En fauteuil roulant, elle s’inspire de son vécu pour créer une voiture électrique révolutionnaire

Ouvrir la portière, s’installer sur le siège conducteur, appuyer sur la pédale d’accélération ou sur l’embrayage. Pour les personnes qui ont la chance d’avoir des muscles fonctionnels et une carrosserie extérieure solide, ces gestes paraissent très intuitifs et relèvent presque du réflexe. Cependant, les personnes à mobilité réduite ne peuvent pas en dire autant. Pour elles, conduire nécessite plusieurs ajustements de l’habitacle et une certaine logistique. La jeune Tunisienne Khadija Jallouli, elle-même en fauteuil roulant, a donc imaginé une voiture électrique, accessible et inclusive pour compenser les lacunes des transports en commun.

Et si la liberté commençait par une portière ?

Le constat est terrifiant. Dans le métro parisien, seulement 29 stations sur 303 sont accessibles aux personnes à mobilité réduite et le chiffre baisse encore lorsque les ascenseurs sont en maintenance. Sur tout le territoire français, seuls 47 % des arrêts de bus sont pensés pour garantir leur sécurité et accéder aux banquettes avec le moins de difficulté.

Finalement, pour ceux que l’on appelle sans exagérer les « oubliées de la société », l’espace public ressemble ni plus, ni moins à un dédale de pièges, voire carrément à une dystopie à ciel ouvert. Le mouvement le plus banal pour les « valides » devient presque une formule mathématique ou un exercice éprouvant pour les personnes en situation de handicap.

Khadija Jallouli en a fait l’expérience des centaines de fois, son fauteuil électrique se heurtant contre le trottoir ou les autres rebords bétonnés. Un trajet de vingt minutes, pour ceux qui se tiennent sur deux jambes, dure quasiment le triple ou le quadruple de temps pour elle. Or, cette femme, qui carbure à l’empathie et qui marque les esprits par son sourire radieux, n’a pas une mentalité défaitiste. Au contraire, pour elle, chaque problème mérite sa solution. D’ailleurs, au mot « obstacles », elle préfère « challenges ».

Là, il fallait passer la seconde pour devancer une société plutôt poussive lorsqu’il s’agit de repenser les espaces avec un regard compatissant et une certaine ouverture d’esprit. La jeune tunisienne, entrepreneuse dans l’âme, s’est alors mise en tête de concevoir un véhicule à la pointe du handicap pour que les sorties du quotidien ne soient plus un parcours du combattant, mais une simple formalité. Ce qui était au départ un projet un peu idéaliste est devenu palpable.

 

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Quand un projet personnel devient une création d’utilité publique

Contrairement aux concepteurs automobiles de métier, Khadija Jallouli, elle, n’a pas dressé des plans depuis la chaise d’un bureau ni copié un modèle déjà pré-établi. Cette femme, novice dans le milieu de l’automobile, mais experte dans l’art de se débrouiller, s’est inspirée de ses expériences sur le terrain pour perfectionner la carrosserie et redessiner les contours de l’habitacle pour donner vie à un véhicule plus hospitalier et ergonomique. Khadija, qui a la persévérance pour deuxième prénom, a inventé une voiture révolutionnaire, qui relève du jamais vu. On peut même parler de prouesse technique. Grâce à sa société « Hawkar », ce qui n’était qu’un vague prototype est désormais une œuvre à forte valeur humaine.

Ce véhicule, qui s’apparente presque à un réjouissant carrosse pour ses utilisateurs, s’ouvre à l’arrière avec un coffre qui fait office de porte unique. À l’intérieur, le fauteuil roulant se mue en siège de pilote et ne fait qu’un avec le plancher. Au volant, une manette qui remplace les traditionnelles pédales et qui permet de contrôler la conduite. Il y a également une poignée intégrée pour éviter les mouvements de grande amplitude et rendre les manœuvres plus naturelles.

Cette voiture 100% électrique est également dotée d’un tableau de bord qui affiche les informations en temps réel pour des raisons évidentes de praticité. Autre particularité que les véhicules standards n’ont pas : cette voiturette au design futuriste se gare perpendiculairement au trottoir pour une descente sans embûches et des déplacements fluides. Pour les fans de voitures, ce modèle ressemble peut-être à un jouet, mais pour les personnes concernées, c’est une noble révolution, une voie vers l’autonomie.

Améliorer le quotidien des personnes en fauteuil, un moteur de vie

Ambassadrice de l’inclusivité, Khadija, qui tourne à l’énergie solaire, est surtout une pionnière. Elle est la première femme en Afrique à avoir commercialisé cette voiture électrique, qui figure parmi les plus abouties en matière d’accessibilité. Elle fait partie de ces personnes qui refusent de laisser les obstacles dicter leur trajectoire. Avec sa voiture électrique, elle ne cherche pas seulement à créer un nouveau moyen de transport : elle veut remettre la mobilité au cœur de l’autonomie.

À travers Hawkar, Khadija défend finalement une autre manière de penser l’automobile. Une voiture ne devrait pas seulement être conçue pour aller plus vite ou plus loin. Elle devrait aussi permettre à chacun de choisir sa destination et de prendre la route dans les meilleures conditions possibles.

Son parcours rappelle ainsi que certaines innovations ne naissent pas dans les grands laboratoires ni derrière les bureaux des constructeurs. Elles peuvent commencer sur un trottoir, face à un obstacle, dans un quotidien où chaque déplacement demande un peu plus d’anticipation. Et parfois, il suffit de regarder cet obstacle autrement pour y voir le début d’une nouvelle route.

Khadija Jallouli n’a donc pas seulement imaginé une voiture électrique. Elle a transformé les contraintes de son propre parcours en carburant pour avancer. Son fauteuil ne l’a pas éloignée de la route : il lui a permis d’en observer les virages, les détours et les impasses avec un regard différent.

Émilie Laurent
Émilie Laurent
Dompteuse de mots, je jongle avec les figures de style et j’apprivoise l’art des punchlines féministes au quotidien. Au détour de mes articles, ma plume un brin romanesque vous réserve des surprises de haut vol. Je me complais à démêler des sujets de fond, à la manière d’une Sherlock des temps modernes. Minorité de genre, égalité, diversité corporelle… Journaliste funambule, je saute la tête la première vers des thèmes qui enflamment les débats. Boulimique du travail, mon clavier est souvent mis à rude épreuve.

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