« Calmez-vous madame » : entre sexisme et injonction au calme

Si dans notre société, la colère de l’homme est considérée, par certain.e.s, comme l’affirmation de son « savoir » et de son « autorité », les femmes seraient atteintes de folie d’exprimer leurs émotions et leurs opinions et doivent plutôt « se calmer et se taire ». Hystériques, folles, agressives, irrationnelles… encore une fois, des injonctions au calme et au silence, qui visiblement, perdurent, même dans la sphère politique. On en parle.

« Calmez-vous, madame ; ça va bien se passer, ne vous vexez pas »

L’égalité homme-femme et le respect de la femme semblent passer au-dessus de la tête de notre ministre de l’intérieur. Vous l’aurez certainement vu et entendu, Gérald Darmanin a sorti récemment une de ses plus belles cartes de sexisme, lors de son interview avec la journaliste Apolline de Malherbe. Interrogé sur les chiffres sur les violences en hausse, le ministre accuse la journaliste d’aborder le sujet de façon « rapide » et « un peu populiste », pour ensuite lui dire « Calmez-vous, madame ; ça va bien se passer, ne vous vexez pas ».

Un « ça va bien se passer » qui nous rappelle une vidéo d’un homme surnommé Yoda qui explique comment il va s’en prendre à son ennemi. Une vidéo devenue mème et qui est utilisée sur Youtube par des anti-féministes. Pourtant, les propos sexistes et les injonctions à se calmer ne sont pas que les tares de Gérald Darmanin. Certains politiques cumulent de nombreuses séquences sexistes.

Rappelons que Nicolas Sarkozy, en 2007, avait utilisé les mêmes termes lors du second tour de l’élection présidentielle face à Ségolène Royal. « Calmez-vous, calmez vous, ne me montrez pas du doigt avec votre index pointé » et a ajouté pour couronner le tout : « Je ne sais pas pourquoi madame Royal d’habitude calme a perdu ses nerfs ».

Se mettre en colère, exprimer son mécontentement et donner son opinion sont des émotions que, visiblement, les femmes ne doivent pas montrer sous peine de se prendre des rhétoriques sexistes et des accusations sous-entendues d’hystérie.

Sois une femme et tais-toi

Les injonctions au calme et au silence ne sont pas propres à la sphère politique et ne sont pas les seules. Depuis toute petite et ce depuis des millénaires la femme a dû se soumettre à des diktats, découlant du patriarcat, pour être acceptées en société.

Une femme ne doit ni parler fort ni beaucoup. Elle doit être belle et mince… Et surtout, bien évidemment, la femme doit apprendre à contrôler et à étouffer ces émotions. Elle ne doit certainement pas exprimer sa colère, car sinon, c’est de la folie, de l’irrationalité et de l’hystérie.

Pourtant, les femmes ont maintes raisons de se mettre en colère et de dire nonle harcèlement sexuel, de rue, les abus et agressions, les discriminations à la maison comme au travail, les inégalités salariales, le sexisme ordinaire, toutes les attentes que la société place dans leurs corps. La liste est loin d’être exhaustive.

« Être en colère, c’est le plus souvent dire ‘non’ dans un monde où les femmes sont conditionnées pour dire… tout sauf ‘non’ », explique la journaliste Soraya Chemaly à Huffingtonpost

Des conséquences sociales & psychologiques

Eh bien malheureusement, ces injonctions ont des conséquences politiques, sociales, psychologiques et intimes sur les femmes. La première est la domination masculine persistante et enracinée qui se perpétue de génération en génération.

En grandissant avec l’idée qu’exprimer sa colère c’est être folle, certaines femmes et filles tentent inconsciemment de paraître « rationnelles » et vont la plupart du temps garder le silence et n’osent plus dire non. Résultat : des hommes et des femmes stéréotypé.e.s, même en 2022.

Autres conséquences des plus graves : les violences faites aux femmes, le harcèlement et les féminicides. Par leur soi-disant « autorité » et « supériorité » attribuée par des stéréotypes archaïques, certains hommes profitent, abusent et violent des femmes. En effet, le collectif Féminicides par Compagnons ou ex a fait état de 113 féminicides en France en 2021 et déjà de 14 en 2022.

Mais, aujourd’hui en 2022, les femmes disent non ! Elles utilisent leur colère pour faire bouger les lignes. Elles s’engagent et se battent pour leurs droits, leurs libertés et pour leur vie. Les mouvements #Metoo, #balancetonporc et les nombreuses dénonciations sont la preuve du pouvoir de la réappropriation de la colère. Et tant mieux !

Shem's Tlemcani
Shem's Tlemcani
Je suis passionnée par les sujets sociétaux et la santé. Mon intérêt pour les questions sociales me pousse à explorer des enjeux tels que la lutte contre la pauvreté, l'éducation et le changement climatique. En matière de santé, je m'investis dans les domaines du bien-être, de la nutrition et de la prévention des maladies. Je m'efforce de rester informée et d'utiliser ma voix pour sensibiliser et encourager le débat et l'action sur ces sujets cruciaux.

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