Maltraitance économique : une forme de violence conjugale passée sous silence

Moins visible que la violence physique, l’emprise économique d’un.e partenaire sur l’autre est un des premiers signes de violence dans le couple. En effet, en empêchant l’autonomie financière, l’abuseur.se empêche sa victime de s’échapper de son emprise. Il peut lui être impossible d’avoir accès à ses comptes, son salaire, son/sa conjoint.e peut contrôler toutes ses dépenses, des plus basiques aux plus vitales… Quelques conseils pour reconnaître cet aspect méconnu des violences au sein du couple.

Une violence sans trace, sans bleu, sans assistance

Les violences conjugales ont plusieurs formes. Il y a les violences sexuelles, et celles physiques, qui passent des coups et aux féminicides. Il y a les violences verbales et psychologiques, qui vont du chantage aux menaces, jusqu’à l’emprise émotionnelle. Mais il existe aussi les violences administratives et économiques. Au sein d’un couple, elles se traduisent par un contrôle du flux d’argent. Une maltraitance bien réelle, mais invisible.

« Les diverses enquêtes montrent que la violence économique est présente dans la majorité de cas de violence conjugale », explique la Global Thinking Foundation

La violence économique vise à contrôler et dominer financièrement l’autre. Il s’agit de la gestion exclusive du compte bancaire par le.a conjoint.e, l’interdiction d’utiliser la carte bleue, les reproches liés aux dépenses, ou encore l’interdiction d’avoir un travail rémunéré. L’argent devenant un moyen de pression qui empêche matériellement les victimes de violences conjugales de sortir de la relation abusive. Sans logement ni rien en cas de séparation, elles sont alors sous l’emprise totale du/de la conjoint.e.

Une violence difficile à percevoir pour ses victimes

Dans un premier temps, il faut que la victime de violences économiques (ou administratives/psychologiques) comprenne qu’elle subit une réelle violence. Car il y a derrière ces comportements violents une manipulation psychologique de la victime, quelque chose de très infantilisant pour elle, si bien qu’elle a du mal à croire en elle-même et en son bon jugement. Pour s’en sortir, il faut aussi qu’elle puisse se sentir légitime à demander de l’aide pour violences conjugales.

« Au niveau associatif, il y a un gros travail pour déconstruire ces phénomènes sexistes auprès des femmes et leur faire prendre conscience qu’elles ne sont pas coupables, et que leurs conjoints exercent une emprise. Cette étape est d’autant plus compliquée que les violences économiques sont souvent insidieuses et qu’elles s’inscrivent dans un cadre sociétal déjà inégalitaire pour les femmes », explique Françoise Brié, porte-parole du réseau Solidarité Femmes à France 24

Notre société patriarcale porte également un lourd héritage, dans lequel la femme dépendrait « naturellement » des rentrées d’argent de son mari. Jusqu’en 1965, la gestion de l’argent était d’ailleurs genrée et inscrite dans la loi. Si bien que les femmes mariées ne pouvaient ni ouvrir un compte bancaire ni exercer une activité professionnelle sans l’autorisation de leur mari.

4 phases pour reconnaître la violence économique

La Global Thinking Foundation a observé 4 phases fréquentes dans « l’escalade » des situations de violences économiques. Dans la première, le.a conjoint.e s’occupe de la gestion du compte bancaire joint ou encore des investissements et des opérations extraordinaires, sans jamais demander l’avis de l’autre.

Dans la deuxième phase, l’abuseur.se peut « reconnaître une rémunération périodique à son/sa partenaire, ou concubin.e, et exercer un contrôle sur sa gestion ». Il.elle peut également exiger à l’autre des relevés détaillés de chaque dépense, lui nier l’accès aux comptes courants et à la gestion du budget familial, ou encore lui cacher le montant des revenus du foyer.

La troisième phase peut se traduire par un.e conjoint.e qui ne donne de l’argent à l’autre uniquement pour les courses du foyer. Souvent, de manière hebdomadaire ou mensuelle, et de manière insuffisante, jusqu’à ce que l’autre ne puisse pas acheter des médicaments ou des soins médicaux. L’abuseur.se peut aussi « empêcher l’autre d’utiliser les moyens de paiement, voire les lui soustraire. »

La dernière phase de « l’escalade » présente des situations aux plus lourdes conséquences. L’abuseur.se profite de l’argent de son/sa partenaire, par exemple en dilapidant le patrimoine de la famille ou de son/sa conjoint.e. Il.elle peut faire endetter l’autre pour des achats de biens mis à son nom, faire signer à son/sa conjoint.e des chèques sans provision. En vue de la séparation, le.a conjoint.e peut aussi vider le compte courant de son/sa partenaire.

Des conseils pour limiter les répercussions des violences économiques

Quelques stratégies permettent d’éviter la violence économique. La première est de préserver son autonomie financière en possédant un compte personnel, et si possible, un salaire mensuel à son compte (ou l’accès libre à l’argent du couple). Il faut discuter des priorités financières du couple, et partager à deux les achats pour le foyer.

Ensuite, il faut pouvoir exiger une connaissance égalitaire aux le niveau exact des revenus et des dépenses du couple, le solde des comptes bancaires, les relevés de placements et les dossiers de crédit. Même si une seule personne est responsable des finances dans le foyer, tout le foyer doit avoir accès aux informations librement, sans avoir à demander la permission.

Très important, il ne faut jamais signer des documents administratifs (banques ou assurances) sans connaître leur nature et leur utilité. Et ne pas accepter les remarques qui remettent en question ses compétences financières. Pour cela, il faut pouvoir s’éduquer sur les questions financières, afin d’être en mesure de former votre opinion.

Connaissiez-vous cette forme de violence conjugale ? Que pensez-vous qu’il soit nécessaire de réaliser, au niveau gouvernemental, pour en finir avec les violences économiques ? Venez partager vos impressions sur notre forum !

Cindy Viallon
Cindy Viallon
Journaliste free-lance, mes sujets de prédilection sont les féminismes intersectionnels, la société et la culture. J’aime déconstruire l’actualité et briser les tabous une fois pour tous·tes !
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