Qu’est-ce que la « gender fatigue » qui sévit dans les entreprises ?

Égalité et inclusion sont des termes que l’on entend beaucoup à l’heure actuelle, notamment en matière d’égalité homme-femme dans le milieu professionnel. Des mots que l’on entendrait trop ? C’est ce que semblent dire des dirigeant.e.s d’entreprise. Iels mettent en avant leur lassitude et leur peur d’être accusé.e.s de faire de la « discrimination positive », au bénéfice des femmes et de finalement desservir la cause. Focus sur le terme de « gender fatigue » et ce que cela révèle de notre société…

La « gender fatigue » ou la lassitude face à la lutte pour l’égalité home-femme dans le monde du travail

La « gender fatigue » est concept apparu en 2009 sous la plume d’Élisabeth Kelan, professeure à l’université de Cranfield, experte en leadership. Elle la définit comme :

« un phénomène par lequel s’épuise l’énergie d’agir pour faire du lieu de travail un espace neutre, alors même que les discriminations ont encore cours »

Ce que la professeure Kelan met en exergue, c’est une lassitude généralisée, que ce soit du côté des femmes ou des hommes, sur le plan de leur égalité dans le monde du travail. Du côté des dirigeant.e.s, c’est la lassitude des mesures à mettre en place qui ressort. On note aussi la peur d’être accusé.e.s de faire de la « discrimination positive » par les salariés masculins.

Une légifération prolifique rarement suivie d’actes

Le sujet de l’égalité des genres en milieu professionnel est récurrent législativement parlant. Apparu de manière officielle en 1946 en étant inscrit dans la Constitution, il est régulièrement l’objet de lois visant à le faire appliquer; allant jusqu’à devoir prévoir des contraintes financières pour les contrevenant.e.s.

La dernière loi date de 2021. Elle prévoit des quotas pour que les femmes puissent accéder à la tête des grosses entreprises. Sauf que certain.e.s dirigeant.e.s se sentent alors face à la peur d’être « obligé.e.s de devoir nommer une femme incompétente aux instances décisionnaires ». Alors que l’ambition de base du législateur était de permettre aux femmes compétentes de pouvoir accéder aux instances dirigeantes.

« Trop d’actions » pour « pas assez de résultats »

Ce qui est constaté, et qui nourrit ce sentiment de lassitude, c’est la multiplication des actions. Notamment via les lois, les médias, les réseaux sociaux beaucoup également. Finalement, le sujet est soulevé ou abordé quasi quotidiennement… sur le papier.

Dans les faits, les résultats sont bien loin de la réalité. Les progrès réels sont trop lents. Pourtant, du côté des hommes non visés directement, mais tiers concerné, le sujet est omniprésent. Et ils ont le sentiment que si des lois sont rédigées, qu’on en parle dans les médias ainsi que dans leur entreprise, l’égalité est atteinte et ne comprennent donc pas que l’on en parle encore.

Les femmes quant à elle, se heurtent à une absence d’évolution réelle de leur statut ou de leur position. Elles finissent alors par abandonner leurs désirs d’évolution. Ou les femmes n’osent pas demander pour ne pas passer pour « celle qui demande encore ».

Les conséquences néfastes de la « gender fatigue »

La lassitude et la résignation éprouvées conduisent malheureusement à un désengagement et un désintérêt pour le sujet de l’égalité homme-femme au travail. Chacun.e fait alors comme iel peut, individuellement, à son niveau, « puisque rien ne bouge malgré les lois, malgré les sanctions prévues ». Cela pousse à des réflexes individualistes.

En parallèle, c’est le retour du déni de discrimination. Tout comme le syndrome de l’imposteur et les critères de mérite qui refont surface. Il est alors par exemple justifié de ne pas octroyer d’augmentation ou de promotion à une femme, au motif qu’elle « n’était pas là pendant 2 mois et n’a donc pas fait son chiffre ».

Le sexisme bienveillant (attribuer aux femmes les postes correspondant aux seules qualités que l’on vante dans les médias) a de beaux jours devant lui, si l’on ne prend pas en compte les problématiques de fond. Plutôt que de légiférer à foison, ne serait-il pas bon et opportun de s’attaquer directement à la source ? Notamment sur les stéréotypes et les mentalités sexistes d’un point de vue global.

Laetitia Chuzel
Laetitia Chuzel
Mon travail consiste à explorer et à décrypter l'univers de la mode, en mettant l'accent sur l'inclusivité et la diversité. À travers mes articles, j'apporte un regard éclairé sur les dernières tendances, je partage des conseils de style et je célèbre la beauté dans toutes ses formes et tailles.

Ces brésiliennes jonglent avec un ballon de foot et suscitent l’admiration

La Coupe du Monde de football, qui vient tout juste de commencer, promet d’être pleine de rebondissements cette...

Avec la hausse des températures, ces femmes disent subir davantage de harcèlement de rue

À chaque retour de l'été, le constat se répète. Sur TikTok comme sur Instagram, de plus en plus...

Qu’est-ce que le « mogging », cette tendance qui transforme la beauté en compétition ?

TikTok adore inventer de nouveaux mots. Certains sont inoffensifs, d'autres méritent qu'on s'y attarde. C'est le cas du...

La « Sagrada Família » franchit une étape historique et devient la plus haute église du monde

À Barcelone, la Sagrada Família vient d’entrer dans une nouvelle dimension symbolique. Avec sa tour centrale désormais achevée,...

Une internaute a demandé pourquoi les femmes devraient arrêter de s’excuser, les réponses font le tour d’internet

Une simple phrase lancée sur les réseaux sociaux a suffi à relancer un débat mondial. Pourquoi tant de femmes...

De la dépression à une finale : le retour remarqué de la joueuse de tennis Maja Chwalińska

Tous les passionnés de tennis se souviendront longtemps de l'édition 2026 de Roland-Garros. Au milieu des cadors attendus,...