Il y a les reconversions qui s’expliquent « facilement », et puis il y a celle de Rei Onoda. Ancienne hôtesse de l’air chez Emirates, cette trentenaire Japonaise a troqué les vols internationaux et le skyline de Dubaï pour une maison vieille de 180 ans dans un village de montagne japonais, où elle cuit du pain chaque matin.
Quatre ans dans les airs, à Dubaï
Rei Onoda a travaillé pendant environ quatre ans comme hôtesse de l’air pour Emirates, basée à Dubaï. Une vie de voyages, d’hôtels et de fuseaux horaires – intense, stimulante, mais éloignée de toute idée de lenteur. De retour au Japon après son mariage, elle s’installe à Tokyo et rejoint une agence de relations publiques spécialisée dans le tourisme. C’est là qu’une autre vision commence à germer.
Le Japon rural comme révélation
Dans le cadre de son travail en relations publiques, Rei accompagnait des journalistes étrangers à travers tout le Japon – pas seulement les grandes villes, mais aussi les régions rurales méconnues. « J’ai réalisé à quel point il existait de magnifiques endroits que je ne connaissais même pas dans mon propre pays. J’ai commencé à envisager une vie plus rurale », raconte-t-elle. Puis la pandémie de Covid-19 a tout accéléré.
Le Covid comme déclencheur
Confinée dans un appartement près de la gare de Shibuya, à payer un loyer élevé dans un quartier fermé, Rei et son mari ont pris une décision radicale. Après deux ans de recherche, ils ont acheté une maison vieille de 180 ans dans le village de Kamijo, à environ 225 kilomètres au nord-ouest de Tokyo, pour 8,5 millions de yens – soit environ 50 000 euros. La propriété comprend 2,4 hectares de terres agricoles. Son mari a quitté son emploi dans la mode pour devenir agriculteur agréé, seul statut permettant d’exploiter ces terrains réglementés.
Une boulangerie née d’une contrainte
La rénovation de la maison en simple habitation s’est heurtée à des règles de préservation très strictes, trop coûteuses à respecter. Le couple a alors pivoté vers un projet de café-boulangerie, finançant l’ensemble – rénovation, équipement et travaux – pour un total d’environ 50 millions de yens, dont 29 millions de subventions publiques pour le développement régional et la préservation culturelle.
Trois ans de rénovation, une formation en boulangerie, un bébé
Parallèlement au chantier qui a duré trois ans, Rei a suivi une formation en boulangerie à Tokyo auprès d’un artisan formé en Allemagne. Elle est également tombée enceinte de son fils pendant cette période. La boulangerie Kamijyoan a ouvert il y a un an et demi. Rei s’occupe de la boulangerie – pain de campagne, pain de mie, pain de seigle, gâteaux et biscuits – tandis que son mari gère le café. L’établissement attire à la fois des habitants du village et des touristes. Le couple produit également une bière artisanale à la pêche.
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La communauté comme fondation
« Concilier la boulangerie et la maternité a été un défi. Mais j’ai appris à compter sur les autres », confie Rei. Le soutien des beaux-parents et de la crèche locale lui a permis de tenir. Et derrière chaque fournée, elle voit un message à transmettre à son fils : « Cette boulangerie existe grâce au soutien de la communauté locale. J’espère que mon fils, en grandissant, le verra et comprendra l’importance de construire quelque chose avec les autres et de ne pas abandonner ce en quoi l’on croit ».
De l’A380 d’Emirates à un four à bois dans une maison de 180 ans, Rei Onoda n’a ainsi pas choisi la voie « la plus simple ». Son histoire prouve toutefois qu’un changement de vie « radical », quand il est ancré dans une vision claire et une communauté solide, peut construire quelque chose de durable.
