Pourquoi le nom du « Syndrome des ovaires polykystiques » pourrait bientôt évoluer

Longtemps critiqué pour son inexactitude, le nom du syndrome des ovaires polykystiques est en train de changer. Un consensus mondial d’experts vient d’acter une nouvelle appellation, jugée plus fidèle à la réalité de la maladie.

Un nouveau nom validé par un consensus mondial

C’est une décision qui concerne des millions de femmes. À la mi-mai 2026, un consensus international publié dans la revue The Lancet, puis présenté lors du Congrès européen d’endocrinologie à Prague, a entériné le changement de nom du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). La pathologie est désormais appelée polyendocrine metabolic ovarian syndrome, ou PMOS — que l’on peut traduire par « syndrome ovarien métabolique poly-endocrinien », étant entendu que l’acronyme officiel reste anglophone.

Ce nouveau nom n’a rien d’arbitraire. Il est l’aboutissement d’un travail collectif d’une ampleur inédite, réunissant plus de 50 organisations de patientes et de professionnels de santé. Le processus s’est appuyé sur des enquêtes mondiales rassemblant des dizaines de milliers de réponses, ainsi que sur des ateliers réunissant patientes et spécialistes de différentes disciplines, afin que la terminologie retenue fasse l’objet du plus large accord possible.

Un nom jugé trompeur depuis de longues années

Si le terme « ovaires polykystiques » est aujourd’hui abandonné, c’est parce qu’il a longtemps été considéré comme inexact, voire contre-productif. Malgré son nom, de nombreuses patientes ne présentent aucun kyste ovarien, alors même que l’appellation laisse penser le contraire. Cette confusion a eu des conséquences très concrètes : des diagnostics tardifs, une prise en charge fragmentée et une forme de stigmatisation autour de la maladie.

Le débat n’est d’ailleurs pas nouveau. Dès le début des années 2010, un panel d’experts réuni aux États-Unis avait déjà recommandé de rebaptiser la pathologie, estimant que le nom existant constituait une source de malentendus susceptible de retarder le diagnostic. Il aura fallu plus d’une décennie de discussions pour que cette intuition débouche enfin sur une nouvelle nomenclature partagée à l’échelle mondiale.

Une maladie bien plus complexe qu’une simple « histoire de kystes »

Le cœur du problème tient à la nature même de cette affection. Réduire la maladie aux ovaires revenait à passer à côté de l’essentiel. Il s’agit en réalité d’un trouble hormonal complexe, aux manifestations multiples, qui touche plusieurs systèmes de l’organisme : endocrinien, métabolique, reproductif, dermatologique et même psychologique.

Concrètement, la pathologie peut se traduire par des cycles menstruels irréguliers, des difficultés à concevoir, une pilosité ou une chute de cheveux d’origine hormonale, de l’acné ou une prise de poids. Elle est aussi associée à un risque accru de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la maladie concerne environ 10 à 13 % des femmes en âge de procréer, mais près de 70 % d’entre elles ignorent qu’elles en sont atteintes. À l’échelle de la planète, on estime qu’elle touche plus de 170 millions de personnes, soit environ une femme sur huit.

Trois ans pour adopter la nouvelle appellation

Changer le nom d’une maladie aussi répandue ne se fait pas du jour au lendemain. C’est pourquoi une période de transition de trois ans a été prévue pour accompagner le passage du SOPK au PMOS. Durant cette phase, les guides de pratique clinique, les supports de formation médicale et les systèmes internationaux de classification des maladies seront progressivement mis à jour.

L’objectif affiché est double : améliorer le diagnostic en aidant médecins et patientes à mieux cerner la réalité de la pathologie, et réduire la stigmatisation qui lui est associée. Les promotrices du changement espèrent aussi qu’une dénomination plus juste favorisera la recherche et orientera plus tôt la prise en charge des risques métaboliques et cardiovasculaires.

Un changement qui ne fait pas totalement l’unanimité

Si le nouveau nom a été largement plébiscité, il suscite quelques réserves. Le maintien du terme « ovarien » dans l’appellation laisse de côté une hypothèse soulevée par certains travaux récents : l’existence possible d’une forme masculine de la maladie. Pour une partie des spécialistes, conserver une référence aux ovaires ne permet pas de rendre compte de cette piste encore à l’étude.

Ce débat illustre la difficulté de l’exercice : trouver un nom à la fois plus exact que le précédent, compréhensible par le grand public et suffisamment souple pour intégrer les connaissances futures. Le compromis retenu, le PMOS, est présenté par ses promotrices comme un progrès net, sans prétendre clore définitivement la discussion scientifique.

Derrière un simple changement de lettres se cache une avancée importante pour la santé des femmes. En délaissant un nom jugé trompeur, la communauté médicale entend mieux refléter la complexité d’une maladie longtemps sous-estimée et faciliter sa reconnaissance. Si l’adoption du PMOS prendra encore quelques années, le mouvement est désormais lancé — et il pourrait bien transformer la manière dont des millions de femmes sont diagnostiquées et accompagnées.

Clelia Campardon
Clelia Campardon
Diplômée de Sciences Po, je nourris une véritable passion pour les sujets culturels et les questions de société.

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