette pas au paradis, on pense au linge à étendre, au repas du soir et aux factures à régler. Si certains se plaisent à flâner sans but précis et se détendent dès la playlist “bruit de vague” lancée, d’autres sont des électrons libres et subissent le repos plus qu’ils ne l’apprécient.

Même pendant nos jours de congés, on s’active et on remplit notre agenda de tâches pourtant sans urgence. Au lieu de nous allonger dans la prairie à observer les nuages ou de faire des câlins prolongés à notre transat, on cire les meubles de notre maison, on fait de la poterie dans des cafés branchés et on teste la nouvelle salle de sport à infrarouge de notre ville. On culpabilise à la simple idée de s’étendre dans un hamac et de se laisser bercer par le chant des oiseaux. Le seul moment où l’on reste au lit, sans distraction, c’est quand on est malade avec 39° de fièvre.

Or, le repos ne devrait pas être un apprentissage formulé sous des hashtags. Il est censé être inné. C’est ce que démontre une étude de l’Université Harvard. À l’époque, les chasseurs-cueilleurs restaient au campement et s’adonnaient à des activités “douces”, “peu exigeantes physiquement” décrivent les chercheurs. C’est la société moderne qui a façonné des êtres agités. D’ailleurs, une activité constante est souvent le reflet d’un système nerveux bloqué en mode “combat ou fuite”.

Se reposer dans un monde surproductif, quasi impossible

Les objets bien-être et les technologies à visée méditative pullulent dans les rayons et nous ramènent inlassablement à nos échecs de bien-être. Entre les casques de massage innovants, les trackers de santé qui suivent le rythme cardiaque en temps réel, les diffuseurs d’huiles essentielles connectés et les ceintures de respiration, nombreux sont les gadgets qui répondent à ce besoin de quiétude. Or, paradoxalement, la société compare celles et ceux qui aspirent à la sérénité à des flemmards de compétition.

À l’heure où il faut sans cesse faire ses preuves et où chaque petit accomplissement s’expose en story Instagram, difficile de prendre plaisir à contempler le ciel ou à rester statique face à la rivière. Quand on se pose sur les coussins de notre terrasse ou que l’on s’enfonce dans le canapé, on s’en veut presque de ne pas être productif. On a l’impression de “gaspiller” notre temps libre ou de ne pas l’utiliser à bon escient. On ressent presque un inconfort à l’idée de ne rien faire, de ne pas “performer”.

“Nous vivons indéniablement dans une société où il faut constamment démontrer le fruit de son travail. Or, lorsqu’on se repose et qu’on récupère, il n’y a rien à montrer. Cela ne semble pas correspondre à l’idée d’optimisation des performances” avance Sophie Fluri, neuroscientifique, auprès de Stylist.

À l’ère moderne, le repos est devenu un luxe

À en croire les images ressourçantes croisées sur la toile, le repos ne se résume plus à une sieste en plein air et à une balade oxygénante. Si autrefois il suffisait simplement de regarder par la fenêtre, d’écouter le vent soufflé dans les arbres ou de fermer les yeux pour se reconnecter à soi et faire un “reset mental”, aujourd’hui, c’est plus sophistiqué. Même le repos en lui-même est devenu une démonstration de force.

Bains de gong, retraite spirituelle dans des bâtisses cossues reculées, séjour bien-être à trois chiffres avec programme millimétré ou encore thérapie par contraste prescrite dans des hôtels cinq étoiles. Se reposer est passé d’une activité minimaliste à un loisir élitiste à en juger les contenus 2.0. Or, nul besoin de craquer son épargne pour s’accorder une parenthèse régénérante et faire l’expérience de la lenteur. « S’engager un peu envers soi-même, c’est prouver qu’on est important. Les petites habitudes sont souvent les plus faciles à adopter et celles qui ont le plus grand impact » rassure la spécialiste.

Finalement, si on échoue régulièrement dans l’art de ralentir, c’est peut-être parce que la société nous a persuadés que le repos était une défaite plus qu’un gain. Cependant, les études le prouvent : se reposer, c’est se recharger intérieurement et prolonger son espérance de vie.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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